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Contrôles au faciès: l'Etat pour la première fois devant la justice

Des policiers procédant à un contrôle dans une station de métro parisienne

Des policiers procédant à un contrôle dans une station de métro parisienne - -

Treize personnes s'estimant victimes de contrôles de police au faciès attaquent mercredi l'État et le ministère de l'Intérieur devant la justice.

"Une audience historique" pour "une première en France". L'Etat devra répondre mercredi d'accusations de pratique discriminatoire à l'encontre de treize personnes, lors d'une audience devant le tribunal de grande instance de Paris.

Étudiants, salariés, noirs ou arabes, âgés d'environ 18 à 35 ans, les plaignants ne sont "pas des militants", selon l'un de leurs avocats, mais se sont signalés auprès du Collectif contre le contrôle au faciès.

L'Etat comme le parquet préconisent de débouter les treize plaignants.

Des contrôles "humiliants"

L'un des plaignants, prénommé Bocar, attaque ainsi l'Etat car il dénonce un "contrôle musclé" qu'il a subi à Saint-Ouen, en banlieue parisienne, "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase". Le jeune homme a déposé une plainte en avril 2012 auprès de l'IGS (Inspection générale des services, la "police des polices"), mais explique n'avoir pas eu de nouvelles.

"C'est pour la kyrielle de gens qui sont contrôlés de façon humiliante, fouillés, palpés parfois au niveau des parties génitales", dit-il pour expliquer sa démarche. "Quand on est contrôlé, il n'y a aucun justificatif qui est donné. Les policiers peuvent contrôler qui ils veulent, quand ils veulent, sans rendre des comptes, c'est totalement opaque", souligne-t-il.

L'engagement 30 de Hollande peu suivi

Un Noir a de trois à onze fois plus de chances d'être contrôlé par la police qu'un Blanc et un Maghrébin de deux à quinze fois plus, selon une enquête de 2009 de l'Open Society Justice Initiative (émanation de la Fondation George Soros) menée avec le CNRS à Paris.

Si l'engagement 30 de François Hollande annonçait qu'il lutterait notamment contre le "délit de faciès" lors des contrôles, il ne s'est traduit que par des "demi-mesures", a déploré Lanna Hollo, représentante de l'ONG.

Un temps évoqué, la remise d'un récépissé après un contrôle d'identité a finalement été abandonnée en septembre dernier, au grand dam des associations qui travaillent sur cette question. Le ministère de l'Intérieur a néanmoins annoncé le retour du matricule sur les uniformes.