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Les avocats de la famille de Naomi Musenga indiquent que leurs clients déposeront plainte d'ici à vendredi

Mohamed Aachour

Mohamed Aachour - BFMTV

Mohamed Aachour et Nicole Radius, les avocats de la famille de Naomi Musenga, morte le 29 décembre 2017 après que son appel a été négligé par une opératrice du Samu, ont souligné ce mercredi que leurs clients allaient porter plainte vendredi "en bonne et due forme". Ils ont mis en évidence les zones d'ombre qui entourent ces faits tragiques.

L'avocat Mohamed Aachour a indiqué ce mercredi à BFMTV que la famille de Naomi Musenga, jeune femme de 22 ans morte le 29 décembre dernier à l'hôpital après avoir été rabrouée et moquée par l'opératrice du samu du Bas-Rhin qu'elle avait contactée, allait déposer plainte "en bonne et due forme" d'ici à vendredi. Précédemment, la famille a envoyé, à la fin du mois d'avril, un courrier au parquet de Strasbourg. Le procureur de la République de Strasbourg, Yolande Renzi, a annoncé ce mercredi qu'une enquête préliminaire de chef de non-assistance à personne en péril avait été ouverte et confiée à la DRPJ du Grand Est. L'institution hospitalière a quant à elle annoncé avoir lancé une enquête interne le 3 mai. L'opératrice mise en cause a par ailleurs été suspendue. 

"Les parents sont désemparés" 

Mohamed Aachour et Nicole Radius, les conseils des Musenga, se sont présentés face à la presse ce mercredi en fin d'après-midi. Le premier a notamment procédé à un rappel de la chronologie des faits le 29 décembre: "Elle a téléphoné le matin au Samu, le Samu n’a pas donné suite. Avant ça, elle avait appelé la police. C’est la police qui a appelé les pompiers qui a renvoyé vers le Samu, qui a renvoyé vers SOS Médecins. On a une proche qui s’est déplacée un peu plus tard et a essayé d’appeler soit SOS médecins soit le Samu. Plus tard, SOS Médecins se déplacera, qui constatera son état grave et appellera le Samu en urgence. Elle arrivera à l’hôpital et décédera une heure et demi après."

Nicole Radius, sa consoeur, a évoqué l'état-d'esprit des parents: "Ils sont désemparés. Ils sont dans le désarroi. Ils se demandent pourquoi il a fallu attendre que les médias s’emparent de l’affaire pour que tout d’un coup l’institution hospitalière vienne indiquer qu’elle va faire un rapport. Ils auraient dû s’interroger dès le 29 décembre et non pas quatre mois après." Car, pour eux, il n'est pas question de s'en prendre à la seule opératrice:

"Le constat qu’on peut faire pour l’instant c’est que le traitement réservé à Naomi par l’opératrice est curieux mais on verra ce que la suite révélera : y avait-il un médecin régulateur présent, qui a participé à l’entretien téléphonique ou non ? A-t-elle pris la décision de ne pas envoyer le Samu de son propre chef ? La famille ne souhaite absolument pas que l’on charge uniquement l’opératrice", a développé maître Achour. 

"Tout ce qu'elle a eu comme traitement, c'est de l'indifférence" 

Celui-ci a cependant mis en lumière la négligence qui a été opposée à Naomi Musenga, faisant référence à l'enregistrement audio de la conversation entre la malade, déjà à l'agonie, et l'agent du Samu: "Si tous les appels sont traités de la sorte, à mon avis, des urgences il n’y en a jamais. Il n'y a pas eu de questions du type : ‘Etes-vous seule ? Etes-vous en mesure de composer le numéro de téléphone ? Depuis combien de temps avez-vous mal ? Ou avez-vous mal ?'" Il a prolongé: "Tout ce qu’elle a eu comme traitement, c’est de l’indifférence ou du cynisme."

Enfin, la famille nourrit deux cruelles interrogations à destination de l'hôpital strasbourgeois, questions qui ont été relayées par l'avocat: "Une autopsie est réalisée 112h après et quand on lit le rapport, on nous indique des organes en état de putréfaction avancée. Pourquoi 112h ? Et quelles ont été les conditions de conservation du corps ?" La seconde porte sur un propos que l'établissement a livré aux proches endeuillés de Naomi Musenga en les recevant: "Ils ont été reçus. On leur a indiqué qu’une enquête administrative allait être diligentée mais quatre mois et des poussières après il n’y a toujours pas de réponse."

Robin Verner