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Défis Facebook: "une recherche de reconnaissance"

Un défi "à l'eau ou au resto", posté sur Youtube.

Un défi "à l'eau ou au resto", posté sur Youtube. - -

"A l'eau ou au resto", cette nouvelle vague de défis sur Internet dans la veine des "neknomination", a fait un mort jeudi. Nous avons interrogé Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des nouveaux médias numériques sur ce phénomène. Interview.

A quoi correspond le phénomène des défis sur les réseaux sociaux, dont "à l'eau ou au resto" est l'expression ces derniers jours? Est-il favorisé par Internet? Comment agir? Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des nouveaux médias numériques a répondu à nos questions sur ce phénomène en vogue chez les jeunes et révélé par "neknomination".

> Internet et les réseaux sociaux amplifient-t-il le phénomène des défis?

On est dans le domaine du "cap ou pas cap" ou "du jeu du foulard". Les défis, on en a toujours faits. Maintenant qu'on s'est approprié Internet, on l'utilise pour faire des choses réelles, pour se mettre en danger dans la réalité, se mettre au défi, tester les limites, s'exprimer autrement. A la différence du "happy slapping" (NDLR: on filme avec son téléphone quelqu'un qui se fait giffler ou agresser), ceux qui relèvent les défis ou les regardent ont conscience que c'est réel. C'est un peu de la vidéo à la demande interactive. Une séquence de "vidéo gag" dont on serait le commanditaire, et qui mettrait en scène des gens qu'on connaît.

Cela a beau passer par les réseaux sociaux, c'est une mode très ancrée dans le réel. Les gens s'y montrent sous leur vraie identité, avec leurs vraies failles, avec des conséquences physiques éventuellement graves.

Sur Internet, on externalise nos pulsions violentes, le sadisme, on s'y défoule. C'est le lieu où on s'insulte sur les forums, où l'on met toute sa haine. Les défis permettent d'exprimer cette violence sous une autre forme.

Y a t-il une escalade du phénomène?

On s'inquiète parce qu'Internet accélère des processus et touche des masses. Mais Internet ne déclenche pas le phénomène. C'est juste un outil qui permet de montrer des choses aux yeux du monde plus facilement.

L'escalade est plutôt liée au phénomène de mode. Pour se démarquer de l'effet de mode et de son côté "mainstream", on se marginalise dans l'escalade.

On est dans une société de l'image et l'on cherche beaucoup la reconnaissance extérieure de ses pairs, de ses communautés. Le fait qu'on cherche à se faire approuver par un certain nombre de personnes, peut entraîner dans un mécanisme qui nous dépasse.

> Comment prévenir ce phénomène?

Aujourd'hui, les enfants ne se tapent plus dessus à l'école mais sur leur mur Facebook. Ils ne se disent plus rien à l'école. Si les professeurs ou les parents ne font pas de prévention sur Internet, ils peuvent avoir l'impression que dans la réalité tout se passe bien, alors que les enfants sont profondément traumatisés. Quand on s'insulte sur Internet, c'est aussi la réalité. C'est notre vrai cerveau, votre vrai coeur qui est touché. Cela n'a rien de virtuel.

Le problème c'est que les parents ne vont pas sur ces lieux là, ne voient pas ce qu'il se passe, ne sont pas au courant des escalades, des défis.

Internet et la réalité ne sont pas deux choses différentes mais une continuité l'un de l'autre. J'encourage donc vivement les adultes à accompagner les jeunes sur ces nouveaux territoires numériques, pour éviter les éventuels risques et ouvrir la discussion à ces mondes virtuels, souvent mal appréhendés.

Propos recueillis par Magali Rangin