BFMTV

Le marché de la drogue en Europe tourne à plein régime

Des pilules d'ecstasy saisies en 2015 par les douanes françaises.

Des pilules d'ecstasy saisies en 2015 par les douanes françaises. - Douane Française - AFP

Avec la mise en circulation de drogues de plus en plus variées et nombreuses, le marché européen des drogues est prospère, plaçant l'UE devant un véritable problème de santé publique.

Multitudes de variétés de drogues en circulation, substances de plus en plus dangereuses, et commerce à grande ampleur: en Europe, le marché de la drogue tourne à plein régime, plaçant les pays devant un large problème de santé publique, souligne l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) dans son rapport 2016, publié ce mardi. 

Une hausse de la consommation du cannabis, toujours plus puissant, ainsi qu'une résurgence de l'ecstasy et un développement des marchés en ligne font partie des principales conclusion de ce nouveau rapport, selon lequel plus de 88 millions d'adultes, soit plus d'un quart des personnes âgées de 15 à 64 ans dans l'Union européenne, ont déjà consommé des drogues illicites.

Un marché à près de 25 milliards d'euros

"L'Europe est confrontée à des problèmes de drogue de plus en plus importants. L'offre et la demande de nouvelles substances psychoactives, de stimulants, d'héroïne et d'autres opiacés continuent d'augmenter, ce qui a des conséquences majeures en termes de santé publique", note ainsi Dimitris Avramopoulos, commissaire européen pour les Affaires intérieures, cité dans l'étude.

Le marché des drogues illicites dans l'Union européenne est estimé à 24,3 milliards d'euros en 2013. Avec 38%, le cannabis (importé ou produit localement) représente la plus grande part de ce marché et sa production est devenue "un générateur de revenus majeur pour la criminalité organisée", selon l'OEDT.

Viennent ensuite l'héroïne (28%), la cocaïne (24%), les amphétamines (8%) et l'ecstasy (3%). Le cannabis représente aussi les trois quart des saisies de drogue en Europe (50% pour l'herbe et 24% pour la résine), très loin devant la cocaïne et le crack (9%), les amphétamines (5%), l'héroïne (4%), l'ecstasy (2%). 

Le retour en force de l'ecstasy

Si le cannabis reste la drogue la plus consommée en Europe (51,4 millions d'hommes et 32,4 millions de femmes y ont goûté au moins une fois), l'Observatoire constate que l'éventail disponible est toujours plus diversifié, avec notamment une "résurgence" de l'ecstasy (ou MDMA), "tant auprès des consommateurs de stimulants classiques qu'auprès d'une nouvelle génération de jeunes usagers".

"Des poudres, cristaux et comprimés fortement dosés, avec toute une série de logos, de couleurs et de formes, sont disponibles, de même qu'une production à la commande et un recours à un marketing sophistiqué et ciblé. Il pourrait s'agir d'une stratégie délibérément mise en oeuvre par les producteurs afin d'améliorer la réputation de cette drogue après une longue période pendant laquelle sa piètre qualité et les nombreux faux ont fait diminuer sa consommation", note l'OEDT.

Boom de l'offre de drogue sur Internet

L'observatoire souligne que "le potentiel d'expansion de l'offre de drogue en ligne semble considérable", avec le marché des "darknets" (réseaux clandestins non référencés), les échanges de pair-à-pair, le cryptage des données et des techniques de paiement difficiles à retracer (utilisation de monnaie électronique type bitcoin), même si la plupart des transactions se déroulent hors ligne.

Enfin, l'OEDT met en garde contre les nouvelles substances psychoactives (cannabinoïdes et opiacés de synthèse notamment), parfois toxiques: "les jeunes consommateurs peuvent, à leur insu, servir de cobayes humains pour des substances dont les risques potentiels pour la santé sont dans une large mesure inconnus", souligne le rapport.

Pas moins de 98 nouvelles substances ont été signalées en 2015, 101 en 2014. Au moins 6.800 décès par surdose, principalement associés à l'héroïne, ont été recensés dans l'UE en 2014, avec des hausses "préoccupantes" en Irlande, Lituanie, Suède et au Royaume-Uni.

A.S. avec AFP