BFMTV

Émeutes à Paris: un fiasco pour les forces de l'ordre?

Malgré le dispositif de sécurité mis en place en amont de la mobilisation des gilets jaunes, les CRS et gendarmes mobiles déployés dans la capitale n'ont pas réussi à juguler les violences, qui se sont poursuivies jusque dans la soirée.

5000 forces de l'ordre mobilisées, et pourtant. Malgré un dispositif de sécurité hors normes, c'est un déferlement de violences sans précédent qui a éclaté dans la capitale en marge de la troisième journée de mobilisation des gilets jaunes.

Vitrines pulvérisées, voitures et commerces incendiés, policiers attaqués: Paris a été le théâtre de scènes de chaos qui se sont poursuivis jusque tard dans la soirée. Selon un nouveau décompte, 412 personnes ont été interpellées à l'issue de la journée et 133 autres blessées, dont 23 parmi les forces de l'ordre, particulièrement prises pour cible par des milliers d'individus violents.

Pourtant, la préfecture de police de Paris, avertie par les incidents des deux samedi précédents, avait mis en place un dispositif de sécurité très étudié, en piétonnisant et en circonscrivant les Champs-Elysées. En théorie, chaque manifestant devait passer par un barrage filtrant pour subir un contrôle d'identité et une fouille afin d'éviter l'infiltration de casseurs dans les rangs des manifestants. 2000 policiers et gendarmes de plus avaient également été mobilisés.

Mais rien ne s'est passé comme prévu, seuls 500 manifestants respectant le périmètre imposé, les autres, bien plus violents, se disséminant à l'extérieur de la zone sécurisée pour transformer Paris en brasier. En face, des forces de police impuissantes qui ont subi les assauts des manifestants, comme ce CRS pratiquement lynché par des émeutiers place de l'Etoile sur une vidéo du Parisien

"La zone sécurisée n'a servi à rien"

Comment expliquer un tel retournement de situation? Selon toute vraisemblance, la préfecture n'avait pas anticipé que les casseurs seraient aussi nombreux à se rallier à la manifestation. On estime qu'ils étaient environ 3000 ce samedi aux alentours de la place de l'Etoile, contre seulement quelques centaines de manifestants "pacifiques" sur les Champs-Elysées.

"Ce que la préfecture de police n'a peut-être pas vu, c'est qu'il y aurait un nombre aussi important de casseurs", abonde Driss Aït Youssef, docteur en droit et spécialiste de la sécurité. "A côté de ça, il y a eu cette espèce d'entonnoir avec des individus qui refusaient de se soumettre aux palpations de sécurité et c'est là que ça a commencé à dégénérer vers 8h30", ajoute-t-il.

Loïc Travers, secrétaire national du syndicat de police Alliance Police Nationale, estime également que la stratégie de la préfecture n'était pas la bonne. Selon lui, la zone sécurisée "n'a servi à rien du tout puisque les filtrages et pré-filtrages n'ont bien évidemment pas été passés par les gens qui avaient de mauvaises intentions".

"Finalement, les opérations de filtrage et de pré-filtrage ont tellement bien fonctionné que tous les casseurs sont restés à l'extérieur et que le bazar s'est déplacé en dehors de la zone de sécurité."

Des Tuileries à l'avenue Kléber, en passant par le boulevard Haussmann, les violences ont essaimé aux quatre coins de la capitale, prenant de court les forces de l'ordre, principalement massées aux alentours des Champs-Elysées.

Une faille côté renseignement

Toujours selon Loïc Travers, les torts ne sont pas à chercher du côté de la seule préfecture mais aussi du côté des services de renseignement, qui auraient dû identifier en amont les potentiels casseurs, afin de les empêcher de manifester.

"Le problème c'est de pouvoir identifier ces ultras. Il y a notamment cette loi, qui est en élaboration au Sénat, qui permettrait de les arrêter et de les ficher en amont pour leur interdire de manifester. C'est ce qui se fait dans le hooliganisme par exemple", estime le syndicaliste.

Au lendemain de cette journée noire, une grande question risque d'occuper le ministre de l'Intérieur et la préfecture la semaine prochaine: comment sécuriser un potentiel "acte 4" de la mobilisation, que certains appellent déjà de leurs vœux pour le week-end prochain. Pour le syndicat Alliance, la solution est tout trouvée: le rétablissement de l'état d'urgence pour parer à une situation "insurrectionnelle" et donner davantage de moyens au préfet de police.
Claire Rodineau