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Dupont de Ligonnès arrêté selon les Ecossais: pourquoi les enquêteurs français restent prudents?

Un homme dont les empreintes correspondent à celles de Xavier Dupont de Ligonnès a été arrêté vendredi à Glasgow, en Ecosse. Le procureur de Nantes a appelé à la prudence tant que les analyses ADN n'ont pas été réalisées.

Le doute est plus que jamais d'actualité ce samedi au lendemain de l'arrestation d'un homme dont les empreintes digitales correspondent à celles de Xavier Dupont de Ligonnès, soupçonné d'avoir assassiné sa famille en 2011. Le procureur de Nantes a renouvelé son appel à la "prudence" tant que des analyses scientifiques plus poussées ne sont pas réalisées.

Selon nos informations, les empreintes digitales prélevées au domicile dans les Yvelines de l'homme arrêté ne correspondent pas à celles de Xavier Dupont de Ligonnès. Les analyses effectuées par les policiers écossais ont fait ressortir 5 points de comparaison sur 13 entre les deux traces. Par ailleurs, la photo de l'homme envoyée par les autorités écossaises ne ressemble pas du tout à celle du père de famille recherché depuis 2011. Selon une source proche qui a pu voir ce cliché, l'interpellé ressemble à un homme âgé, dégarni, portant des lunettes. L’écart des yeux entre les deux hommes ne correspond pas, par exemple.

"En France, pour établir qu’une trace correspond bien à cette empreinte, il faut 12 points caractéristiques similaires et aucun point de discordance", fait savoir Richard Marlet, ancien chef de l’identité judiciaire à Paris. "C’est ce qu’on appelle un standard numérique. Là on est largement en dessous de 12, on est de l’ordre de la probabilité."

"Méconnaissable"

Autant d'éléments qui invitent à la prudence alors que l'homme arrêté est "méconnaissable" par rapport à la photographie de Xavier Dupont de Ligonnès, selon les policiers écossais. L'homme aurait "changé d'apparence". Pour avoir confirmation, il faut désormais attendre les résultats des analyses ADN qui vont très probablement être réalisées en Ecosse. Les experts vont comparer l'ADN de l'homme arrêté avec les éléments génétiques qui sont dans le dossier d'instruction de la justice française. Des policiers de la Brigade nationale de recherche des fugitifs et de la police judiciaire de Nantes sont arrivés à Glasgow en milieu de matinée.

Les doutes concernant le fait que la personne interpellée ne pourrait pas être Xavier Dupont de Ligonnès viennent aussi du témoignage des voisins et amis de l'homme arrêté. "Je rentre hier soir, je vois, je me dis 'les policiers sont fous', réagit un ami. Ca fait 30 ans que je le connais. J'ai acheté ma maison en 1989, c'est là qu'on s'est connu. C'est complètement abhérent. Sa femme est en contact avec un policier écossais, elle ne sait pas où il est. Ca va faire une quinzaine d'années qu'on se connait, ça fait une dizaine d'années qu'il est en retraite."

L'attente des analyses ADN

En huit ans, l'enquête a rebondi à maintes reprises. La dernière fois que la trace de Xavier Dupont de Ligonnès a été trouvée c'était en 2011. Le 15 avril de cette année-là, le père de famille a été filmé par une caméra de vidéosurveillance retirant de l'argent à un distributeur à Roquebrune-sur-Argens, dans le Var. De nombreuses recherches sont effectuées depuis, et le suspect a été vu un peu partout et nulle part, au fil des 1000 signalements effectués en 8 ans.

En avril 2015, l'enquête est relancée. Des ossements, ainsi que les restes d'un camp de survie, sont retrouvés près de ce lieu. L'ADN avait confirmé qu'il ne s'agissait pas de l'homme recherché. Trois mois plus tard, une journaliste de l'AFP reçoit une photo avec pour message "Je suis encore vivant... de là jusqu'à cette heure" signé Xavier Dupont de Ligonnès. L'auteur de cette lettre n'a jamais été retrouvé. En janvier 2018, des perquisitions sont menées dans un monastère de Roquebrune-sur-Argens, où des fidèles croient l'avoir reconnu. Fausse piste à nouveau.

Justine Chevalier