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EN DIRECT - Procès du 13-Novembre: un médecin du RAID raconte une nuit qui le "marquera à vie"

EN DIRECT - Procès du 13-Novembre: un médecin du RAID raconte une nuit qui le "marquera à vie"

Croquis de la salle d'audience du procès des attaques du 13 novembre 2015, le 16 septembre 2021 au Palais de Justice de Paris

C'est la 35è journée du procès consacré à juger les accusés des attaques du 13 novembre 2015. Ce jeudi, la cour d'assises spécialement composée entend d'abord deux associations de victimes avant de laisser place aux médecins de la BRI et du Raid, sur place le soir du drame.

C'est la fin de ce direct

C'est la fin de ce direct, merci de l'avoir suivi. Retrouvez le compte-rendu de cette 35è journée d'audience ici:

Procès du 13-Novembre: intervenu au Bataclan, un médecin du RAID raconte "l'urgence de sortir de cet enfer"

"Première fois que le plan blanc était déclenché sur l’ensemble de l’assistance publique"

Le directeur de l'AP-HP explique qu'à 22h30, le 13 novembre 2015, le plan blanc a été déclenché.

"C'était la première fois qu’il était déclenché sur l’ensemble de l’assistance publique", souligne-t-il.

Et d'ajouter: "L’ensemble des hôpitaux ont pu être mobilisés. 17 hôpitaux ont reçu 364 blessés, dont une centaine en urgence absolue. Nous avons compté 4 décès et 188 opérations chirurgicales".

"Les blessés s’apparentaient à des blessés de guerre, touchés par des armes de guerre, mais la chirurgie et la médecine ont été pratiquées avec la même qualité et la même exigence que dans des circonstances habituelles", a déclaré Martin Hirsch.

Audition de Martin Hirsch, directeur de l'APHP

L'interrogatoire du Dr Safran est terminée, c'est au tour de Martin Hirsch, directeur de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris.

"Je suis parti à la recherche des blessés"

Après cette extraction, l'assaut a été donné.

"La zone était plus sécurisée qu’auparavant donc on a pu faire entrer les secours. Moi je suis allé dans les étages, d’abord auprès de la BRI pour voir si des agents avaient été blessés pendant l’assaut."

Un homme est blessé à la main mais déjà évacué, "donc je n’ai pas eu à m’occuper de lui. J’ai passé le reste de la soirée à explorer le Bataclan qui est un bâtiment complexe avec de nombreux recoins. Je suis parti à la recherche des blessés, et j'en ai trouvé, je les ai regardé, examiné, organisé leur sortie", se souvient Denis Safran.

Et d'ajouter: "On a fait descendre 80 personnes cachées, peu blessées. Voilà ce que nous avons fait pendant cet événement dramatique."

Extraction immédiate

"Il y a eu évacuation immédiate. Bien avant notre arrivée, beaucoup étaient déjà partis et avaient été pris en charge. Mais là, dès notre arrivée, on a tout fait pour qu’un maximum de gens sorte le plus rapidement possible, puisque c’est un lieu où ça peut recommencer à tirer à n’importe quel moment, d'autres assaillants peuvent arriver, le bâtiment peut exploser", détaille le médecin de la BRI.

"Une vision d'horreur"

"Je constate le chaos qui règne et des victimes inanimées sur le trottoir. Nous entrons dans le Bataclan avec la colonne d’assaut. J’ai une vision d’horreur sur ce qui se passe à l’intérieur", raconte le Dr Safran.

"Il se passe quelque chose"

Il est à une réception le soir du 13 novembre quand il reçoit des alertes sur les attaques.

"J’appelle la permanence du préfet de police de Paris qui ne répond pas. J’en déduis immédiatement qu’il se passe quelque chose. C’est alors que mon biper sonne pour une intervention immédiate".

Il rejoint la BRI et "nous partons en direction du Bataclan".

Un médecin de la BRI est entendu

L'audience reprend avec le Dr Denis Safran, 73 ans, médecin de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention).

L'audience est suspendue jusqu'à 16h30

L'audition du médecin du RAID, Matthieu Langlois, est terminée. La cour marque une courte pause jusqu'à 16h30.

"Cette nuit me marquera à vie"

"Ca a été une nuit très marquante, autant sur l’intensité physique que mentale. Ca me marquera à vie", témoigne Matthieu Langlois.

Le médecin du RAID évoque le "caractère absolument unique au monde" de l'intervention

Y a-t-il des amélioration depuis le 13 novembre 2015? demande une magistrate au Dr Langlois.

"Vu le caractère absolument unique au monde de ce qu’on a vécu, évidemment cette soirée a été très riche d’enseignements qu'on partage avec les services de secours en France et à l’étranger", répond-il.

"Le zonage est devenu plus dynamique avec de nouveaux outils. Il y a une meilleur coordination entre les services de secours et les forces spéciales. Sur la priorisation des victimes, on est allé encore + loin pour gagner + de temps. Mais il n’y a pas eu de révolution non plus"

"Je n’avais jamais fait, jamais vu ça"

Le président lui demande s'il sait combien de victimes il a évacué le soir du 13 novembre 2015.

"On a essayé d’analyser ce nombre mais c'est impossible de répondre. Evidemment, je n’avais jamais fait, jamais vu ça", répond le Dr Langlois.

"Il y a urgence à sortir de cet enfer"

Le Dr Langlois fait venir quatre échelles de pompiers "et on fait des files de victimes. On fait passer les blessés en premier. Il y a urgence à sortir de cet enfer".

L’opération d'évacuation se finit après l’assaut, vers 01h00 du matin.

Evacuer les victimes

Il procède à l'évacuation des blessés pendant environ 40 minutes.

"Puis on apprend que plus de 80 blessés sont encore cachés dans les étages. Il faut réfléchir à comment les évacuer, sachant qu’il est hors de question de les refaire passer par l’intérieur du Bataclan. On regarde le balcon qui est à 4 mètres et je fonce informer les pompiers qu’on est loin d’avoir fini avec le nombre de victimes".

"On ne peut pas attendre que l’assaut soit donné"

Arrivé dans la fossé, le médecin se rend compte qu'il y a énormément de blessés et de morts.

"On sait qu’il y a encore des terroristes dans la salle et potentiellement des sacs piégés. Je demande si des victimes peuvent venir vers nous. Je vois un bras qui se lève, mais toutes les personnes qui pouvaient bouger ont déjà été évacuées".

"Je me dis qu’il faut aller les chercher pour les mettre en sécurité sinon, avec leur type de blessures, ce sera trop tard, on ne peut pas attendre que l’assaut soit donné", détaille le Dr Langlois.

"Planquez-vous ça tire"

"On arrive vers 23h, on voit le Bataclan et le passage Amelot. On est préparé pour agir sur les tueries de masse, mais je me rends compte que la réalité va etre beaucoup plus dure. On voit des corps sur le trottoir et un policier nous dit: 'Planquez-vous ça tire'".

"Plus on avance vers l’entrée, plus la situation de chaos est évidente".

Une équipe de médecins pour le Bataclan, une autre pour les terrasses

"On est déclenchés vers 21h50 pour motif terroriste, sans plus d’informations. On s’équipe, on prépare notre matériel dédié aux soins secours. Deux équipes sont constituées: une pour le Bataclan, une autre pour les terrasses. Je fais deux binômes pour le Bataclan et deux binômes pour les terrasses", raconte le Dr Langlois.

Ils se mettent en route vers 22h-22h30.

"Agir dans des zones dangereuses et hostiles"

Il explique que les médecins du RAID sont entraînés à agir dans des zones dangereuses et hostiles. Mathieu Langlois a intégré cette équipe en 2008.

"A l’époque, on soutenait un assaut et on gérait un ou deux blessés, qu’ils soient policiers ou assaillants. Mais après Mohamed Merah, on a fait évoluer notre rôle pour anticiper les tueries de masses et les prises d’otages."

L'audition du médecin du RAID commence

La cour passe désormais à la déposition du Dr Mathieu Langlois, médecin du RAID, l'unité d'élite de la Police nationale.

"La fraternité c’est ce qui fonde notre association"

"La fraternité c’est ce qui fonde notre association. Ce qui permet de se rapprocher, de faire communauté. Il s’agit de se réconforter ensemble et de tendre la main aux autres. Ce que nous avons vécu peut être utile aux autres", explique Philippe Duperron.

"Porter la voix de ceux et celles qui n'ont pas la force de venir ici pour exprimer leur douleur"

La cour appelle désormais Philippe Duperron, président de l’association 13onze15 et père d’un jeune homme mort au Bataclan.

"Je veux porter la parole des 131 victimes mortes ce jour-là. Je veux aussi porter la voix de ceux et celles qui n'ont pas la force de venir ici pour exprimer leur douleur. Il y a aussi ceux qui n'en ressentent pas le besoin."

"Le premier qui se lève je lui mets une balle dans la tête", la cour diffuse un enregistrement du Bataclan

La cour diffuse un sonore sur lequel on entend paroles prononcées par des assaillants au Bataclan. Entrecoupés de détonnations, les mots résonnent:

"Tout le monde à terre. Le premier qui se lève je lui mets une balle dans la tête. C’est clair? Vous voulez un exemple? Vous pourrez vous en prendre à votre président François Hollande".

L'enregistrement se termine sur l'explosion d'une ceinture de l'un des terroristes.

"Le terrorisme porte en lui les germes de son échecs"

Le président de Life for Paris veut souligner "à quel point le terrorisme a rapproché les gens qui y ont survécu".

"Le terrorisme porte en lui les germes de son échecs. Aussi marqués que l'on soit, on a su se rapprocher. Ici, on veut dire aux victimes 'vous n'êtes pas seules' et j'espère que ça perdurera après le procès", soutient Arthur Dénouveaux.

"Responsabilité du survivant"

Le président de Life for Paris salue "la chance" qu'il a d'être vivant et explique ce qui l'a motivé à créé son association.

"Je ressens une responsabilité du survivant. La responsabilité de vivre pour ceux qui sont morts, de vivre plus. C’est aussi pour ça que l'association a été créée, avec l’envie de nous positionner sur des sujets comme la mémoire, le travail de justice, l’indemnisation. Il s'agissait de se créer une béquille, en se disant qu'elle ne serait pas éternelle", développe-t-il, précisant qu'il ne sait pas quand l'association sera dissoute.

"Ce qui ne veut pas dire que notre communauté disparaîtra", insiste-t-il.

"Ne pas offrir une prise aux balles"

Arthur Dénouveaux, 29 ans en 2015, se trouvaitdans la fosse le soir des attaques.

"J’ai entendu des pétards et j’ai enlevé mes boules quies. Finalement j'ai reconnu les tirs d’armes automatiques. Il y a eu un grand mouvement de foule. Je me suis dit qu’il fallait sortir, ne surtout pas se relever pour ne pas offrir une prise aux balles", raconte-t-il.

"J’ai rampé sur des corps, des gens me marchaient dessus. Puis, j’ai réussi à sortir par l’issue de secours à gauche de la salle."

Arthur Dénouveaux demande la diffusion d'une vidéo du concert le soir du 13 novembre

Arthur Dénouveaux, le président de Life for Paris, ouvre cette nouvelle journée d'audience. Il souhaite commencer sa déposition par la diffusion d'une vidéo du début du concert des Eagles of death metal qui jouaient le soir des attaques au Bataclan.

Ceci pour trois raisons, explique-t-il. "Ca montre pourquoi plus d’un millier de personnes étaient au concert ce soir-là", dit-il après que le son des guitares a résonné dans la salle.

"Ca nous montre ce qu'ont vu les terroristes quand ils sont venus assassiner des gens au concert. Et ça permet aussi d'avoir une représentation concrète de ce qu'était le Bataclan ce soir-là."

Les ex-policiers de la BAC ont "désobéi" aux ordres pour sauver des vies

Hier, ce sont plusieurs ex-policiers de la "BAC de nuit" de Paris qui ont raconté comment ils avaient "désobéi" aux ordre pour sauver des vies.

Retrouvez ici le compte-rendu de l’audience.

Associations et médecins

Cette 35e journée d’audience est consacrée à l’audition de deux associations de victimes : Life for Paris et 13onze15.

Ensuite, les médecins de la BRI et du Raid ainsi que le président de l’Ap-Hp seront à leur tour entendus.

💬 Bienvenue dans ce direct

Bonjour et bienvenue dans ce direct consacré au procès du 13-Novembre.

Cela fait huit semaines et 35 jours que la cour d’assises spécialement composée se réunit pour juger les 14 accusés présents physiquement, et 6 autres par défaut, pour avoir participé de près ou de loin aux attentats commis le 13 novembre 2015 à Paris.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV