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Attaque de la mosquée de Bayonne: quel est l'état de la menace contre les musulmans en France?

Des musulmans devant une mosquée - photo d'illustration - Miguel Medina - AFP

Des musulmans devant une mosquée - photo d'illustration - Miguel Medina - AFP - -

Les velléités d'actions violentes à l'encontre des lieux du culte musulman ont connu un "pic" après 2015, assure à BFMTV.com le chercheur Nicolas Lebourg. Ce dernier rappelle également l'importance des "violences symboliques" telle que la profanation des mosquées.

Pour "venger la destruction de la cathédrale de Paris" qu'il attribue aux musulmans, un homme de 84 ans a ouvert le feu sur la mosquée de Bayonne lundi soir, faisant deux blessés graves. L’expertise psychiatrique de ce dernier a conclu “à une altération partielle de son discernement”. Mais aux yeux du responsable Aquitaine du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), Fouad Saanadi, “cela n'empêche pas que le climat actuel est un catalyseur", a-t-il déclaré à l’Agence France Presse.

Cette attaque n’est pas un cas isolé. Les attentats ou projet d’attentats contre des lieux de culte musulman attribués à des personnes proches de la droite radicale ont connu un “pic” après 2015, d’après Nicolas Lebourg, chercheur au Centre d’études politiques de l’Europe latine (CEPEL) et membre de l'Observatoire des radicalités politiques (ORAP) de la Fondation Jean-Jaurès. La série d’attentats islamistes et la crise migratoire ont constitué “un point de bascule” pour une frange de la droite radicale.

Multiplication des appels à “sauter une petite mosquée”

Il y a quatre mois, un homme présenté comme un “déséquilibré” s’est tué après avoir tiré des coups de feu aux abords d’une mosquée de Brest, faisant deux blessés, dont l’imam. En juin 2018, 13 militants d’un groupuscule d’extrême droite baptisé “Action des forces opérationnelles” (AFO) ont été mis en examen pour avoir projeté des attentats contre des lieux de culte musulmans et des figures de la mouvance radicale. Peu de temps après les attentats de Charlie Hebdo, quatre élèves d’un lycée militaire en Isère avaient été interpellés, soupçonnés de planifier une “action” contre la mosquée de Montélimar.

Comme le révèle Mediapart, des appels à “sauter une petite mosquée” sont régulièrement lancés sur des sites de l’extrême-droite radicale tels que Réseau Libre. Ces militants de l’ultra-droite, parfois proches de l’idéologie néo-nazie, ont su séduire une nouvelle frange de la population, déstabilisée par une conjonction de deux facteurs, explique à BFMTV.com Nicolas Lebourg: “la série d’attentats de 2015 et la crise des réfugiés”. L’AFO s’est ainsi créée tout juste un an après les attentats du 13-Novembre.

2000 à 3000 activistes, dont 147 fichés S

Comme Claude Sinké, l'assaillant présumé de l’attaque de Bayonne et candidat éphémère aux élections départementales de 2015 sous l’étiquette du Front national, des militants se sont tournés vers un mode d’action violente qu’ils estiment légitime et plus utile que les partis politiques traditionnels comme celui de Marine Le Pen.

“Ils ne réalisent pas leur dérive idéologique et s’imaginent comme des résistants au grand remplacement, comme des Gaullistes”, ajoute le chercheur du CEPEL.

À l’image du militaire qui, en août 2013, a été arrêté pour avoir projeté une attaque à la fin du Ramadan à Vénissieux, le passage à l’action violente séduit aussi d’anciens militaires, en surfant “sur la nostalgie de l’Algérie française” et “le racisme anti-maghrébin”, précise Nicolas Lebourg. Au total, on estime à entre 2000 et 3000 le nombre d’activistes gravitant autour de l’extrême droite radicale. Parmi eux, 147 étaient fichés S en avril dernier, selon des chiffres de Mediapart.

Le rôle des actions symboliques 

Bien que les attaques terroristes anti-musulmans soient à distinguer, dans l’intensité de violence, des actes symboliques, les deux apparaissent souvent liés. “Des actes de profanation sont régulièrement découverts dans les villes de taille moyenne”, assure le chercheur.

À Bayonne, en août 2017, un engin incendiaire avait été lancé sur la mosquée. Des tags haineux et racistes avaient été aussi découverts les jours suivant l'attentat de Charlie Hebdo. Pour autant, les statistiques montrent que l’on s’éloigne du “pic” de 2015. La Commission nationale consultative des droits de l'homme a enregistré 100 actes antimusulmans en 2018, soit une baisse de 18% par rapport à l’année précédente.

Esther Paolini