BFMTV

Le Conseil d'État pourrait mettre fin aux parcs aquatiques avec orques et dauphins

Des orques au Marineland d'Antibes en mars 2016

Des orques au Marineland d'Antibes en mars 2016 - Valéry Hache-AFP

Le Marineland d'Antibes conteste un arrêté qui programme la fin des parcs aquatiques avec dauphins et orques. Il revient au Conseil d'État de trancher quant à l'avenir de ces cétacés maintenus en captivité.

Les parcs aquatiques organisant des spectacles avec des orques et des dauphins vont-ils disparaître? Le Conseil d'État doit trancher. L'institution, juge de dernier ressort, examine ce lundi la requête de la société Marineland contre l'arrêté du ministère de l'Environnement qui interdit la reproduction des dauphins et des orques en captivité. 

Vers une fin programmée de ces parcs

Le 6 mai dernier, l'ancienne ministre Ségolène Royal a en effet publié un arrêté encadrant les conditions de détention des cétacés: obligation d'augmenter la taille des bassins, réglementation de la qualité de l'eau et du transport des spécimens, mais surtout interdiction de la reproduction de ces animaux.

"La reproduction des orques et des dauphins actuellement détenus en France est désormais interdite. Ainsi, seuls les orques et les dauphins actuellement régulièrement détenus peuvent continuer à l'être, sans ouvrir à de nouvelles naissances", précisait ainsi l'arrêté, évoquant le "bien-être animal" et la suppression de "la souffrance animale".

L'arrêté laissait également entendre que l'échange, le prêt ou l'importation de nouveaux mammifères marins étaient désormais interdits, actant ainsi la fin de ces parcs aquatiques. L'article 1 indiquait en effet que seuls les animaux déjà présents en France gardaient leur droit de séjour.

"La détention en captivité de spécimens de cétacés est interdite, à l'exception des spécimens de l'espèce Orcinus orca (l'orque, NDLR) et de l'espèce Tursiops truncatus (le grand dauphin, NDLR) régulièrement détenus à la date d'entrée en vigueur du présent arrêté au sein d'établissements dûment autorisés sur le territoire national."

"Il n'y a pas de bien-être à se reproduire dans un bassin"

C'est le Marineland d'Antibes, dans les Alpes-Maritimes, qui a déposé ce référé devant le Conseil d'État. Le parc animalier dénonce le manque de concertation ainsi que "des contradictions et incohérences" dans l'arrêté qui, selon lui, rendent "impossible la mise en œuvre de celui-ci et conduisant inéluctablement, contrairement aux objectifs affichés par l'arrêté, à une altération des comportements naturels des animaux, des risques pour leur santé et, à long terme, une moindre protection des espèces concernées".

Un argument jugé irrecevable par Christine Grandjean, présidente de C'est assez, qui milite pour la défense des cétacés captifs. "Dire qu'on ne peut pas empêcher la reproduction des dauphins au nom de leur bien-être, ce n'est pas recevable", dénonce-t-elle, jointe par BFMTV.com. "Il n'y a pas de bien-être à se reproduire dans un bassin."

La responsable associative reconnaît toutefois que l'arrêté est incomplet. Ce dernier précise en effet que les orques doivent être hébergées par groupe de trois, six pour les dauphins. Ce qui posera problème pour les derniers spécimens captifs.

"On ne peut pas les relâcher du jour au lendemain, ajoute la militante. C'est pour cela que nous proposons la création de baies de réhabilitation dans des espaces marins, cernées par le relief, avec des soigneurs pour accompagner les animaux et leur réapprendre à chasser."

La France compte 30 dauphins et 4 orques captifs

Selon Christine Grandjean, l'arrêté est un bon compromis. "Ces parcs ont encore vingt à trente ans pour reconvertir leur activité, selon l'âge de leurs animaux." Et évoquent la piste de les transformer en centre de soins pour les mammifères échoués.

Cette association avait déjà publié des images censées prouver que les dauphins et les orques du Marineland d'Antibes étaient maltraités. À l'heure actuelle, la France compte une trentaine de dauphins au Marineland d'Antibes, au Parc Astérix dans l'Oise, à Planète Sauvage en Loire-Atlantique et au Moorea Dolphin Center en Polynésie française. Quant aux orques, les quatre individus se trouvent à Antibes.

Christine Grandjean espère que le Conseil d'État confirmera l'interdiction de reproduction, "ce serait un signal fort pour les autres pays européens". Selon son association, quinze pays de l'Union Européenne comptent toujours des delphinariums. Aux États-Unis, les conditions de vie des orques ont été révélées par le documentaire Blackfish, sorti en 2013, montrant que la captivité de ces géants des mers était contraire à leur espèce et les rendaient agressifs. Ce qui a sans doute joué dans la récente décision du gouverneur de Californie d'interdire l'élevage et la détention des orques.

"Ne pas s'émerveiller de la détresse animale"

Désormais, l'opposition à ce type de parcs ne se cantonne plus aux associations militantes. Une mère de famille a récemment publié sur les réseaux sociaux le mot d'excuse pour que son fils ne participe pas, avec sa classe de CE1, à la sortie de fin d'année organisée au Marineland d'Antibes.

"Nous pensons qu'il n'est pas éthiquement acceptable que des dauphins et des orques qui parcourent entre 100 et 200 km par jour dans la mer, soient enfermés dans des piscines et sautent dans des cerceaux", écrit-elle. "J'enseigne à mon enfant à ne pas s'émerveiller de la détresse animale. Merci de votre compréhension."

Céline Hussonnois-Alaya