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Centrafrique: des proches de soldats français dénoncent une armée de bouts de ficelle

Soldats du 13e bataillon de Chasseurs alpins à Bria, en Centrafrique, le 18 avril dernier (photo d'illustration).

Soldats du 13e bataillon de Chasseurs alpins à Bria, en Centrafrique, le 18 avril dernier (photo d'illustration). - -

Conditions de vie spartiates, manques logistiques qui nuisent à leur sécurité... Sur le terrain, la colère des militaires français monte. Mais comme ils ne peuvent l'exprimer directement, tenus par un devoir de réserve, ce sont leurs proches qui relaient leurs témoignages.

Une colère de moins en moins silencieuse gronde dans les rangs de la "Grande muette". Soumis au devoir de réserve, les militaires français déployés en Centrafrique ne peuvent en principe pas s'exprimer publiquement. Mais de plus en plus, leurs proches, inquiets, relaient leur ras-le-bol sur leurs conditions de vie et les insuffisances logistiques auxquelles ils font face, révèle ce mardi France Info.

L'opération Sangaris a débuté le 5 décembre dernier. Et pour les militaires sur place, les problèmes ne font que s'y accumuler. Début avril déjà, le journaliste Philippe Chapleau de Ouest France notait sur son blog "Lignes de défense" que "les témoignages recueillis auprès de rentrants sont unanimes: la vie est dure".

Autre motif de grogne, également révélé début avril par le journaliste Jean-Marc Tanguy sur son blog "Le mamouth", les dysfonctionnements du logiciel de paiment des soldes de l'armée pour les militaires engagés sur Sangaris. Les bugs de Louvois (le nom du logiciel) toucheraient selon lui 1.500 des 2.000 soldats français déployés en Centrafrique.

"Les pièces n'arrivent jamais"

De son côté, France Info révèle des témoignages - anonymes - de proches, inquiets pour la sécurité des soldats sur place. Les problèmes logistiques dont ils font état en privé rendent en effet leurs missions dangereuses. "Les véhicules tombent en panne, très régulièrement, il faut frapper le démarreur avec des barres de fer pour les faire repartir, relate une femme, présentée comme mère de deux garçons actuellement en Centrafrique. Il faut espérer qu'à ce moment-là, ils ne soient pas pris pour cible..."

Sur une page Facebook, "Infos des milis" (accessible uniquement aux abonnés du réseau social), elle et d'autres ont déjà fait état à plusieurs reprises de leurs inquiétudes et coups de gueules à la suite des récits reçus de leurs proches sur place.

"Les mécanos commandent souvent des pièces qui n'arrivent jamais, témoigne "Caroline" (un seul nom a été utilisé pour l'ensemble des témoignages recueillis, précise "Infos des milis"). "Parce que ce sont des modèles épuisés ou parce que tout simplement, il n'y a pas l'argent."

Pas de ventilateurs, pas de moustiquaires

La logistique pèse également sur les conditions de vie des militaires: "Voyant qu'il devait dormir sous la tente sans climatisation, mon fils est allé au marché de Bangui et il s'est acheté son propre ventilateur", témoigne une autre mère sous le même pseudonyme. Entre autres choses - chaussures, gilet à poche, sac à dos - achetés sur Internet, car le matériel fourni par l'armée est de mauvaise qualité.

Beaucoup se plaignent également de ne pas disposer de moustiquaire. Résultat, depuis le début de l'opération Sangaris, 56 soldats auraient attrapé le paludisme, affirme France Info.

"Comme beaucoup de Français, je paye des impôts et je me demande où passe l'argent alloué à la défense", déplore la mère anonyme. Avec 31 milliards alloués par an, le budget de la Défense est actuellement le troisième de l'Etat.

M. T.