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"Haine anti-flics", "politique du chiffre": les grandes mobilisations de policiers depuis 20 ans

Des policiers français ont déposé des menottes à terre, lors d'une manifestation sur la place du Trocadéro à Paris le 14 juin 2020

Des policiers français ont déposé des menottes à terre, lors d'une manifestation sur la place du Trocadéro à Paris le 14 juin 2020 - Thomas SAMSON © 2019 AFP

Depuis vingt ans, les fonctionnaires de police français ont manifesté à de nombreuses reprises, notamment pour dénoncer leurs conditions de travail et la violence à laquelle ils font face au quotidien.

Deux semaines après le meurtre du brigadier Éric Masson à Avignon, des milliers de policiers doivent se rasssembler ce mercredi, en début d'après-midi devant l'Assemblée nationale pour "une marche citoyenne". Au-delà de l'hommage à leur collègue, les fonctionnaires de police réclament notamment plus de sévérité de la part de la justice pour les "agresseurs des forces de l'ordre". De nombreux politiques ont annoncé leur participation au rassemblement, dont Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur.

Ce n'est pas la première mobilisation d'envergure des policiers. Voici les principaux mouvements depuis 20 ans.

• 2001: après le meurtre de policiers

Le tiers des 114.000 policiers de France, de tous grades, manifeste durant deux semaines, après le meurtre de deux policiers le 16 octobre, au Plessis-Trévise (Val-de-Marne), par un braqueur récidiviste libéré alors qu'il était en détention provisoire, et après les blessures reçues par deux autres dans une fusillade à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) le 7 novembre.

• 2007: contre le changement de statut

Le 8 décembre, plusieurs milliers d'officiers de police manifestent à Paris contre les porpositions du ministère de l'Intérieur dans le cadre de leur passage au statut de cadre. D'après les syndicatis, ce changement de statut signifiait plus d'heures de travail, pour quelques euros de plus par mois.

• 2009: contre la "politique du chiffre"

Dans toute la France, plusieurs milliers de policiers dénoncent le 3 décembre une "politique du chiffre, quotas de contraventions et effectifs en baisse". À l'appel du syndicat SGP-FO Unité Police, des tracts en forme de PV ont été distribués dans plusieurs villes, rapportaient à l'époque nos confrères du Monde.

"Jour après jour, les policiers nationaux s'épuisent à remplir des objectifs inatteignables, loin des réalités d'une délinquance mobile, violente", précise le document.

Autre source de colère des policiers: la baisse des effectifs.

• 2012: après la mise en examen d'un de leurs collègues

De nombreuses manifestations de centaines de policiers se succèdent durant plusieurs semaines pour protester contre la mise en examen d'un de leurs collègues pour homicide volontaire. Celui-ci avait abattu un multirécidiviste en cavale en Seine-Saint-Denis le 25 avril.

• 2014: contre la "paupérisation" des services

Plusieurs milliers de policiers défilent à Paris le 13 novembre pour dénoncer "une paupérisation constante des services" et "le mal-être" dans la police qu'ils jugent "asphyxiée par les réformes".

• 2015: pour un policier blessé

Des milliers de policiers manifestent en France le 14 octobre, après qu'un de leur collègue a été grièvement blessé en Seine-Saint-Denis par un braqueur en cavale depuis une permission de sortie.

• 2016: pour une prime et contre la "haine anti-flics"

En avril, plusieurs milliers de policiers manifestent à Paris pour réclamer l'augmentation d'une "prime de risque" à la suite des attentats et de l'instauration de l'état d'urgence.

Le mois suivant, des centaines de policiers manifestent pour dénoncer la "haine anti-flics" lors des manifestations contre la réforme du droit du travail. En marge d'une marche contre les violences à l'encontre des forces de l'ordre à Paris, deux policiers sont attaqués et leur voiture incendiée.

En octobre, une attaque aux cocktails Molotov contre quatre agents à Viry-Châtillon (Essonne) déclenche une série de manifestations, auxquelles participent des centaines de policiers. En réponse, le gouvernement fait voter une loi assouplissant les règles de légitime défense. En avril 2021, l'acquittement en appel de huit des accusés dans cette affaire et la condamnation des cinq autres à des peines moins sévères qu'en première instance provoqueront de nouvelles manifestations de policiers.

• 2019: une "marche de la colère"

Début octobre, quelque 27.000 policiers, selon les organisateurs, défilent à Paris pour une "marche de la colère". Au coeur de la protestation, une usure opérationnelle liée au mouvement social des "gilets jaunes", où la police a été accusée de violences, et un bond des suicides au sein de la police nationale.

Les syndicats policiers craignent aussi les conséquences du projet de réforme des retraites. Le 12 décembre, ils suspendent leur mouvement après avoir obtenu des "avancées" pour le maintien de leur régime dérogatoire.

• 2020: contre les projets de l'exécutif

En juin, de multiples rassemblements de policiers s'estimant "jetés en pature" sont organisés en France, à la suite du projet d'abandon de la clé d'"étranglement" annoncé par le gouvernement après des manifestations contre les violences policières. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, avait également demandé la suspension de policiers en cas de "soupçons avérés" de racisme, avant de reconnaître une "maladresse". La technique d'interpellation controversée restera finalement utilisée.

En décembre, plusieurs centaines de policiers se rassemblent à Paris, Nantes ou Bordeaux, se disant "dénigrés" après des propos d'Emmanuel Macron. Le chef de l'État avait jugé "insoutenable" que les contrôles ciblent davantage les jeunes dont la peau "n'est pas blanche" et reconnu qu'il existait "des violences par des policiers".

Fanny Rocher avec AFP