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Police-Justice

Brétigny: ce qui n'a pas fonctionné

Le train Téoz 3657 Intercités Paris-Limoges, qui a déraillé le 12 juillet à Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne.

Le train Téoz 3657 Intercités Paris-Limoges, qui a déraillé le 12 juillet à Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne. - -

Le procureur de la République d'Evry a détaillé les conclusions des experts judiciaires. Un "déficit de la qualité de la maintenance" est en cause dans l'accident survenu il y a près d'un an. La SNCF et RFF ne contestent pas ces conclusions, mais affirment que le réseau est "sûr".

La catastrophe ferroviaire survenue il y a près d'un an à Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne, faisant sept morts et des dizaines de blessés, est-elle due à "une mauvaise maintenance"? C'est ce qui ressort des conclusions du rapport des experts judiciaires sur l'accident dont voici les grandes lignes.

> Brétigny: un "déficit de la maintenance" en cause

Le rapport des experts judiciaires pointe bien "un déficit de la qualité de la maintenance", a expliqué le procureur de la République d'Evry Eric Lallement lors d'une conférence de presse lundi, au lendemain de la publication d'extraits de ce rapport dans la presse.

"C'est bien le basculement d'une éclisse qui est la cause de cette catastrophe", a-t-il détaillé. L'éclisse, sorte d'agrafe métallique reliant deux rails, s'est brisée au passage près de cette gare de l'Essonne du train Intercités n°3657 qui reliait Paris à Limoges.

>> Revivez la conférence de presse du procureur de la République d'Evry

L'examen visuel de la partie centrale de l'aiguillage a fait ressortir "211 faits remarquables dont une centaine de défauts qui ne sont pas le fait de l'accident", selon le rapport des experts. "La cause principale est un déficit de qualité de maintenance", soulignent-ils. Certains de ces défauts étaient anciens, datant de "entre un et huit mois avant la catastrophe". Une fissure sur une pièce métallique remontait à 2008.

Ces conclusions permettent de ce fait "d'écarter formellement l'hypothèse d'un acte de malveillance", a poursuivi le procureur en citant le rapport d'expert.

> Un accident inévitable à terme à Brétigny

Alors même que la gare de Brétigny "était connue des services de la SNCF comme une zone à risque", "de très nombreuses lacunes" ont été relevées dans le suivi et la traçabilité des opérations sur ce site, souligne le rapport, qui exclut "formellement" tout acte de malveillance.

Ces anomalies étaient pour la plupart "connues de la SNCF ou de ses agents, sans pour autant qu'il y soit remédié de façon adéquate", selon le rapport.

Les experts estiment que "le processus ayant abouti à la désagrégation complète de l'assemblage" s'est "étalé sur plusieurs mois". Cet "état de délabrement" n'a "jamais" été vu "par ailleurs", soulignent-ils.

D'après eux, si ce train Paris-Limoges n'avait pas déraillé ce 12 juillet 2013 à 17h11, un accident apparaissait inévitable à terme. "Si l'éclisse intérieure n'était pas venue se loger dans la lacune du coeur, le déraillement serait sans aucun doute arrivé quelques trains plus tard", écrivent-ils.

> La SNCF ne conteste pas, mais assure que le réseau est "sûr"

Deux heures après la conférence de presse du procureur de la République, la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) ont affirmé lors d'une conférence de presse commune qu'ils ne contestaient "en rien" ses propos.

>> Revivez la conférence de presse de la SNCF et de RFF

"Nous ne contestons en rien ce qu'a dit le procureur de la République pour une raison simple: il a en mains des rapports que nous n'avons pas", a indiqué le président de la SNCF Guillaume Pepy. "Lorsque nous aurons en mains les deux expertises, (...) nous verrons s'il y a lieu ou pas à commander une contre-expertise", a-t-il ajouté. "A aucun moment nous ne sommes dans le déni", a-t-il encore précisé, faisant référence à la responsabilité dans cet accident que la SNCF a reconnu le jour même.

Cependant, le directeur de la SNCF s'est employé à rassurer les usagers. "Ce n'est pas parce qu'il y a des problèmes à Brétigny qu'il y a des problèmes ailleurs", a-t-il expliqué. "Le réseau ferré français est sûr. C'est même l'un des plus sûrs d'Europe", a par ailleurs assuré le directeur de RFF Jacques Rapoport. Dès dimanche soir, la SNCF et RFF avaient démenti "formellement" tout état de délabrement du réseau, estimant qu'il faisait l'objet "d'une surveillance constante".

Il appartient désormais aux juges d'instruction d'établir les responsabilités de l'exploitant Réseau ferré de France (RFF) et de la SNCF.

|||sondage|||2021

V.R. avec AFP