BFMTV

La famille d'Adama Traoré demande le dessaisissement des gendarmes de l'IGGN

La famille d'Adama Traoré, ce jeune homme qui a trouvé la mort lors d'une interpellation en 2016, réclame le dessaisissement des gendarmes de l'IGGN, l'inspection générale de la gendarmerie nationale. Elle estime qu'ils font l'objet de pressions de la part de leur direction.

C'est une lettre qui provoque la colère de la famille d'Adama Traoré. Cette dernière demande le dessaisissement de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale dans l'enquête sur la mort de ce jeune homme lors d'une interpellation musclée en 2016 dans le Val-d'Oise. 

Cette demande intervient après l'envoi mercredi d'une lettre par le directeur de la gendarmerie nationale, Christian Rodriguez, aux gendarmes de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale, "police des polices" de la gendarmerie. La famille d'Adama Traoré estime que la direction de la gendarmerie fait pression sur ses troupes, notamment en raison de cette phrase.

"J'ai adressé et je souhaite renouveler ici tout mon soutien et toute ma confiance à nos camarades impliqués (...)"

Plus loin, le directeur de la gendarmerie nationale rappelle à l'Inspection générale que "l'intervention de nos camarades s'est faite dans un cadre légitime et sous la direction de magistrats". "Le respect de leur présomption d'innocence est un principe indépassable", rappelle également Christian Rodriguez.

"Pensées renouvelées pour les camarades du Val-d'Oise actuellement sur le terrain. J'ai depuis le début, et toujours aujourd'hui, entière confiance en eux. J'ai entière confiance en vous."

Bataille d'expertises

Par ces propos, l'avocat de la famille d'Adama Traoré estime que Christian Rodriguez exerce des pressions sur les enquêteurs en réaffirmant son soutien aux gendarmes impliqués dans l'interpellation du jeune homme. Me Yassine Bouzrou a ainsi adressé une lettre aux trois juges d'instruction en charge de l'enquête sur la mort du jeune homme pour demander le dessaisissement de ce service d'enquête, affirmant que le directeur de la gendarmerie "ment".

"Aucun magistrat n’avait décidé de l’interpellation de Monsieur Adama Traoré (...), écrit l'avocat. Ces allégations mensongères reviennent à faire pression sur des magistrats qui n’ont pourtant aucune rôle dans les faits ayant conduit à la mort d’Adama Traoré."

Une information judiciaire est toujours en cours pour déterminer les circonstances de la mort d'Adama Traoré le 19 juillet 2016. Les débats portent notamment sur les expertises médicales demandées dans ce dossier. La dernière expertise, et troisième, demandée par la justice, avait conclu que le jeune homme est décédé non pas "d’asphyxie positionnelle, mais d'un œdème cardiogénique" et a ainsi écarté la responsabilité des gendarmes. En réaction, la famille a demandé une nouvelle expertise, privée, mettant en cause l'intervention des gendarmes, et la technique du plaquage ventral, dans la mort d'Adama Traoré.

Justine Chevalier