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"Marche de la colère", pour quelles raisons les policiers manifestent-ils à Paris ce mercredi

Préfecture de police de Paris, le 3 octobre 2019.

Préfecture de police de Paris, le 3 octobre 2019. - Capture BFMTV

Entre 15.000 et 20.000 policiers sont attendus ce mercredi après-midi dans les rues parisiennes afin de dénoncer leurs conditions de travail.

C'est une première depuis près de 20 ans. Ce mercredi à partir de 12h30 entre les places de la Bastille et de la République à Paris, les policiers vont battre le pavé pour une "marche de la colère".

A l'appel d'une large intersyndicale, ils devraient être entre 15.000 et 20.000 à défiler sur fond de malaise de l'institution, de hausse des suicides et de réforme des retraites. "C'est un premier avertissement, le gouvernement doit prendre conscience de la situation", assure Olivier Hourceau du syndicat Alliance. 

Entre quotidien difficile et doutes sur leur avenir, les raisons de leur colère sont multiples.

  • Un mal-être au quotidien

Depuis le 1er janvier 2019, 52 policiers se sont donnés la mort, bien souvent avec leur arme de service. Un chiffre en hausse constante, puisqu'il dépasse déjà le chiffre de l'année 2018, où 35 gardiens de la paix s'étaient donné la mort. 

"Il y a un ras-le-bol profond", fait valoir David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa). "Tous les syndicats ont conscience que la police est malade."

Présente ce mercredi pour la marche, Dominique Cid-Chabot est la mère de l'un d'entre eux, qui s'est donné la mort en avril dernier à l'âge de 38 ans, et après 20 ans de service. 

"S'ils ont un mal-être dans leur boulot, qu'ils n'hésitent pas à parler. Ce n'est pas une honte, ce n'est pas un aveu de faiblesse que de dire 'je ne vais pas bien', plutôt que de perdre toute sa famille, de gâcher sa vie, de tout gâcher, de tout perdre", lance la mère au micro de BFMTV.

De manière plus générale, les policiers souhaitent dénoncer le manque de soutien de la part de leur hiérarchie directe, malgré l'annonce de la création, en avril dernier par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, d'une "cellule alerte prévention suicide."

  • La question des retraites

Le futur big bang des régimes de retraite est en effet l'un des principaux points de tension entre l'exécutif et les syndicats policiers, qui craignent une remise en cause de leur avantageux système de bonifications.

A l'heure actuelle, les policiers bénéficient d'une bonification spéciale dite "du cinquième" ou "quinquennale", qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans. Elle est plafonnée à cinq annuités. Pour être éligible à cette bonification, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 ans.

Les propos du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner assurant, le 17 septembre, qu'il défendrait "jusqu'au bout la spécificité du statut" des forces de l'ordre, sont loin d'avoir dissipé les inquiétudes des organisations syndicales.

"Nous voulons une position ferme et définitive du gouvernement", résume le secrétaire général d'Unité-SG-FO, Yves Lefebvre.

"Castaner n'a pas toutes les cartes en main. Il joue une partie de poker avec Matignon qui détient les cordons de la bourse et l'Elysée", observe Yves Lefebvre. "Mais tout le monde doit comprendre qu'il y aura le feu dans la maison 'police'" si le gouvernement devait suivre les préconisations du rapport du haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye, publié en juillet.
  • Un manque de moyens 

Pour Olivier Hourceau, les manifestants de ce mercredi attendent "des conditions de travail qui s'améliorent, notamment sur le parc automobile." 

"Il y a eu une baisse de plus de 200 millions d'euros sur le budget de fonctionnement, et parfois, les policiers doivent eux-même acheter leur matériel. Il est important que le gouvernement comprenne qu'on ne s'arrêtera pas là"; ajoute-t-il au micro de BFMTV. 

Ainsi, selon l'entourage du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, on assure avoir entendu les requêtes policières. "Il y a un travail très important de remise à niveau et on le conduit, projet de loi de finances après projet de loi de finances", explique d'ailleurs une source proche des dossiers. 

Ainsi selon le ministère de l'Intérieur dont le budget augmentera de 4% en 2020, 552 millions d'euros supplémentaires ont été consacrés aux personnels des forces de sécurité depuis le budget 2018. 

Beauvau fait également valoir la "mobilisation forte" sur les suicides comme l'activisme des ministres pour défendre la police contre "la critique permanente".

Hugo Septier