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L'avocat de Geneviève Legay, blessée à Nice, veut porter plainte pour "dissimulation de preuves"

Geneviève Legay a été blessée lors d'une charge policière à Nice le 23 mars 2019.

Geneviève Legay a été blessée lors d'une charge policière à Nice le 23 mars 2019. - BFMTV

Les avocats de Geneviève Legay, une septuagénaire blessée pendant une charge policière lors d'un rassemblement gilets jaunes à Nice en mars dernier, envisagent de porter plainte pour "dissimulation de preuves". La procédure vise en creux le procureur de Nice dont la gestion de cette affaire a déjà été critiquée.

Ils dénoncent un manque d'impartialité. L'avocat de Geneviève Legay, cette septuagénaire blessée lors d'une intervention des forces de l'ordre pendant un rassemblement gilets jaunes à Nice à la fin du mois de mars, veut porter plainte pour "dissimulation de preuves". La procédure vise en creux le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre, déjà mis en cause pour la gestion de l'enquête sur l'origine des blessures de Geneviève Legay.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le procureur de Nice pour comprendre comment Geneviève Legay, une militante de 73 ans d'Attac venue manifester place Garibaldi, s'est retrouvée au sol après une charge des policiers. Rapidement, une première polémique éclate alors que le vendredi 29 mars, jour de l'ouverture d'une information judiciaire pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique", le représentant du parquet Jean-Michel Prêtre fait un volte-face en reconnaissant qu'il y a eu un contact entre un policier et la manifestante. Le 25 mars, il affirmait pourtant le contraire. Il a expliqué ce changement de version par, notamment, la saisie de nouvelles images et l'audition de nouveaux témoins.

Convocation au ministère

Quelques jours plus tard, des révélations de Mediapart relancent les critiques contre la gestion de l'affaire. Le site d'information explique alors que la cheffe de la sûreté départementale à qui a été confiée l'enquête n'est autre que la compagne du commissaire qui était en charge des opérations pendant la manifestation. Une situation dont était au courant le procureur de Nice qui, interrogé, dira qu'il ne "voit pas en quoi cela pose problème". Le procureur général près de la cour d’appel d’Aix en Provence a d’ailleurs estimé que la décision n’était pas "illogique". Il accédait toutefois à la requête de l’avocat de Geneviève Legay en saisissant la cour de cassation d’une demande de dépaysement de l’enquête. La juridiction doit d’ailleurs statuer au début du mois de juillet.

Les investigations ont été confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) après que le procureur a dit avoir été mis au courant d'un contact provoqué par un policier sur la manifestante. Parallèlement, la direction des services judiciaires du ministère a saisi le procureur général d'Aix-en-Provence afin de convoquer le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, pour qu'il s'explique sur "un certain nombre de faits et notamment l'affaire Geneviève Legay", expliquait la Chancellerie au mois d'avril dernier. Selon nos informations, un rendez-vous a bien été organisé mais les suites données sont toujours à l'étude.

Usage de la force "disproportionné"

Mais aujourd'hui, les soupçons de manque d'impartialité sont relancés par de nouvelles révélations de Mediapart. Le site d'information dit s'être procuré un rapport émanant des gendarmes présents à Nice le 23 mars dernier. Il s'agit d'un compte-rendu, comme il en existe "après chaque opération sensible ou délicate" afin de tirer les enseignements de ce qui a fonctionné ou de ce qui n'a pas fonctionné, explique un gendarme. Celui concernant ce samedi après-midi place Garibaldi s'intitule "Observations sur la mission confiée". Il comporte deux enseignements sur ce samedi 23 mars 2019.

Ce jour-là, un commissaire de police commande les opérations, et détermine le cadre d’intervention. L’ordre est alors donné aux unités de forces mobiles de faire évacuer la place Garibaldi. A charge des gendarmes mobiles de déterminer les moyens pour y parvenir. Face à "une foule calme", les gendarmes considèrent comme "disproportionné" l’usage de la force, la "nécessité absolue d’utiliser les armes" n’est pas prouvée. Par conséquent, le chef d’escadron n’engage pas ses hommes. Ce sont donc les policiers d’une compagnie d’intervention et de sécurisation qui vont procéder à une charge ce jour-là pour faire évacuer les quelques dizaines de manifestants regroupés place Garibaldi.

Ce nouvel élément relance la polémique sur les soupçons de partialité dans cette affaire, estime l'avocat de Geneviève Legay. "C'est extraordinairement étonnant que ce rapport dont je découvre l'existence par les médias ne soit pas déjà versé au dossier d'instruction, déplore Me Arié Alimi. Nous nous interrogeons sur le rôle du procureur de Nice."

Contacté, Jean-Michel Prêtre n'a pas répondu à nos sollicitations.

Justine Chevalier