BFMTV

Le marché de la drogue livre désormais à domicile

Le marché de la drogue en France est évalué à plus de deux milliards d'euros de chiffre d'affaires. Comme dans d'autres secteurs, on parle désormais d'uberisation avec des ventes à domicile pour éviter aux consommateurs de se déplacer.

Certains y voient une tendance qui traverse toute la société: l'uberisation du trafic de drogue. Transport de personnes, hôtellerie, restauration... tous les secteurs ont connu une transformation de leur économie, y compris celui illégal de la vente de stupéfiants qui représente un chiffre d'affaires de 2,3 milliards d'euros. Désormais, d'un simple SMS, des consommateurs peuvent se faire livrer cannabis, cocaïne ou encore héroïne directement à leur domicile. 

Pour Pierre*, commander de la drogue est aussi simple que de commander une pizza. Une fois par mois, le jeune homme fait venir des stupéfiants à son domicile pour sa consommation personnelle. Une commande passée par texto. Et comme pour de nombreux commerces, Pierre est devenu un client fidèle de son dealer et bénéficie même d'offres promotionnelles. A l'image des grandes surfaces.

"Il m'a envoyé quelque chose à laquelle j'ai pas encore répondu. Il me dit 'Salut promo toujours d'actualité! (2=1 offert) ;)'", lit Pierre à BFMTV. "2=1 offert", entendez deux grammes de drogue achetés et un offert. "Ca leur permet de maintenir leur clientèle, donc on en reçoit plusieurs par semaine", poursuit le jeune homme.

Les livreurs, des petites mains

BFMTV a testé l'expérience pour mieux comprendre les rouages de la livraison de drogue à domicile. Ainsi, muni uniquement d'un téléphone portable, un SMS est envoyé à un dealer. Le livreur fixe ses conditions: "Le minimum de commande c 100e si t ok jsui la dans 30 min." Conditions acceptées, moins de 45 minutes plus tard, le livreur, un jeune homme avec un simple sac de course arrive au domicile. La drogue, elle, est à l'intérieur du sac, cachée dans un emballage de jouet pour enfant.

Tel un emploi classique, le dealer, filmé en caméra cachée, explique livrer "de 8 heures du matin à 20 heures". Pour ce trafic illégal, pour lequel il empoche entre 1000 et 1500 euros par mois, il risque jusqu'à cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende. Ce mode de vente n'est pas sans risque alors que le dealer donne son numéro et prend le risque d'être interpellé. "C'est vraiment privé, insiste-t-il. C'est pour ça que je t'ai demandé qui t'avais donné le numéro, je le donne pas à n'importe qui." 

Telle une société de livraison de pizza, la vente à domicile de stupéfiant s'organise entre différents salariés. "Il y a une répartition des tâches", confirme David Weinberger, chercheur à l'Institut des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). Le trafiquant répond au téléphone et prend les commandes tandis que le livreur se rend auprès des clients.

* Le prénom a été modifié

Retrouvez l'intégralité de ce reportage dans l'émission Grand Angle du lundi 13 novembre.

J.C. avec Baptiste Besson