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L'avocate de la famille de Samuel Paty dénonce "les erreurs graves" de l'Etat

Des participants à la marche blanche en hommage à Samuel Paty portant une photo du professeur.

Des participants à la marche blanche en hommage à Samuel Paty portant une photo du professeur. - Bertrand Guay

L'avocate des proches de Samuel Paty, cet enseignant assassiné au mois d'octobre, estime que les "institutions" n'ont pas su le "protéger" malgré la gravité de la situation qui le concernait.

Pour la première fois, les proches de Samuel Paty s'expriment publiquement, par le biais de leur avocate. Dans une longue interview accordée au Monde, Me Virginie Le Roy dénonce une "erreur grave et manifeste d'appréciation de la situation" qui a précédé l'assassinat de l'enseignant le 16 octobre, à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines.

"Samuel Paty n’aurait pas dû mourir"

Samuel Paty avait été nommément désigné dans plusieurs vidéos publiées par le père d'une élève, Brahim C., et relayées par un militant islamiste, fiché S au titre de la radicalisation, Abdelhakim S., mais aussi partagées sur le compte Facebook de la mosquée de Pantin, suivi par 100.000 abonnés. Ils appelaient à la mobilisation contre cet enseignant qui avait montré des caricatures du prophète Mahomet lors d'un de ses cours sur la liberté d'expression.

"Tous les marqueurs étaient au rouge", estime l'avocate, qui exprime son incompréhension quant au rapport fait, avant l'assassinat du professeur, par le renseignement territorial qui estimait que la situation s'était apaisée.

"Partir du postulat que cet attentat ne pouvait pas être prévu ferme des portes qui peuvent être très dérangeantes, poursuit-elle (...) Est-ce que Samuel Paty a été protégé? Non. Est-ce qu’il aurait dû l’être? Sans aucun doute, oui. Samuel Paty n’aurait pas dû mourir."

L'Education nationale "alimente une polémique"

Pour l'avocate, tous les ingrédients étaient réunis pour un passage à l'acte alors qu'Al-Qaïda a appelé en septembre dernier à attaquer la France après la republication des caricatures de Charlie Hebdo à l'occasion du procès des attentats de janvier 2015.

"Dans le dossier de Samuel Paty, on retrouve l’ensemble des signaux qui collent peau à peau à l’appel d’Al-Qaïda", considère Me Virigine Le Roy. Cette dernière juge qu'il y a eu également une faille dans la détection d'Abdoullakh Anzarov, l'assassin de l'enseignant.

L'avocate de la famille des proches de Samuel Paty accepte aujourd'hui se s'exprimer sur le dossier notamment en réaction à la publication, il y a quelques jours, du rapport de l'Education nationale. Ce rapport exclut la responsabilité de l'institution et met en cause le professeur qui a, selon les conclusions, commis une maladresse "en proposant aux élèves musulmans de quitter la salle s’ils craignaient d’être choqués", cite Me Le Roy.

"Alimenter une polémique pareille dans un rapport de l’Education nationale est indécent", dénonce-t-elle.

Lors de cet enseignement moral et civique, Samuel Paty a en effet montré des caricatures, et a proposé à ses élèves de fermer les yeux ou de sortir de la classe s'ils craignaient d'être choqués. "Dans son e-mail à ses collègues, il dit qu’il n’a jamais désigné les élèves musulmans", martèle l'avocate qui estime que le professeur a souhaité protéger l'intégralité de ses élèves alors qu'il allait montrer une caricature d'un homme nu. Une image qui, selon elle, pouvait choquer tous les collégiens, quelle que soit leur confession.

"Sa réaction n’est que protection et délicatesse, poursuit l'avocate. Il est d’ailleurs décrit par ses élèves comme un bon professeur. Il n’a jamais désigné les musulmans, il a toujours été ferme là-dessus, que ce soit dans ses échanges avec la principale, dans ses courriels à ses collègues ou lors de son dépôt de plainte."

Une affaire "bâtie sur un mensonge"

L'avocate y voit une "manœuvre politique" de l'institution dans une affaire qui a été "bâtie sur un mensonge". Elle reprend point par point les événements qui ont précédé l'assassinat de Samuel Paty, à commencer par la plainte des parents de la collégienne qui a été exclue.

"Quand les parents viennent tour à tour se plaindre au collège de cette exclusion, en orant une version déformée et fausse des faits, ils sont parfaitement conscients que leur fille n’était pas au cours", plaide Me Le Roy. Une manipulation amplifiée et relayée "de manière haineuse" par le militant Abdelhakim S.

La famille de Samuel Paty attend désormais de l'instruction "une réponse forte, pas disproportionnée, mais une réponse juste pour chacun des mis en cause". Interrogée sur l'implication présumée de mineurs dans l'assassinat de l'enseignant, fait rare dans les dossiers de terrorisme, Me Virginie Le Roy appelle à la prudence. "Ils ont une responsabilité, ils ont joué un rôle, on verra lequel", conclut-elle.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV