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Front national: Jean-Marie Le Pen livre bataille en justice pour récupérer sa place

Le fondateur et ancien président d'honneur du FN a assigné le parti pour demander à la justice l'annulation de son exclusion de la formation politique prononcée le 20 août 2015.

L'ironie du sort. Le 5 octobre 1972, Jean-Marie Le Pen donnait naissance au Front national. Quarante-quatre ans plus tard, le même jour, le "Menhir" s'est présenté devant la justice pour tenter de récupérer sa place au sein de son parti. Ce mercredi, le fondateur du FN est venu demander au tribunal de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, d'annuler son exclusion du parti prononcée le 20 août 2015, à la suite d'une énième sortie polémique.

A son arrivée au tribunal de grande instance de Nanterre, Jean-Marie Le Pen a seulement déclaré qu'il attendait "la victoire, celle de la justice". A trois reprises, il a été entendu puisque les juges ont annulé sa suspension puis, à deux reprises, ont suspendu le congrès par correspondance censé supprimer son statut de président d'honneur.

Jean-Marie Le Pen avait été exclu à la majorité par le bureau exécutif du FN, mais en l'absence de Marine Le Pen et de Florian Philippot, pour ses propos sur la Shoah et le maréchal Pétain, qu'il avait notamment tenus sur BFMTV.

"Bureau exécuteur"

Dès le début de l'audience, ce mercredi, l'avocat de Jean-Marie Le Pen a exposé sa ligne de défense. "Il s'agit d'un parricide, évidemment, mais pas seulement", avance Me Frédéric Joachim. "Il s'agit d'une exécution politique", l'avocat préférant alors parler de "bureau exécuteur" plutôt que de "bureau exécutif". Dans son viseur, évidemment, l'actuelle présidente du parti et fille de, Marine le Pen, qu'il accuse d'avoir téléguidé cette exclusion.

L'exclusion d'un parti qui est qualifié de "déloyal", "un parti d'amateurs peuplé de serpents froids et ambitieux". Plus que judiciaire, ce procès a donc rapidement pris un tournant politique. Pour faire valoir ses arguments, l'avocat ose une comparaison avec le mariage pour tous. selon lui, les couples mariés resteront mariés même si la loi venait à être abrogée.

"Autant que Jean-Marie Le Pen vivra, il sera président d'honneur", lance ainsi Me Joachim, avant de réclamer des dommages et intérêts d'un montant de deux millions d'euros. "C’est un fait qui est unique, et le montant pourrait bien être plus important s’agissant de réparer une telle atteinte", déclarait le conseil juste avant l'audience.

"Détail du FN"

De son côté, l'avocat du parti a tenté de minimiser l'impact de cette affaire. "Ce n'est pas un procès historique", a estimé Me Sauveur, citant le procès de Klaus Barbie, du maréchal Pétain ou celui de Nüremberg comme exemples pour apporter du crédit à son propos. Il accuse même son confrère d'avoir pour unique but de retracer la vie de son client pour redorer son honneur.

"J'ai dû fouiller avec une truelle pour trouver du droit dans cette assignation", a-t-il ironisé.

Me Sauveur a qualifié alors de fautes graves les sorties polémiques de Jean-Marie Le Pen qui avait notamment assuré à plusieurs reprises que les chambres à gaz pendant la Seconde guerre mondiale étaient "un détail de l'histoire". Avant de conclure sur une déclaration assassine: "Aujourd'hui, c'est Jean-Marie Le Pen qui est devenu un détail du Front national". Réponse le 17 novembre.

Deux millions d'euros pour préjudice

Par ailleurs, Jean-Marie Le pen qui estime être le président d'honneur "à vie" du FN réclame deux millions d'euros au parti qu'il a lui-même fondé. Motif ? Réparer un "très grave préjudice" porté à sa fonction de président d'honneur, mais "à sa dignité, son honneur, sa notoriété et son action publique".

Justine Chevalier avec Neila Latrous