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Des détenus de la prison des Baumettes s'affichent sur Facebook

Un détenu de la prison des Baumettes s'affiche avec une liasse de billets, sur Facebook.

Un détenu de la prison des Baumettes s'affiche avec une liasse de billets, sur Facebook. - DR

VIDEO - Des prisonniers de la maison d'arrêt des Baumettes, à Marseille, se sont affichés sur Facebook dans leurs cellules en possession de grosses sommes d'argent, de téléphones portables mais aussi de drogue. La page a depuis été supprimée du réseau social.

En quelques jours d'existence, la page a récolté près de 4.800 "j'aime". Une page Facebook nommée "MDR o Baumettes" (Mort de rire aux Baumettes, le nom de la prison marseillaise, NDLR) a été supprimée par l'administration pénitentiaire, le 31 décembre dernier, selon une information du journal La Provence. A grand renfort de selfies, cette page montrait des détenus des Baumettes qui se mettaient en scène dans leur cellule.

Argent, drogue et selfies

Créée il y a quelques semaines, cette page Facebook a été alimentée en photos et en vidéos pendant la semaine de Noël. Les images montrent plusieurs dizaines de détenus photographiés à visage découvert et s'affichant, tout sourire, pour certains en possession de liasses de billets, de drogue, ou encore de téléphones portables, dans l'enceinte de la maison d'arrêt.

Quand certains de ces détenus posent comme sur des photos de vacances, ou font des selfies, d'autres s'exhibent sans complexes les mains pleines de billets de 50 euros, mais aussi en train de téléphoner, de fumer la chicha ou de rouler des joints.

"La sécurité n'existe plus"

"C'est une provocation. C'est lamentable de voir ça au sein des détentions", déplore au micro de BFMTV Catherine Forzi, du syndicat pénitentiaire Force Ouvrière.

"La sécurité n'existe plus aujourd'hui. On ne peut plus fouiller les détenus depuis l'article 57 (de la loi pénitentiaire de 2009, NDLR), et c'est la porte ouverte à tout, tout rentre au sein de la prison. On voit cela aujourd'hui, mais on ne sait pas ce qui pourrait rentrer un autre jour. Ca devient dangereux". La responsable syndicale a par ailleurs évoqué, dans les colonnes de La Provence, le fait que les détenus "ont tous des téléphones portables, le sport, l'école, des activités, la télévision avec en prime Canal+, alors que la majorité des gens à l'extérieur n'ont pas les moyens de se payer l'abonnement". "Ce n'est plus une prison, c'est un centre de vacances", regrette-t-elle. 

Plusieurs photos publiées sur la page Facebook "MDR o Baumettes".
Plusieurs photos publiées sur la page Facebook "MDR o Baumettes". © DR

"Nous n'avons pas les moyens de lutter"

Au-delà du fait que les détenus se soient affichés de la sorte sur Internet, les photos de la page Facebook posent le problème de l'entrée de produits et objets interdits, en grande quantité, au sein de la prison. Pour les membres de l'administration pénitentiaire, le manque de moyens, notamment pour fouiller toutes les cellules de fond en comble, est une cause directe de cette situation.

"Quand la direction a découvert cette page, elle nous a tout de suite demandé ce que faisaient les agents pour ne pas avoir vu ce cinéma", raconte à La Provence David Cucchietti, secrétaire de la CGT, le syndicat majoritaire aux Baumettes. "Mais le problème c'est que nous ne sommes plus assez nombreux, nous le répétons depuis des années. Ils (les détenus, NDLR) n'ont plus peur de rien, et nous, nous n'avons pas les moyens de lutter. Cette page n'a rien de valorisant pour nous, pour le travail fait chaque jour par les surveillants, mais c'est un fait, les détenus sont livrés à eux-mêmes", poursuit-il. Et le syndicaliste d'ajouter: "Au-delà des téléphones portables, de l'argent liquide et de la drogue qui entrent, c'est surtout les couteaux qui nous inquiètent".

La prison des Baumettes s'était retrouvée sous les projecteurs fin 2012, après la publication d'un rapport alarmant sur l'état de vétusté et d'insalubrité de cet établissement pénitentiaire situé dans le 9e arrondissement de Marseille, et ouvert en 1939. L'ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, avait alors évoqué une "violation grave des droits fondamentaux".