BFMTV

Bourg-en-Bresse, laboratoire des caméras piétons pour encadrer les LBD

Les policiers devront être équipés d'une caméra piéton.

Les policiers devront être équipés d'une caméra piéton. - Justine Chevalier

Samedi, tous les policiers, "dans toute la mesure du possible" selon les mots de leur directeur général, équipés d'un lanceur de balles de défense devront être munis d'une caméra piéton lors des opérations de maintien de l'ordre dans le cadre de la mobilisation des gilets jaunes. Une mesure, lancée la semaine dernière par la police de l'Ain, qui vise à éteindre la polémique sur l'usage de cette arme dont les manifestants dénoncent les graves blessures qu'elle provoque.

La caméra piéton au secours du lanceur de balle de défense. Sébastien, policier à Bourg-en-Bresse dans l'Ain, était sur le terrain neuf week-ends sur les dix de mobilisation des gilets jaunes. Samedi, ce sera à nouveau le cas avec une particularité: outre le lanceur de balles de défense (LBD) dont il est porteur, il sera équipé d'une caméra piéton. Un dispositif qui n'a rien d'une nouveauté pour lui: c'était déjà le cas samedi dernier à l'occasion de la première expérimentation de cet outil lors d'une opération de maintien de l'ordre.

"Nous avions d'abord installé la caméra au niveau du sternum mais ça ne permettait pas de filmer, explique le brigadier. Donc nous l'avons placée au niveau du ventre avec des sangles".
caméra
caméra © J.C.

La police nationale compte 10.000 caméras piétons, la gendarmerie 500. Pour la lancer, il faut inscrire son matricule, la mettre en veille, puis appuyer sur un bouton rouge pour lancer l'enregistrement. Ensuite, l'appareil a une autonomie de deux fois trois heures, avec une batterie de recharge. Vingt heures d'images peuvent être stockées.

"C'est un système très simple, estime Sébastien, policier depuis une vingtaine d'années. La caméra peut filmer un large spectre." Impossible pour les policiers de visionner les images sur le petit boitier noir. Elles sont toutes ensuite transférées vers un disque dur, auquel seul le directeur départemental et le chef du service informatique de la direction départementale de la police ont accès.

Une expérimentation généralisée

Samedi 19 janvier, les cinq policiers, sur les 360 déployés pour sécuriser la préfecture de Bourg-en-Bresse, porteurs de LBD, étaient tous munis d'une caméra piéton, un système jusqu'alors utilisé lors de contrôles d'identité pour lutter contre les contrôles au faciès, notamment. 5 LBD, 5 tirs au total (contre 65 notamment le 8 décembre) mais aussi 5 caméras enclenchées, une décision prise soit par ordre de la hiérarchie, soit si le policier sent la tension monter. "Dans un court laps de temps, tous les hommes ont senti un basculement", confirme le commissaire Cellier, directeur départemental de la police nationale dans l'Ain, indiquant que 12 vidéos avaient pu être tirées des séquences filmées par les policiers.

Ce dernier a imaginé, pour le dispositif de la semaine dernière, d'équiper ses effectifs de caméras piétons, dont la nouvelle technologie donne des images de bonne qualité. Une réponse en guise d'expérimentation, aux critiques formulées à l'encontre du LBD, notamment en raison des blessures graves que son utilisation intensive lors des différentes mobilisations des gilets jaunes a provoqué. Dans l'Ain, une plainte a été déposée pour violences policières à Oyonnax pour des faits survenus à Bourg-en-Bresse, mais les dénonciation sont nombreuses sur les réseaux sociaux.

Critiques de l'usage du LBD, mais aussi polémique, au point que le défenseur des Droits, entre autres, a encore une fois réclamé sa suspension. Mardi, Christophe Castaner s'est inspiré de cette expérimentation, pour la généraliser "dans toute la mesure du possible" selon les mots du directeur général de la police.

"Cette idée est venue dans un contexte particulier de protestation très fort, commente le commissaire Cellier. J'avais plusieurs objectifs en tête mais le principal était de sécuriser les interventions des policiers pour pouvoir rendre leurs actions incontestables ou contestables, si c'est le cas".
caméra
caméra © J.C

Des images utilisées lors des enquêtes

L'idée des autorités est aussi de faire diminuer la tension lors des manifestations. "En alertant les manifestants qu'ils seront filmés, le but est de tenter de faire décroître les violences, poursuit le directeur de la police dans l'Ain. Le dispositif permet également de donner le contexte général d'un rassemblement et de sécuriser l'utilisation des LBD". 

Ces images peuvent ensuite être saisies dans deux cadres: celui d'une enquête judiciaire ou administrative, comme les 81 procédures lancées par l'IGPN dans le cadre de violences policières présumées depuis le début du mouvement. Outre les images, les enquêteurs peuvent disposer du son, et ainsi entendre les sommations d'usage avant l'utilisation des armes intermédiaires. 

caméra
caméra © J.C.

Une technologie qui a ses limites

Encadrement de l'usage des lanceurs de balles de défense par les forces de l'ordre ou identification des auteurs de violences à l'encontre des policiers, la technologie comporte des limites.

Les images peuvent en effet être de mauvaise qualité lorsque le policier est en mouvement et l'identification devient impossible à une distance trop éloignée, là où les LBD ont une portée de 35 mètres. A ces lacunes, certains ajoutent une autre critique: celle d'une une technologie partiale du fait d'un déclenchement par le policier. "Mais s'il ne l'allume pas, il devra également rendre des comptes", prévient le commissaire Cellier.

Et si l'idée d'équiper les porteurs de lanceurs de balles de défense est accueillie avec optimisme par la profession, certains estiment qu'il est matériellement impossible d'y répondre. Plus largement, d'autres s'agacent en constatant que des moyens sont mis dans cette technologie, et ce alors que les policiers du quotidien n'ont pas les moyens de travailler. 

Justine Chevalier