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Fresnes: les islamistes radicaux regroupés et isolés des autres détenus

La direction du centre pénitentiaire de Fresnes a décidé de regrouper 12 détenus considérés comme islamistes radicaux.

La direction du centre pénitentiaire de Fresnes a décidé de regrouper 12 détenus considérés comme islamistes radicaux. - Fred Dufour - AFP

Une quinzaine de détenus identifiés comme islamistes radicaux a été rassemblée dans une même partie du centre pénitentiaire de Fresnes, dans le Val-de-Marne. Une mesure expérimentale qui servirait à empêcher les filières jihadistes de "recruter" au sein des prisons.

Il y aurait des centaines de détenus de confession musulmane en France susceptibles de se radicaliser. Voici le constat dressé fin octobre par le député UMP Guillaume Larrivé dans un rapport sur l'Islam en prison. Afin d'empêcher des filières jihadistes "de pouvoir recruter au sein de la population" pénitentiaire, la direction de la prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne, a décidé de regrouper des prisonniers identifiés comme islamistes radicaux dans une même partie de l'établissement.

Concrètement, ils ont été placés à un étage où étaient affectés jusqu'ici des détenus policiers, douaniers ou journalistes, dont le profil ne permettait pas le mélange avec le reste de la population carcérale, selon une source pénitentiaire.

Anticiper la radicalisation

Cette mesure, appliquée depuis vendredi pour le moment à titre expérimental à Fresnes, l'un des établissement pénitencier où les règles de fonctionnement sont les plus strictes, concerne douze détenus. Ils ne pourront ainsi plus "toucher les personnes plus faibles, qui seraient susceptibles d'être radicalisées", a précisé une source pénitentiaire sous couvert d'anonymat. "On est un peu site pilote sur ce principe-là", a-t-elle poursuivi.

Le ministère de la Justice a indiqué que la question des regroupements était seulement "à l'état de réflexion" pour imaginer des "moyens d'anticiper" la radicalisation en prison. Cette initiative locale permettra au directeur de la prison de Fresnes d'alimenter cette réflexion, indique le porte-parole de la Chancellerie.

Pour faire face à ce phénomène de radicalisation, le ministère de la Justice rappelle que Christiane Taubira a déjà mis en place des mesures, notamment pour renforcer le renseignement pénitentiaire. 15 postes d'aumôniers musulmans ont également été crées en 2013, 15 autres en 2014, pour renforcer l'encadrement de la pratique religieuse en détention.

Contestation des détenus

En signe de contestation, douze détenus concernés ont refusé de réintégrer leurs cellules vendredi après une promenade. Huit prisonniers ont accepté de remonter, mais quatre ont continué à s'opposer. L'un d'entre eux s'en est même pris à des surveillants, blessant légèrement deux d'entre eux. Les quatre détenus récalcitrant ont été placés au quartier disciplinaire. Le détenu qui s'était déjà signalé vendredi a récidivé dimanche et blessé légèrement quatre surveillants.

En signe de solidarité à ce détenu, douze autres ont refusé à leur tour mardi de remonter dans leurs cellules. "On s'attendait à une réaction", commente une source pénitentiaire. 

"Créer un noyau dur"

Les critiques se sont également fait entendre du côté du personnel pénitentiaire notamment sur la portée de cette mesure. "Cela ne fait que créer un noyau dur et leur donner de l'importance", a estimé Yoan Karar, secrétaire local du syndicat SNP-FO. Une position partagée par Ahmed El Houmass, secrétaire local CGT pénitentiaire, qui craint que ne se créent des "zones de non-droit" dans les prisons. "Ca va devenir un jeu", a-t-il prévenu avec l'objectif d'intégrer ce groupe pour des détenus qui n'auraient pas été retenus.

Le secrétaire local du syndicat SNP-FO a dénoncé aussi qu'aucun moyen supplémentaire n'avait été alloué en soutien de ce regroupement. "Ils mettent des choses en place de façon forcée, sans concertation", a-t-il regretté. 

De son côté, le célèbre avocat Eric Dupond-Moretti a appelé à la réflexion sur cette question. "A la fois c'est du communautarisme pénitentiaire, et à la fois c'est la volonté, je pense, de ne pas contaminer une partie de la population pénale qui, dans la détresse que l'on peut imaginer, est accessible à ces saloperies là d'islamistes radicaux. Voilà ça mérite réflexion", a réagi le ténor du barreau à BFMTV et RMC. 

J.C. avec AFP