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Crash du vol AF447 Rio-Paris: l'enquête contestée en justice par les familles et par Air France

En juin 2009, seuls des débris de l'avion avaient été retrouvés au large du Brésil.

En juin 2009, seuls des débris de l'avion avaient été retrouvés au large du Brésil. - AFP

La cour d'appel de Paris examine ce mercredi un rapport d'expertise réalisé après le crash du Rio-Paris en 2009, et contesté par Air France. Les familles des victimes réclament quant à elle un complément d'enquête, un an après la fin des investigations.

L'enquête autour du crash de l'A330 au large du Brésil, les conclusions des investigations sont devenues une bataille judiciaire. Air France et Airbus, mis en examen pour homicides involontaires, se disputent la responsabilité du drame qui avait fait 228 victimes en juin 2009. Air France réclame ce mercredi devant la cour d'appel de Paris l'annulation d'un rapport d'expertise favorable au constructeur. De leur côté, les familles des victimes estiment que de nouvelles investigations doivent être menées. Retour sur six ans d'investigation.

>Erreurs techniques et humaines

Une première expertise rendue à l'été 2012 pointait du doigt la réunion de facteurs humains et techniques qui avaient conduits au crash. Avant que l'avion ne s'abîme dans l'Atlantique, le givre avait obstrué les "sondes Pitot" situées sur l'appareil et conduit à une incohérence des mesures de vitesse.

Mais face à ce problème technique, l'expertise assure que l'équipage dans le cockpit n'a pas bien réagi. Le rapport du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) avait conclu à des "actions inappropriées sur les commandes déstabilisant la trajectoire". Les pilotes n'auraient pas été assez bien formés pour réagir correctement dans une telle situation. Air France et Airbus sont renvoyés dos à dos.

>Une contre-expertise favorable à Airbus

A la demande d'Airbus, les juges ordonnent une contre-expertise. En 2014, les résultats remettent l'accent sur "la réaction inappropriée de l'équipage" et sur les manquements d'Air France. Le nouveau rapport est favorable à Airbus mais critiqué par Air France. C'est ce rapport d'expertise dont Air France demande l'annulation ce mercredi. Air France regrette notamment que "deux vols d'essai" aient été "effectués chez Airbus avec des équipages Airbus sans qu'Air France en soit informée".

Airbus, au contraire, s'oppose à cette annulation. "Le vol d'essai qui est critiqué s'est déroulé dans les mêmes conditions que celui qui a eu lieu lors de la première expertise, dont Air France et les parties civiles ne demandent pas l'annulation", plaide l'un des avocats, Simon Ndiaye.

>De nouvelles investigations demandées

Toutefois, le constructeur "ne s'oppose pas" à un nouveau complément d'expertise, prévoyant des vols d'essai en présence des autres parties. C'est aussi ce que réclament les familles des victimes qui attendent de la cour d'appel qu'elle ordonne un complément d'enquête. Pour les familles, les différentes expertises n'ont pas suffisamment identifié les représentants ayant commis les fautes engageant la responsabilité d'Air France et d'Airbus.

Sans ce complément, les parties civiles s'inquiètent d'un risque plus élevé de non-lieu ou de relaxe en cas de procès. "Les procédures en cas de catastrophes sont complexes et donc fragiles. Elles sont toujours contestées et il y a donc une exigence toute particulière de rigueur qui s'impose non seulement aux parties mais aussi aux magistrats", relève Stéphane Gicquel, le secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac). 

De son côté, Air France s'oppose à cette demande. Soucieuse, dit-elle, de clôturer la procédure "dans un délai raisonnable". "Cela fait six ans qu'elle est en cours (…) il est donc temps d'y mettre un terme", affirment ses avocats. Après l'audience de ce mercredi, qui se déroulera à huis clos, la cour d'appel devrait mettre sa décision en délibéré. Une décision qui ne mettra pas fin à la bataille judiciaire, ouvrant sans doute la voie à d'autres procédures. 

C. B avec AFP