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Agression de Yuriy: les rixes entre bandes, des actes de plus en plus violents

Yuriy a été agressé le 15 janvier dernier à Paris.

Yuriy a été agressé le 15 janvier dernier à Paris. - BFMTV

Le ministre de l'Intérieur assure que le phénomène de bandes est l'une des préoccupations du gouvernement. Dans la capitale, le nombre de rixes est en baisse mais les actes de plus en plus violents.

L'agression de Yuriy, cet adolescent de 14 ans passé à tabac par une dizaine d'individus, et laissé pour mort sur une dalle du quartier Beaugrenelle dans le XVe arrondissement de Paris le 15 janvier, a suscité une vive émotion au sein de la classe politique comme dans la société. Si pour l'heure les policiers de la 3e DPJ n'ont procédé à aucune interpellation, un règlement de comptes entre bandes rivales est envisagé pour expliquer ce déchaînement de violences. Les enquêteurs s'interrogent notamment sur un éventuel lien avec une autre agression survenue le 10 janvier.

Ces agressions interrogent sur le phénomène ancien qu'est celui des phénomènes de bandes. Le nombre d'affrontements entre bandes a augmenté de 22% entre 2018 et 2019 en Ile-de-France. Ces violences sont concentrées dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. Car dans la capitale, selon la préfecture de police, ce chiffre a diminué de 10% en un an. Entre 2016 et 2019, les services de la mairie de Paris évoquent même un affrontement tous les 5 à 6 jours. En 2020, les rixes recensées ont été au nombre de 83 contre 159 en 2016.

Pour autant, ces chiffres masquent une autre réalité: celle de la violence croissante lors de ces rixes. "On voit bien que des affrontements qui autrefois se réglaient à coups de poing ou d'insultes se règlent maintenant à coups de batte de baseball, de béquille, de coups de marteau sur la tête", a déploré sur BFMTV Philippe Goujon, le maire du XVe arrondissement de la capitale.

"Aujourd'hui, comparé à avant, il n'y a plus de retenue, c'est très violent, sanglant, on n'hésite plus à tuer l'autre, il n'y a plus de code d'honneur", abonde Michel Fize, sociologue et auteur de Les bandes, de l'entre-soi adolescent à l'autre ennemi.

En novembre dernier, un jeune de 18 ans est décédé dans le XVIIIe arrondissement lors d'un règlement de compte entre rivaux des portes de Saint-Ouen et de Clignancourt. Le 16 novembre, c'était un lycéen qui était blessé à l'arme blanche lors d'une rixe aux abords d'un lycée du 19e arrondissement. Il y a un an, un jeune de 14 ans a été poignardé à mort dans une rixe impliquant une trentaine de personnes, armées de bâtons, dans le 10e arrondissement de la capitale. Au total, ces affrontements ont coûté la vie à 6 personnes en 2017 et 2018. Pour autant, comme le prouve l'agression de Yuriy, ces phénomènes de bandes ne sont pas exclusifs au nord et à l'est de la capitale.

"Aucun territoire n'est épargné par ces violences, estime Mathieu Vallet, secrétaire national adjoint du syndicat indépendant des commissaires de police. Il y a des bandes puériles et stériles qui se battent pour des territoires, pour des individus, dont elles ont l'impression, vraie ou pas, qu'ils appartiennent à tel quartier."

Cette violence n'est donc plus du seul fait d'une guerre de territoire et est exacerbée par les réseaux sociaux - et notamment Snapchat - sur lesquels se joue de la surenchère et une mise en scène des agressions.

"Des mots qui s'échangent sur les réseaux sociaux, le ton monte, on se fixe rendez-vous, on vient armé, arme blanche, couteaux, battes de baseball, barre de fer", détaille Guillaume Farde, consultant sécurité de BFMTV.

Interrogé par Le Parisien, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a dit que la lutte contre ces faits de violence accrus, impliquant majoritairement des mineurs de 13 à 17 ans, était une "préoccupation" du gouvernement. "Le phénomène de bandes est pris très au sérieux d'autant plus compliqué qu'il touche souvent des personnes qui sont mineures, a décléré ce mardi le ministre à l'Assemblée nationale. Bien sûr, c'est un sujet de police, bien sûr c'est un sujet de justice mais pourrions-nous penser que c'est un sujet aussi éducatif."

Et d'ajouter: "On peut tout accuser des institutions de la République, mais la République ne peut pas toujours faire le travail que doivent faire des parents." 

En 2019, la mairie de Paris a mis en place "une stratégie de prévention des rixes" en misant sur la médiation et la généralisation des systèmes d'alerte. La Ville n'est pas la seule préoccupée par cette question puisque depuis 2010, la Préfecture de police de Paris a mis en place une cellule de suivi du plan bandes. Les autorités en dénombrent 15 actuellement dans la capitale, composées d'au moins trois personnes qui sont dans une logique d'appropriation du territoire.

"La direction territoriale de la DSPAP (direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, NDLR) travaille sur ces bandes, et quand elle le peut, elle interpelle ces individus avant qu'ils ne passent à l'acte", explique Mathieu Vallet, mettant en avant le travail de veille des policiers sur les réseaux sociaux.

Ce dispositif de la préfecture de police de Paris s'accompagne depuis 2016 d’un groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) spécialisé sur le sujet, piloté par le parquet. En 2020, 187 personnes ont été interpellées. Parmi elles, 126 étaient mineures.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV