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Jérôme Cahuzac, les yeux dans les yeux, devant la justice

Le procès du mensonge, face au fisc et à la France: trois ans après avoir fait trembler le gouvernement, Jérôme Cahuzac est jugé à partir de ce lundi pour avoir dissimulé un compte à l'étranger.

Il avait pour mission de redresser les comptes de la France. Il comparaît ce lundi pour fraude fiscale et blanchiment devant le tribunal correctionnel de Paris. Jérôme Cahuzac, 63 ans, ex-ministre socialiste du Budget, revient sur la scène judiciaire près de trois ans après sa démission fracassante.

L'ancien ministre va être jugé à partir de ce lundi jusqu'au 18 février devant le tribunal correctionnel de Paris. BFMTV.com fait le point. 

> Que lui reproche la justice?

Jérôme Cahuzac est poursuivi pour fraude fiscale, blanchiment, mais aussi pour avoir "minoré" sa déclaration de patrimoine en entrant au gouvernement. Une déclaration obligatoire dans laquelle chaque ministre doit indiquer la superficie et le prix des logements dont il est propriétaire, les montants sur les comptes qu'il détient, ainsi que les éventuels prêts contractés.

> Comment l'affaire a-t-elle éclaté?

Début janvier 2013, le parquet ouvre une enquête à la suite de révélations publiées un mois plus tôt par le site d'information Mediapart sur un compte caché, d'abord en Suisse puis à Singapour, de Jérôme Cahuzac. L'ancien président de la commission des Finances de l'Assemblée, qui se présente alors comme le chevalier blanc de la lutte contre la fraude fiscale, commence par tout nier. "Les yeux dans les yeux" des médias, des députés, du président. Mais les preuves s'accumulent et il passe finalement aux aveux.

> En quoi consistait la fraude fiscale présumée?

A l'origine, Jérôme Cahuzac, chirurgien de formation, et sa femme Patricia Ménard, ont tenu une florissante clinique spécialisée dans les implants capillaires avant de se séparer. Aux côtés des Cahuzac, leurs conseillers: le banquier François Reyl et l'avocat Philippe Houman, basé à Dubaï.

Entre 1992 et 2013, selon le récit des enquêteurs, ils se sont livrés à des placements illicites en Suisse de l'argent qui coulait à flot, issu des recettes de la clinique mais aussi des activités de conseil de Jérôme Cahuzac auprès de laboratoires pharmaceutiques.

Lorsque le sacro-saint secret bancaire suisse a commencé à se fissurer en 2009, les quelque 600.000 euros détenus par Jérôme Cahuzac ont pris la route de Singapour, en faisant un détour par une société-écran enregistrée aux Seychelles et mise en place par un intermédiaire basé à Dubaï. Quant aux comptes de la mère de l'ancien ministre, qui n'est pas elle-même mise en cause, ils ont servi à "blanchir", entre 2003 et 2010, quelque 200.000 euros de chèques établis par des clients de la clinique Cahuzac.

> Une fraude pour gagner plus d'argent?

Il s'agissait d'une "gestion familiale", dira aux enquêteurs Patricia Cahuzac. L'argent a notamment servi à payer des vacances somptuaires en Corse et des appartements à leurs enfants à Londres. Depuis, Patricia Cahuzac a revendu les appartements et s'est acquittée d'un redressement fiscal de plus de deux millions d'euros. L'ancien ministre a lui aussi régularisé sa situation. Reste le marathon judiciaire.

> Que risque-t-il?

Jérôme Cahuzac risque une peine allant jusqu'à sept ans de prison et deux millions d'euros d'amende. Une inconnue pèse toutefois sur ce procès: la défense entend poser des "questions prioritaires de constitutionnalité", contestant notamment le cumul de sanctions pénales et fiscales. Si le tribunal les accepte, le procès sera reporté de plusieurs mois, comme c'est arrivé récemment au marchand d'art Guy Wildenstein, également jugé pour fraude fiscale et blanchiment.

Alexandra Gonzalez, avec AFP