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Le 21 janvier 2006, le début du calvaire d'Ilan Halimi

Ilan Halimi avait été visé par le gang des barbares pour son appartenance à la communauté juive.

Ilan Halimi avait été visé par le gang des barbares pour son appartenance à la communauté juive. - Jack Guez - AFP

Il y a dix ans, Ilan Halimi, un jeune Français de confession juive, était enlevé et torturé avant d'être abandonné à l'agonie, trois semaines plus tard, nu et menotté. Un crime antisémite perpétré par le "gang des barbares".

C'est désormais inscrit dans le marbre. "Ilan Halimi, victime de la barbarie, de l'antisémitisme et du racisme", tels sont les mots inscrits sur une plaque installée à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, en mémoire de ce jeune Français de confession juive tué en 2006 par le désormais célèbre "gang des barbares". Il y a dix ans, jour pour jour, débutait un véritable calvaire pour le jeune homme de 23 ans. 

Le 20 janvier 2006, Ilan Halimi, vendeur dans une boutique parisienne, est enlevé, puis séquestré dans un immeuble HLM de Bagneux pendant plus de trois semaines. On le retrouvera nu, bâillonné et menotté, trois semaines plus tard, agonisant le long des voies ferrées du RER C, dans le département de l'Essonne. Il décédera lors de son transfert à l'hôpital.

Le cliché antisémite Juif = argent

Pendant 24 jours, le jeune homme va subir l'horreur: son corps est brûlé, marqué de nombreux hématomes, de plaies faites à l'arme blanche. Ilan Halimi a été tondu. Au nom de quoi? De sa seule religion: le judaïsme. Pour quelle raison? L'argent. Car pour le "gang des barbares", être juif c'est avoir de l'argent. Une demande de rançon est immédiatement adressée à la famille du jeune homme. Elle s'élève à 450.000 euros.

Les proches d'Ilan Halimi sont contactés à plusieurs reprises. Faute de pouvoir payer, on leur envoie un enregistrement audio où ils entendent leur fils en sanglots, et des photos de lui ensanglanté. Le 29 janvier, Youssouf Fofana, le leader du gang, appelle le rabbin Shélomo Zini pour lui réclamer la rançon. Ce dernier se souvient avoir eu au bout du fil "quelqu'un de très calme, très froid".

"Au début, j'ai même pensé qu'il s'agissait d'un canular. C'est quand je me suis rendu compte avec quel sang-froid il avait parlé que je me suis souvenu que, dans ma vie, les plus grands extrémistes que j'ai connus étaient rarement violents", remarque le religieux, qui pense avoir été contacté car il officiait "dans un quartier qui laissait peut-être à penser que les gens donneraient plus d'argent".

La provocation de Fofana

A l'époque, la France découvre également avec horreur le visage de la barbarie avec le visage de Youssouf Fofana. C'est lui qui a commandité et orchestré le rapt et les séances de torture entre deux allers-retours en Côte d'Ivoire. C'est d'ailleurs dans ce pays qu'il sera arrêté dans la nuit du 22 au 23 février avant d'être extradé vers la France. Il sera jugé trois ans plus tard, et écope de la réclusion à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 22 ans.

Devant la cour d'assises des mineurs de Paris, Youssouf Fofana joue la carte de la provocation. Il apparaît souriant en lançant, un doigt en l'air, "Allah Akbar". Quand on lui demande son identité, il répond "arabe, africain, islamiste, salafiste", prétend être né le 13 février 2006, à Sainte-Geneviève-des-Bois: la date et le lieu de la mort d'Ilan Halimi. Même après sa condamnation, il ne cesse de faire parler de lui. Il a depuis été condamné à deux reprises pour avoir agressé ses gardiens en prison.

Un verdict controversé

Vingt-trois autres prévenus sont également condamnés par la cour d'assises des mineurs de Paris à des peines diverses allant de six mois avec sursis à 18 ans de prison. Deux autres sont acquittés. "La cour a cependant été particulièrement indulgente avec les autres accusés", dénonce alors l'avocat de la famille d'Ilan Halimi, Me Francis Szpiner. Le crime est un défi pour la République et la société française." Le parquet fait appel de la décision.

Au cours de ce second procès, la peine de neuf ans de prison d'Emma Yalda, qui a séduit Ilan Halimi pour l'attirer dans ce piège, est confirmée. Aujourd'hui âgée de 26 ans, elle a bénéficié d'une liberté conditionnelle après avoir passé six ans en prison. Les principaux autres responsables de ce crime sont toujours derrière les barreaux.

Montée des actes antisémites

Mais pour les observateurs, l'attitude de la justice est symptomatique de celle de la société pendant cette affaire. "Le monde juif a été très secoué par cette affaire et, à juste titre, les juifs de France ont pu trouver que l'émotion exprimée dans la population n'était pas à la hauteur", analyse Michel Wieviorka, spécialiste de l'antisémitisme.

A l'époque, la prudence est de mise avant de considérer ce drame comme un acte antisémite. "Si ce n’est pas de l’antisémitisme, qu’est-ce que c’est? Imaginons qu’on enlève en France un musulman et que la demande de rançon soit: 'Si votre famille ne peut pas payer cotisez-vous dans les mosquées', ce sera bien évidemment un crime islamophobe", dénonçait le politologue Jean-Yves Camus, sur RFI.

Ce crime reste comme l'un des indices de la montée des actes antisémites en France. Si en 2015, le nombre d'actes antisémites a diminué de 5%, s'élevant ainsi à 806 faits constatés, comment oublier la tuerie de Mohamed Merah, en 2012, contre une école juive à Toulouse ou la prise d'otages à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes par Amedy Coulibaly. Et souvent la vieille idée que les juifs ont de l'argent perdure: en décembre 2014, un jeune couple de confession juive a été agressé et séquestré à son domicile à Créteil, dans le Val-de-Marne. "De toute façon, les juifs, vous avez de l'argent chez vous, vous ne le mettez pas à la banque", ont lancé les agresseurs.

Justine Chevalier