BFMTV

Incendie d'une gendarmerie à Meylan: l'ombre de l'ultragauche

Le bâtiment de la gendarmerie pris pour cible à Meylan

Le bâtiment de la gendarmerie pris pour cible à Meylan - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Dans la nuit de ce jeudi, un incendie volontaire dans la caserne de gendarmerie de Meylan brûlait quatre véhicules personnels et une moto appartenant aux gendarmes. La responsabilité possible d'un groupe d'ultragauche est étudiée en raison de précédents. Portrait des activistes d'ultragauche.

Dans la nuit de ce jeudi, sur les coups de 3h35, un incendie, dont l'origine est volontaire, s'est déclaré dans l'enceinte dans la gendarmerie de Meylan, en Isère. Le feu a brûlé quatre véhicules personnels et une moto appartenant aux gendarmes. Les flammes ont atteint le bâtiment où vivaient neuf familles de gendarmes. Heureusement, aucune victime n'est à déplorer. "La question de l’acte terroriste peut se poser", a jugé lors d'un point-presse le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat. La piste pointant vers l'ultragauche est évoquée. Sur notre plateau ce jeudi soir, Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat VIGI-CGT Police, a prudemment fait observer:

"La piste d’ultragauche est pressentie. Mais c’est un département qui est aussi une plaque-tournante du trafic d’armes, c’est aussi là qu’un kamikaze avait décapité son patron donc c’est un département riche en criminalités diverses. Aucune piste n’est fermée pour le moment."

La dimension internationale de l'ultragauche

Si la piste de l'ultragauche est cependant scrutée, c'est en raison de précédents récents, notamment les incendies revendiqués par des individus relevant de cette mouvance de deux gendarmeries à Limoges et Grenoble le mois dernier. Consultant police/justice pour BFMTV, Dominique Rizet a également noté: "Il y a notamment la concomitance des dates, trois ans jour pour jour après la mort de Rémi Fraisse, à Sivens tué par une grenade offensive lancée par un gendarme de façon non intentionnelle car c’était un lancer en cloche dans la nuit." Il a aussi fait le lien avec l'actualité politique:

"Et on est aussi à un moment où l’extrême-gauche et l’ultragauche sont mobilisées dans des manifestations, ou des sites comme à Bure, le plateau des Mille-Vaches, Notre-Dame-Des-Landes. (…) ça fait des centaines de jeunes extrêmement actifs et qui ne sont pas seulement des Français."

Cette dimension internationale a été développée par Alexandre Langlois: "Avec les réseaux sociaux, il y a une coordination européenne. Par exemple, au moment des manifestations contre la loi travail des groupes sont venus constituer des ‘Black Blocs’ en France, et à l’inverse, des Français étaient partis à Francfort."

Une identité composite

Mais est-il possible de faire la typologie de ces militants? Pour Driss Aït-Youssef, président de l'institut Léonard de Vinci, leur identité est composite: "Leur caractéristique première, c’est la clandestinité. Ce sont des individus qui vivent quelquefois en groupe, notamment chez les zadistes, c’est très fermé et la presse n’y a plus accès. Et puis, ce sont aussi des gens qui travaillent." Selon Diss Aït-Youssef, ils sont cependant unis dans les grandes lignes par une position politique commune:

"Ils sont dans un rejet de la société et quand on attaque la police, on attaque l’outil de ‘l’Etat oppresseur’. C’est pour ça qu’on s’en prend à la police et à la gendarmerie. Quand on discute avec eux, ils ne se considèrent pas comme d’ultragauche mais comme des gens qui luttent pour l’égalité et la justice sociale."

"Ils ont un dogme"

Le syndicaliste policier a aussi constaté cette intransigeance. "Ce sont des gens qui sont dans un dogme. Il est difficile de discuter avec eux car ils sont persuadés d’avoir la vérité et si on ne partage leur vérité, on est forcément des ennemis, des fascistes", a posé Alexandre Langlois. Pour rejeter la société, les membres de groupuscules d'ultragauche ne se coupent pas forcément du monde, selon Dominique Rizet: "Ce sont souvent des jeunes qui s’instruisent, qui écoutent le discours des politiques, qui écoutent les journalistes, qui nous détestent tous et veulent en découdre."

Driss Aït-Youssef a fait le lien avec le phénomène de "l'écoterrorisme": "C’est une forme de terrorisme. Aujourd’hui, les services de renseignement sont informés sur une espèce de mouvement qui est en train de s’opérer vers ce qu’on appelle ‘l’écoterrorisme’. (…) La grande difficulté, ensuite, c’est la manière dont on va le traiter."

Robin Verner