BFMTV

Le mystère du sous-marin français la Minerve disparu il y a 50 ans au large de Toulon

Illustration

Illustration - Fred Tanneau-AFP

Le 27 janvier 1968 disparaissait le sous-marin français la Minerve. Cinquante ans plus tard, les causes du naufrage sont toujours inconnues, les conclusions de la marine n'ayant jamais été rendues publiques. L'épave n'a quant à elle jamais été retrouvée.

Il y a tout juste cinquante ans, le 27 janvier 1968, disparaissait en mer Méditerranée le sous-marin français la Minerve avec 52 hommes à bord. Malgré plusieurs campagnes de recherches, ni son épave ni aucun corps n'a jamais été retrouvé. Quant aux causes de cette disparition, elles ont jusqu'à présent été gardées secrètes.

Le dernier message: "M'avez-vous entendu?"

Ce jour-là, alors que la météo est mauvaise, le sous-marin effectue des exercices au large de Toulon, en coopération avec un avion de patrouille maritime. Peu avant 8 heures du matin, l'avion lui signifie qu'il annule les contrôles en cours à cause du mauvais temps. La Minerve lui envoie un dernier message: "Je comprends que vous annuliez cette vérification. M'avez-vous entendu?" demande le chargé des liaisons radio du sous-marin. Le bâtiment n'émettra plus jamais aucun signal.

À 11 heures, le commandement de Toulon envoie un message à la Minerve, retrace Libération. "Annulation des exercices en raison de la météo. Vous reprenez votre liberté de manœuvre." Pas de réponse mais cela n'inquiète pas: le gros temps entraîne souvent des difficultés de transmission. Le sous-marin est attendu dans la soirée à Toulon. Mais il ne rentre pas. À 2h15, la procédure "recherche de sous-marin" est déclenchée. Une nappe d'hydrocarbures est repérée mais les premières recherches ne donnent rien.

La campagne Reminer, pour "Recherche Minerve", se déroule entre septembre 1968 et octobre 1969. Un bâtiment hydrographique, spécialisé dans l'étude des fonds marins, ainsi qu'un bathyscaphe sont mobilisés. Sans succès. Une troisième campagne se tient en 1970, lors de la disparition de l'Eurydice, un autre sous-marin français qui a coulé au large de Saint-Tropez. L'épave de l'Eurydice sera retrouvée mais pas celle de la Minerve.

Une "chape de plomb"

Une dizaine d'années plus tard, une épave disloquée est repérée dans le secteur supposé de la disparition du sous-marin par 2000 mètres de fond mais ne peut être formellement identifiée comme étant celle de la Minerve. Seul indice pour expliquer la disparition du sous-marin: le sismographe de Nice a enregistré au moment de la disparition de la Minerve une onde de choc au large de Toulon. Cette dernière aurait pu être la conséquence de l'implosion de la coque, au-delà de 300 mètres de profondeur, le sous-marin est écrasé par la pression.

Le 9 février 1968, une cérémonie d'hommage se tient en présence de Charles de Gaulle, qui est alors le président de la République. "Des marins sont morts en mer. Ils étaient des volontaires, c'est-à-dire qu'ils avaient d'avance accepté le sacrifice, et ils avaient conclu un pacte avec le danger", déclare-t-il, rapporte Le Parisien. Une "chape de plomb", dénoncent pour Libération d'anciens marins.

Alors que la France exporte ses sous-marins à l'étranger, difficile de remettre en cause leur sécurité: le jour de l'hommage, Charles de Gaulle en personne effectue une plongée à bord de l'Eurydice, qui coulera pourtant deux ans plus tard.

L'endroit exact du naufrage est inconnu

Pourtant, il semble qu'une erreur de conception soit à l'origine du naufrage. Un dysfonctionnement du schnorchel, un tube qui remonte à la surface et permet la ventilation du moteur, aurait entraîné l'entrée d'une grande quantité d'eau dans le sous-marin. Un incident similaire a causé le naufrage de l'Eurydice et a failli coûté la perte de deux autres sous-marins français à la même époque. Lors de l'un de ces incidents, quelque 20 tonnes d'eau sont entrées dans le bâtiment en moins de 30 secondes, comme le précise L'Indépendant.

Mais l'endroit exact du naufrage reste inconnu et les causes de la disparition de la Minerve n'ont jamais été éclaircies. Laissant libre court à toutes les rumeurs.

"On nous a toujours dit que c'était un accident", regrette pour Le Parisien Albert Migliaccio, le frère de Nicolas Migliaccio, le chargé des liaisons radios. "Peut-être s'agissait-il d'un secret d'État. Mon père, qui était scaphandrier, est mort un an après Nicolas. De chagrin. Il était persuadé que la Minerve avait été détruit par les Soviétiques."

"La Minerve a probablement coulé par 1000 m"

Le Sirpa, service d'information des armées, se défend de ces accusations. Pas de boîte noire dans un sous-marin, des moyens de transmissions radio rudimentaires: la marine n'en sait pas plus, assurait le Sirpa à La Dépêche.

"Comment voulez-vous expliquer un accident alors que l'on n'a jamais rien retrouvé? La Minerve a probablement coulé par 1000 mètres de profondeur. La seule trace visible du naufrage fut une tâche d'huile en surface. Toutes les hypothèses ont été échafaudées. On a pensé bien sûr à une collision. Mais contre quoi? A-t-on retrouvé un bateau ou un quelconque objet? Des supputations, oui, il y en a eu. C'est la même histoire que la fameuse Fiat blanche introuvable de l'affaire Diana."

Les conclusions des investigations menées à l'époque par la marine nationale n'ont jamais été rendues publiques. Le rapport devrait être ouvert cette année.

Céline Hussonnois-Alaya