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La mère de Yuriy, l'adolescent passé à tabac à Paris, accusée de travail dissimulé

Les onze Ukrainiennes étaient employées pour faire le ménage dans des appartements de luxe loués en AirBnB. (Image d'illustration)

Les onze Ukrainiennes étaient employées pour faire le ménage dans des appartements de luxe loués en AirBnB. (Image d'illustration) - Aurore Mesenge

Onze Ukrainiennes accusent la mère de Yuriy, cet adolescent violemment agressé par une dizaine de jeunes, de les avoir exploitées au travail. Rien n'indique que les deux affaires sont liées.

Des contrats bidons, des cadences de travail infernales, des revenus indignes... Onze Ukrainiennes, qui travaillaient comme femmes de ménage, ont déposé plainte en novembre dernier à l'encontre de leur patronne et de sa société. L'affaire est révélée aujourd'hui alors que la plainte vise Nataliya Kruchenyk, la mère de Yuriy, cet adolescent de 14 ans tabassé et laissé pour mort par une dizaine de jeunes dans le XVe arrondissement de Paris mi-janvier. Pour l'heure, aucun élément ne permet d'affirmer que les deux affaires sont liées.

Depuis presque un an, ces onze femmes de nationalité ukrainienne, âgées de 19 à 55 ans, se battent pour obtenir réparation, comme le révèle Libération. Elles racontent avoir été embauchées par une société de conciergerie, V.I.P. Services-Concierges, afin de faire le ménage dans des appartements de luxe loués ensuite en AirBnB. Elles étaient recrutées directement en Ukraine, dans une région de l'ouest du pays d'où elles sont originaires. Au départ, l'offre d'emploi est alléchante. Mais une fois arrivées en France, la situation change.

Conditions de travail indignes

D'abord embauchées pour les périodes d'activité accrue, certaines d'entre elles s'installent finalement à Paris malgré un visa périmé. L'une d'elles raconte à Libération comment Nataliya Kruchenyk leur faisait miroiter une régularisation et un CDI. En attendant, elle leur trouvait un logement, ponctionnant le loyer directement sur leur salaire. Lorsqu'elles tombent malades, elles se rendent compte que les frais médicaux ne sont pas pris en charge. Leurs demandes de régularisation sont également rejetées. En cause: de fausses déclarations par leur employeur auprès des administrations.

Une relation de dépendance s'est toutefois établie entre ces onze femmes et leur patronne. Elles sont ainsi contraintes d'accepter des conditions de travail indignes. Chaque jour, elles doivent nettoyer, de fond en comble, quatre à cinq appartements, tous situés aux quatre coins de la capitale. Avec le temps de transport, les heures supplémentaires s'accumulent. Ces femmes, pour la plupart dans des situations difficiles ou qui ne connaissent pas leurs droits, sont exploitées sept jours sur sept, le tout pour un salaire dérisoire, souvent payé en retard.

Il y a un an, elles contactent une avocate pour leur venir en aide. Le 16 mars, l'Inspection du travail, saisie, procède à un premier contrôle. Le lendemain, toutes les femmes de ménage sont licenciées, au motif que le premier confinement met toute l'activité à l'arrêt, explique à BFMTV Me Aline Chanu. L'inspection du travail signale les faits, qui peuvent être qualifiés de "travail dissimulé" et "traite des êtres humains", au parquet de Paris, et en novembre dernier, les onze Ukrainiennes sont auditionnées. Dans la foulée, elles portent plainte. Selon Libération, le parquet de Paris, qui n'a pas souhaité communiquer sur cette affaire, a ouvert une enquête préliminaire.

Justine Chevalier avec Alexandra Gonzalez