BFMTV

Les "interpellations préventives" de gilets jaunes dénoncées par des avocats

Les forces de l'ordre font face aux manifestants lors de la quatrième journée mobilisation des gilets jaunes à Paris, le 8 décembre 2018

Les forces de l'ordre font face aux manifestants lors de la quatrième journée mobilisation des gilets jaunes à Paris, le 8 décembre 2018 - REMY GABALDA / AFP

Si plusieurs avocats dénoncent des interpellations "abusives" parmi les 2000 effectuées par les forces de l'ordre samedi, le gouvernement préfère évoquer des interpellations "préventives".

Un bilan en demi-teinte. Après les violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre lors de "l'acte 4" de la mobilisation des gilets jaunes, Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, s'était empressé de féliciter des policiers réunis en haut des Champs-Elysées, évoquant un "record" d'interpellations à Paris. Un chiffre élevé, rendu possible par de nombreuses interpellations préventives en amont des rassemblements.

Dès vendredi soir, Nicole Belloubet évoquait ainsi l'interpellation de plusieurs individus, la veille du rassemblement. Samedi matin, c'est un groupe de 78 personnes identifiées comme membre de l’extrême droite, et venant de l’Est du pays qui était interpellé en gare de de Bercy. Comme eux, de nombreuses personnes qui se rendaient aux manifestations ont été interpellées dans les gares et les péages sur la base du soupçon de délit de participation à un groupement en vue de commettre des violences et des dégradations, un délit difficile à établir. Le reproche? Bien souvent la possession d’outils de protection comme des casques ou des masques à gaz.

"Choquant"

Des interpellations dénoncées par plusieurs avocats dès dimanche: "Lorsque l’on interpelle 1.000 personnes et qu’on en relâche 540 deux jours après, c’est évident qu’il y avait au moins 540 interpellations parfaitement injustifiées", assure Raphaël Kempf, avocat au barreau de Paris sur notre antenne ce lundi.

"En les enfermant pendant 48h, on les a privées de la possibilité de se rendre à une manifestation et cela dans un pays démocratique c’est choquant", ajoute-t-il évoquant la nécessité pour les manifestants de se protéger. "Aujourd’hui, on parle d’une militarisation du maintien de l’ordre. La police utilise des armes qui mutilent et peuvent tuer (…) Aujourd’hui, il est impossible de se rendre en manifestation sans protections".

Le gouvernement serein

"Malheureusement aujourd’hui en France il faut se protéger. Donc on ne peut pas déduire du fait qu’une personne se rende à une manifestation avec des lunettes de piscine ou du sérum physiologique, la volonté qu’elle a de commettre des violences ou des dégradations", a-t-il assuré.

Du côté du gouvernement, c’est un tout autre discours: "Il n’y a pas eu d’interpellations préventives", a assuré Laurent Nuñez. En déplacement à Bordeaux, le secrétaire d'Etat à l’Intérieur préfère évoquer "des contrôles préventifs" entraînant des interpellations: "Ce sont des contrôles qui ont été faits sur des réquisitions du procureur de la République et qui consistent à faire ouvrir les sacs et interpeller les individus que l’on trouve en possession d’armes par destination".

"On constate ou pas la réalité de l’infraction"

"On constate une infraction et ensuite les individus sont placés en garde à vue, qui est le moment où les investigations se poursuivent. On constate ou pas la réalité de l’infraction, qui est la volonté ou non de participer à un attroupement armé", explique-t-il.

Près de 2.000 personnes ont été interpellés dans toute la France et plus de 1.700 ont fait l'objet d'un placement en garde à vue. À Paris, des boules de pétanques, des armes blanches ou des bâtons ont notamment été saisis lors desdits contrôles préventifs, effectués par les forces de l'ordre dans les gares et les péages de la région.

Guillaume Dussourt