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Police-Justice

La difficile organisation de projections-débats autour du film "Bac Nord"

L'affiche du film "Bac Nord" de Cédric Jimenez.

L'affiche du film "Bac Nord" de Cédric Jimenez. - French Movies Connection

Le syndicat Alliance-Police nationale tente depuis le mois de novembre d'organiser des projections du film de Cédric Jimenez suivies de débats. Mais les salles de cinéma craignent pour leur sécurité.

En terminant cinquième au box-office l'an dernier, Bac Nord a remporté un franc succès. Pourtant, le film de Cédric Jimenez ne cesse de diviser depuis sa sortie, en août 2021. Le syndicat Alliance-Police nationale tente depuis plusieurs mois d'organiser des projections du film suivies de débats, le but étant de confronter la réalité du terrain avec le programme de plusieurs candidats à l'élection présidentielle 2022.

Inspiré de faits réels, le long-métrage retrace la mise en cause, en 2012, de dix-huit policiers de Marseille pour des faits de racket et de trafics de drogue. Par là, son réalisateur souhaite brosser un portrait de la violence des confrontations entre forces de l'ordre et délinquants dans les cités.

Un récit dans lequel de nombreux policiers disent s'être retrouvés, et autour duquel le syndicat Alliance-Police nationale projette d'organiser des débats, depuis le mois de novembre.

Unanimité chez les policiers

L'objectif: programmer une projection suivie de débats entre environ 300 policiers et les candidats à l'élection présidentielle.

"La sécurité est l'un des enjeux majeurs de cette campagne. Ça aurait permis de comparer la vision des politiques à la réalité des policiers de terrain", détaille Rudy Manna, secrétaire départemental du syndicat.

"C'est l'un des films les plus proches de la réalité que j'ai pu voir. Il y a eu une unanimité quasi-générale parmi les policiers. Beaucoup d'entre eux se sont reconnus. Même s'il y a quelques moments un peu romancés, la grosse majorité est une réalité quotidienne", estime Rudy Manna.

Selon le syndicat, un nombre important de candidats avait donné son accord pour participer au débat. Mais les cinémas, eux, semblent assez frileux face au projet. D'après Le Figaro, toutes les salles parisiennes indépendantes et franchisées ont été contactées, en vain. Les organisateurs se tournent alors vers un cinéma marseillais implanté dans les quartiers Nord, L'Alhambra.

"Peur que ça tourne à l'affrontement de thèses"

Si l'idée séduit au départ, la salle finit par reculer en apprenant la présence des candidats à la présidentielle et invoque des "raisons de sécurité", d'après Rudy Manna.

Contacté par BFMTV.com, William Benedetto, directeur du cinéma, détaille les raisons de son refus.

"Le bâtiment appartient à la mairie de Marseille et je ne suis pas seul décisionnaire", précise-t-il, avant de concéder avoir été refroidi par le sujet sensible du film.

"Des soirées-débats, on en fait beaucoup, à l'Alhambra. J'ai d'ailleurs failli organiser des soirées sur Bac Nord. Mais j'ai tout de suite eu un peu peur que ça tourne à l'affrontement de thèses", explique le patron de la salle.

Il ajoute vouloir privilégier "un vrai travail de fond avec la population":

"Organiser un débat sur le film, oui, mais la polémique pour la polémique, ça ne m'intéresse pas".

Des voix dénoncent une stigmatisation des cités

À la sortie du film, plusieurs voix se sont élevées en dénonçant une stigmatisation des habitants des cités marseillaises. Lors du Festival de Cannes, un journaliste d'origine irlandaise avançait notamment que le long-métrage constituait un plaidoyer incitant à voter pour le Rassemblement national.

Cédric Jimenez s'est alors défendu de ces critiques en affirmant qu'il n'avait pas voulu prendre parti, "mais montrer à quel point leur travail est plus complexe qu'on ne le pense".

Par Elisa Fernandez avec Magali Rangin