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Terrorisme: les pistes de l'Intérieur pour renforcer la sécurité en France

Deux policiers dans une rue parisienne, le 11 janvier 2015.

Deux policiers dans une rue parisienne, le 11 janvier 2015. - Joël Saget - AFP

Isolement systématique des détenus islamistes, contrôles renforcés aux frontières... Plusieurs pistes sont à l'étude pour combattre plus durement le phénomène du jihadisme en France, et le risque d'attentats.

Au lendemain d'une semaine dramatique en France, où dix-sept personnes ont été tuées par des islamistes radicaux agissant au nom du jihad, le gouvernement prépare la contre-attaque. Lundi matin, sur BFMTV, le Premier ministre Manuel Valls a évoqué un certain nombre de mesures, alors qu'une réunion sur la sécurité intérieure se tenait à l'Elysée. Passage en revue des pistes à l'étude ou déjà mises en place.

> Isoler les détenus islamistes en prison

La mesure, qui existe déjà dans la prison de Fresnes, par exemple, doit être appliquée plus systématiquement, estime le Premier ministre Manuel Valls. Sur BFMTV, il a estimé qu'il fallait "généraliser" le fait de "séparer les détenus islamistes radicaux du reste", à condition de "discernement et d'intelligence".

Le personnel carcéral de Fresnes avait mal réagi en novembre à la mise en place de cette mesure pour douze détenus. "Cela ne fait que créer un noyau dur et leur donner de l'importance", avait estimé un délégué du syndicat SNP-FO. Une position partagée par un autre délégué, de la CGT pénitentiaire, qui craignait que ne se créent des "zones de non-droit". "Ca va devenir un jeu", avait-t-il prévenu, avec l'objectif pour certains détenus d'intégrer ce groupe. Plus d'un mois après, aucun bilan n'a été communiqué pour l'instant.

> Renforcer les contrôles aux frontières européennes

La piste a été évoquée dimanche matin, lors d'une conférence internationale sur le terrorisme place Beauvau, à Paris, qui rassemblait douze ministres européens de l'Intérieur, ainsi que le secrétaire américain à la Justice, Eric Hegel. Le ministre de l'Intérieur espagnol Jorge Fernandez Diaz a défendu l'idée d'une modification du traité de Schengen, qui instaure la liberté de circulation au sein de 26 pays en Europe, dans le but d'entraver les déplacements des jihadistes.

A l'issue de cette réunion au sommet, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé une coopération renforcée sur ce sujet. "Un contrôle approfondi doit être réalisé sur certains passagers, dans le respect des libertés", a indiqué le ministre, sans préciser les modalités de tels contrôles.

> Améliorer le système d'écoutes

Le Premier ministre Manuel Valls l'a annoncé sur BFMTV lundi matin: il souhaite "améliorer" le système d'écoutes, qui doit être "plus performant. "Il faudra donner le plus vite possible encore davantage de moyens aux services. Il y a sans doute des problèmes juridiques pour effectivement améliorer encore la possibilité des systèmes d'interception, parce qu'entre les écoutes administratives et judiciaires, on peut encore être plus performant", a-t-il détaillé.

Actuellement, l'article 100 du Code pénal spécifie qu'en "matière criminelle et correctionnelle, si la peine encourue est égale ou supérieure à deux ans d'emprisonnement, le juge d'instruction peut, lorsque les nécessités de l'information l'exigent, prescrire l'interception, l'enregistrement et la transcription de correspondances émises par la voie des télécommunications. Ces opérations sont effectuées sous son autorité et son contrôle."

> Créer une liste européenne des jihadistes

Cette mesure a également été évoquée lors de la réunion des différents ministres de l'Intérieur, dimanche. Il pourrait s'agir de créer une liste européenne des combattants étrangers ralliant le jihad, ou tout du moins de mieux mutualiser les informations entre pays. Elle émane notamment du constat d'échec sur les frères Kouachi, qui avaient été placés sous écoute du renseignement français jusqu'à l'été dernier, avant que la surveillance ne soit relâchée, faute d'éléments probants.Amédy Coulibaly, lui, n'avait jamais été repéré ni suivi.

> Accroître la surveillance sur Internet

Les ministres européens de l'Intérieur ont enfin jugé "indispensable" dimanche d'instaurer un véritable partenariat avec les opérateurs internet pour identifier et retirer rapidement les "contenus incitant à la haine et à la terreur", souvent à la source de la radicalisation de certains jeunes.

Pour Benoît Thieulin, président du conseil national du numérique et invité de RMC lundi matin, le problème est avant tout de savoir "ce que l'on veut filtrer". "Le problème n'est pas de filtrer les 50 à 100 sites jihadistes recensés par les services français. Le problème est en amont. C'est de savoir comment un individu va progressivement avoir envie d'aller sur ces sites internet. Il s'agit donc plus d'un problème sur les réseaux sociaux, un problème d'embrigadement sur les espaces sociaux où nous sommes tous présents."

Lundi, un homme de 30 ans, soupçonné d'avoir publié sur son compte Facebook, ouvert au public, une photo montrant une kalachnikov et célébrant les meurtres à Charlie Hebdo, va être jugé en comparution immédiate à Strasbourg. Il est poursuivi pour apologie par voie électronique d'un crime en relation avec une action terroriste.