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Détenus islamistes isolés des autres en prison: "On ne les désintoxique pas"

Des coursives de la maison d'arrêt de Fresnes, dans le Val-de-Marne, dans l'aile réservée aux hommes, en 2011.

Des coursives de la maison d'arrêt de Fresnes, dans le Val-de-Marne, dans l'aile réservée aux hommes, en 2011. - Fred Dufour - AFP

La maison d'arrêt de Fresnes, dans le Val-de-Marne, expérimente depuis plus d'un mois une mesure d'isolement de détenus considérés comme des islamistes radicaux. Yoan Karar, surveillant et délégué syndical, juge qu'il s'agit seulement d'une "mesure d'annonce".

Ils sont une vingtaine, identifiés comme islamistes radicaux. Certains sont en attente de leur jugement, d'autres ont déjà été condamnés, mais tous sont enfermés sur une même coursive, dans des cellules voisines. Depuis le mois de novembre dernier, la direction de la maison d'arrêt de Fresnes les a regroupés et isolés partiellement des autres détenus, pour tenter de limiter leur capacité à radicaliser d'autres détenus. Une mesure d'écartement que le Premier ministre Manuel Valls veut généraliser, après les attentats terroristes qui ont endeuillé la France.

Dans les faits, ces détenus, qui partagent à plusieurs leurs cellules, prennent leurs douches et leurs promenades quotidiennes séparément des autres. Ils sont néanmoins sur la même coursive qu'une centaine d'autres détenus, qui n'ont aucun lien avec l'islamisme radical. Sur cette coursive, un seul agent pénitentiaire est affecté à la surveillance de la centaine de détenus, par tranche quotidienne de six heures environ.

"Ils prient devant les autres détenus"

Joint par BFMTV.com, le responsable syndical FO Pénitentiaire Yoan Karar, surveillant depuis près de dix ans à Fresnes, ne cache pas son désarroi. "Un surveillant pour toute la coursive: comment voulez-vous accorder une attention particulière à ces détenus? C'est impossible. Ce regroupement a été mis en place sans effectif supplémentaire. Ce n'est qu'une mesure d'annonce".

Selon lui, l'isolement de ces détenus n'est pas toujours respecté: "Certains d'entre eux suivent des activités scolaires. Pendant ces activités, ils sont avec d'autres détenus", explique-t-il à BFMTV.com. "Ils sont seuls en promenade, mais ils font leurs prières à ce moment-là, dans la cour. Sous les yeux des autres incarcérés", regrette-t-il par ailleurs. 

Pas de "programme de désintoxication"

Comment ces détenus vivent-ils leur mise à l'écart? "Ca n'a pas l'air de les déranger, ils sont entre eux", estime Yoan Karar. "Notre travail de surveillant n'a pas changé, en revanche, le rapport de forces a évolué, lui, vu qu'ils sont vraiment tous ensemble, tout le temps. Ils sont fiers d'être vus comme des détenus à part. Ils sont vus comme des leaders, et certains autres détenus aimeraient d'ailleurs rejoindre leur groupe: c'est le monde à l'envers", soupire le syndicaliste.

Lui souhaiterait une solution radicalement différente: une "structure spécifique", complètement à part de la maison d'arrêt, "où ces détenus seraient incarcérés, avec un suivi médical et pénitentiaire particulier, avec la mise en place d'un vrai programme de désintoxication. Là, on les sépare des autres, mais on les laisse dans leur radicalisme au lieu de les faire changer".

Joint par BFMTV.com, le directeur de la maison d'arrêt a refusé de s'exprimer sans l'autorisation de la Chancellerie, qui n'a pas été accordée dans l'immédiat.