BFMTV

L'avocat de la famille Traoré estime que les gendarmes donnent désormais "une nouvelle version"

La famille d'Adama Traoré estime que les gendarmes ont changé de version.

La famille d'Adama Traoré estime que les gendarmes ont changé de version. - AFP

L'avocat de la famille d'Adama Traoré réagit aux déclarations de l'avocat de l'un des gendarmes qui a interpellé le jeune homme. Me Yassine Bouzrou estime que les gendarmes ont désormais changé de version quand ils affirment qu'il n'y a eu "aucun plaquage ventral".

Avant même une conclusion judiciaire, le débat dans l'affaire Traoré se fait dans les médias. Après la publication de la réaction des avocats de l'un des gendarmes pour dénoncer "amalgames et contre-vérités", c'est au tour de l'avocat de la famille d'Adama Traoré, ce jeune homme morts en 2016 après son interpellation, qui contre-attaque.

"Cette nouvelle version des faits livrée par les gendarmes constitue un aveu de culpabilité", estime Me Yassine Bouzrou dans un communiqué.

Une "troisième version"

Après les manifestations en mémoire d'Adama Traoré, Me Pascal Rouiller et Me Sandra Chirac Kollarik, les avocats d'un des trois gendarmes impliqués dans l'interpellation du jeune homme ont dénoncé dans un communiqué les "contre-vérités (...) sciemment disséminées depuis quatre ans". Ils revendiquent de "rétablir les faits" dans cette affaire érigée en symbole des violences policières.

"Il convient ici de souligner que les gendarmes, par la voix de leurs conseils qui sont leurs porte-paroles, affirment sans ambiguïté que leurs clients se rétractent et offrent une version inédite", rétorque Me Yassine Bouzrou. L'avocat de la famille Traoré revient notamment sur le fait que le gendarme déclare qu'"aucun plaquage ventral n'a jamais été pratiqué sur Adama Traoré".

Il s'agit là d'une troisième version des faits délivrée par les gendarmes, qui ont maladroitement tenté de s'adapter à l'évolution des rapports médicaux transmis par les parties civiles, lesquels ont été réalisés par des professeurs de médecine spécialistes et réputés", estime Me Bouzrou.

Y a-t-il eu plaquage ventral?

L'avocat de la famille Traoré fait ainsi référence aux premières déclarations de l'un des gendarmes. "On se trouvait à trois dessus pour le maîtriser avec la force strictement nécessaire à son immobilisation", a-t-il expliqué le 19 juillet 2016 devant les gendarmes de la Section de recherches de Versailles, en charge alors de l'enquête pour déterminer les circonstances de la morts d'Adama Traoré.

Citant les déclarations d'un autre gendarme présent au moment de l'interpellation, une source proche de l'enquête précisait à l'époque que le jeune homme avait été maintenu au sol sous "le poids des corps" des trois gendarmes.

Le troisième gendarme assurait quant à lui qu'au moment où leur collègue est parti récupérer la voiture de l'équipage, Adama Traoré se trouvait "sur son côté droit". "Je vois son torse, le chef est juste derrière lui, il est maintenu pour avoir le visage libre. Rien ne gênait la tête de la personne", dit-il dans son PV d'audition, alors que lui et ses collègues sont intervenus à la demande d'un riverain chez qui le jeune homme est venu se réfugier après s'être soumis à une première interpellation.

"Aucun plaquage ventral n’a jamais été pratiqué sur Adama Traoré", affirment désormais les avocats de l'un des gendarmes:

"A aucun moment les trois gendarmes n’ont fait peser le poids de leurs corps sur Adama Traoré", précisent encore les conseils, détaillant les techniques employées: enroulement, saisie du bras et technique du contrôle dorsal costal.

"Dans un dossier classique"

"Les juges d'instruction ne pourront donc que constater, s'ils souhaitent respecter la loi, que cette énième version des faits est en totale contradiction avec les déclarations initiales", réagit Me Yassine Bouzrou, qui estime que les gendarmes à l'origine de l'interpellation n'ont pu "subir de pression" de la part de leurs collègues en charge de l'enquête.

Il met en cause le traitement particulier de cette affaire par la justice.

"Dans un dossier classique, lorsqu'un suspect se rétracte et livre une nouvelle version, il est peu fréquent que la justice n'en tire pas des conséquences négatives", affirme Me Bouzrou.

La famille Traoré appelle la justice "à en tirer les conséquences légales" et appelle à la mise en examen des trois gendarmes, qui sont depuis novembre 2018 placés sous le statut de témoin assisté. Elle réclame par ailleurs le dessaisissement de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale dans cette affaire.

Justine Chevalier