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Collision de Millas: la conductrice du car prenait depuis 7 ans un sédatif incompatible avec la conduite

Selon des informations recueillies par BFMTV, un médecin a renouvelé pendant deux ans l'ordonnance de la conductrice, alors même que le médicament n'est censé être prescrit que sur une courte durée.

Le 14 décembre 2017, un bus entrait en collision avec un TER à un passage à niveau de Millas, dans les Pyrénées-Orientales. Le véhicule était coupé en deux, six enfants tués et une quinzaine de personnes blessées, dont certaines grièvement.

L'enquête s'est progressivement orientée vers le traitement que prenait la conductrice du car, elle aussi blessée dans le drame. Il y a plusieurs mois, le juge d'instruction a demandé à l'entreprise pharmaceutique Sanofi une étude sur un médicament pris par la conductrice, l'Imovane.

Selon une source proche de l'enquête à BFMTV, elle prenait depuis sept ans ce médicament qui ne peut être prescrit que pendant "quatre semaines", d'après une notice publiée par la Haute autorité de Santé en 2010. Pendant deux ans, un même médecin lui a renouvelé son ordonnance.

"Une conduite automobile sans être complètement éveillé"

La zopiclone, commercialisée notamment sous le nom Imovane, a des propriétés anxiolytiques et sédatives. Elle est utilisée pour "le traitement à courte durée des insomnies chez l'adulte", peut-on lire sur sa notice. Parmi ses effets secondaires figure "une conduite automobile sans être complètement éveillé et avec perte de la mémoire concernant les événements qui surviennent". Sur les boîtes d'Imovane figurent un pictogramme rouge signifiant que le médicament est de type 3 et qu'avant la reprise de la conduite, il faut consulter un médecin.

Les premiers éléments de l'enquête avaient révélé que lors de l'accident, la conductrice aurait franchi la barrière puis freiné brutalement, dans un comportement décrit comme un "pilotage automatique". 

La mise en examen du médecin demandée par une avocate de familles de victimes

"Le médecin qui prescrit des somnifères sur la durée alors que ces somnifères sont interdits de prescription pendant plus de deux mois, que ces somnifères provoquent des effets secondaires extrêmement lourds, dangereux pour la conduite, à une femme qui conduit des enfants, est à mon sens infiniment plus coupable peut-être que la conductrice", a réagi ce jeudi sur notre antenne Jehanne Collard, avocate de familles de victimes du drame. 

"C'est pour ça qu'il me semble important que dans ce dossier, le médecin qui a prescrit pendant plus de deux ans ce somnifère soit mis en examen parce que sa faute est énorme", a-t-elle estimé. 

Mélanie Vecchio avec Liv Audigane