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Critiqué par des policiers et Gérald Darmanin, l'auteur du livre-enquête "Flic" se défend

Plusieurs critiques émanant de représentants de la police, ou du ministère de l'Intérieur, ont pointé du doigt certains points de l'ouvrage, notamment un faux témoignage.

Depuis sa parution jeudi, le livre Flic, de Valentin Gendrot, suscite de nombreuses réactions, notamment dans la police mais aussi au gouvernement. Dans cette publication, le journaliste raconte ses deux années d'infiltration dans la police, dont quelques mois dans celle du XIXe arrondissement de Paris. Il y décrit les violences, les insultes racistes et homophobes entendues, mais aussi le manque de moyens, les suicides et le mal-être des troupes.

Le faux témoignage reproché à l'auteur

L'un des points principaux reprochés à l'auteur, est son faux témoignage sur une intervention. Valentin Gendrot raconte comment un policier frappe un adolescent lors d'une intervention, puis comment tous ses collègues, lui y compris, le couvrent dans le procès-verbal qui suit, en faisant donc un faux témoignage. Un parti pris très critiqué par des policiers qui l'accusent de complicité dans cet acte illégal.

Le journaliste explique sur notre antenne ce lundi avoir été "pétrifié" par la violence à laquelle il a alors assisté, et qu'il a hésité à dire la vérité lors de son audition.

"Ça se joue au fait que je me dis: 'je vais avoir tous les éléments pour raconter une bavure de A à Z'. La force de mon reportage va pouvoir tenir là", explique-t-il. "Mais évidemment que ce n'était pas prévu au programme, évidemment que ça me tombe dessus comme ça".

L'auteur, comme ses collègues, sont donc a priori coupable de faux en écriture publique, un crime puni de dix ans d'emprisonnement et de 150.000 euros d'amende. Mais Valentin Gendrot espère bien être convoqué par la Justice: "Aujourd'hui on a la possibilité de faire la lumière sur ce qui s'est passé réellement ce jour-là. Donc évidemment moi j'attends ça avec impatience."

Une enquête a été confiée à l'IGPN et doit "établir la véracité des faits relatés dans ce livre" et "déterminer les raisons pour lesquelles les faits supposés n'ont pas fait l'objet d'un signalement immédiat au Procureur", a précisé la préfecture.

"Une démarche commericale"?

Interrogé sur cette enquête, le ministre de l'Intérieur Gerald Darmanin a déclaré dimanche dans Le Parisien qu'il avait saisi l'Inspection générale sur les faits de violence et de racisme qui y sont relatés, mais déclare également à propos de l'ouvrage: "J'espère qu'il ne s'agit pas seulement d'une démarche commerciale…"

"Je suis journaliste je ne suis pas boutiquier", répond Valentin Gendrot sur BFMTV. "Je ne suis pas dans une logique mercantile, moi ce qui m'intéressait c'était de faire de ce livre une question de société, de ce sujet une question de société", martèle-t-il. "La police française va mal, une minorité de policiers est raciste et violente, et il faut évidemment en parler. C'est mon boulot."

"Pas du tout d'insulte à l'encontre des policiers"

Dans le même entretien, le ministre de l'Intérieur relève également une anecdote qui l'a dérangé: le fait que le journaliste se soit obligé à faire des fautes d'orthographe lors des épreuves de recrutement pour la police. "Je trouve cela particulièrement insultant pour les policiers. Cela démontre un certain mépris et un parti pris que je condamne", déclare Gerald Darmanin.

Pour Valentin Gendrot, c'est mal comprendre sa démarche: "Quand vous faites une infiltration, il faut se construire un personnage, mettre un masque, et moi, faire des fautes volontaires lors des examens de la police, ça me rassure, ça me protège personnellement, intérieurement", raconte-t-il.

"Et puis le fait de faire des fautes d'orthographe c'est aussi parce que j'ai envie ni d'être trop bon, ni trop mauvais", explique le journaliste qui veut alors se "fondre dans la masse. Donc il n'y a pas du tout d'insulte là à l'encontre des policiers, pas du tout, à aucun moment", assure-t-il.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV