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Chassée par ses propriétaires pendant la crise du Covid-19, une infirmière espère une "sanction lourde"

Le personnel soignant est de plus en plus sous pression, que ce soit au travail lorsqu’ils sont confrontés à des malades du Covid-19 mais également en dehors. C’est le cas de Mélina Flores, une infirmière de l’hôpital Lapeyronie de Montpellier. El

Le personnel soignant est de plus en plus sous pression, que ce soit au travail lorsqu’ils sont confrontés à des malades du Covid-19 mais également en dehors. C’est le cas de Mélina Flores, une infirmière de l’hôpital Lapeyronie de Montpellier. El - Brightcove

Un couple de propriétaires est jugé ce lundi devant le tribunal de Montpellier pour, entre autres, "harcèlement" après avoir contraint une infirmière et sa famille à quitter leur logement en pleine épidémie de Covid-19.

En pleine crise du coronavirus, son témoignage avait trouvé un large écho, au point que le ministre chargé du Logement avait qualifié d'"abjecte" la situation. Mélina Florès, une infirmière au CHU de Montpellier en première ligne lors de la pandémie, s'est retrouvée sans domicile après avoir, dit-elle, été chassée par ses propriétaires qui vivaient dans la partie supérieure de la maison qu'elle occupait avec sa famille à Montarnaud, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier.

Le couple âgé de 76 et 80 ans est jugé ce lundi après-midi par le tribunal correctionnel de Montpellier pour "emploi de voies de fait ou contrainte pour forcer des personnes à quitter leur lieu d’habitation", "harcèlement moral", "atteintes à l’intimité de la vie privée" et "dégradations volontaires légères". Aujourd'hui, sans y croire, Mélina Florès espère des "excuses" de ses anciens propriétaires.

BFMTV - Qu'attendez-vous du procès de vos anciens propriétaires?

MELINA FLORES - J'attends une sanction lourde. J'espère qu'ils présenteront leurs excuses, mais je n'y crois pas vraiment. Je suis en colère, ils n'ont pas réalisé les conséquences de leurs actes. J'ai demandé à témoigner, car nous sommes toujours restés correct. C'était une situation assez délicate et nous avons été traités comme des moins que rien. Finalement, cette crise a révélé leur trait de caractère. Ce sont des personnes égoïstes.

Qu'est-ce qui a été le plus dur pendant cette période?

Nous avons seulement essayé de nous protéger pendant le confinement. On était en pleine crise, il faut être solidaire. Je travaille à l'hôpital de Lapeyronie, avec la crise je travaillais au service de réanimation. J'habite le rez-de-chaussée d'une grande maison. Mon conjoint et sa fille y sont restés, et j'y ai installé ma mère qui vit en résidence pour sénior, et ma fille. Comme je travaillais la nuit, j'ai quitté mon domicile pour m'installer dans l'appartement de ma fille qui est à côté de l'hôpital. Le premier soir, j'ai averti ma propriétaire, elle m'a dit qu'il n'y avait pas de souci, elle nous a même demandé de faire des courses pour elle.

C'est ensuite que les menaces ont débuté?

Du jour au lendemain, ils nous ont rappelé que le bail était seulement pour deux personnes. On leur a expliqué que c'était une situation exceptionnelle, qu'on se passerait bien de cohabiter. Il y a eu une lettre sur le pare-brise pour demander à ce que "les étrangers rentrent chez eux". La propriétaire a fait des crises d'hystérie, elle nous a dit qu'elle allait tout faire pour qu'on parte. Puis, ils ont insulté ma mère, ma fille dès qu'elle sortait pour faire des courses. Ils lui disaient 'vous allez nous contaminer à sortir comme ça'. Ils trainaient les meubles au sol tôt le matin, ils ont coupé l'eau chaude. Il a fallu laver notre petite fille de 3 ans avec un seau d'eau. Ils nous ont dit qu'on pouvait bien attraper le coronavirus, que ce n'était pas leur problème. A chaque fois, je montais la voir, au final c'était plus risqué pour eux. Le dernier soir, ils nous ont dit de dégager, qu'ils en avaient ras-le-bol. Nous avons été autorisés par les gendarmes à déménager pendant le confinement. Mes propriétaires nous insultaient quand nous sommes partis.

Avez-vous retrouvé un logement depuis?

Nous enchainons déménagement sur déménagement, nous sommes actuellement dans un logement provisoire. Après avoir quitté notre appartement, ma mère est retournée dans sa résidence, ma fille dans son logement et mon conjoint chez ses parents. Moi, j'ai vécu dans des Airbnb. Mais finalement, j'étais soulagée lorsque nous sommes partis. C'était une telle pression, en plus de celle à l'hôpital. Le contrecoup a été très compliqué.
Propos recueillis par Justine Chevalier