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Attaque d'un boucher à Paris: les deux prévenus se décrivent comme "non-violents"

Les deux militants étaient jugés devant le tribunal correctionnel de Paris

Les deux militants étaient jugés devant le tribunal correctionnel de Paris - AFP

Deux militants antispécistes ont demandé le renvoi de leur procès dans le dossier de l'attaque d'un boucher parisien samedi dernier dans le Xe arrondissement. Lors d'une brève audience, ils ont reconnu avoir jeté du faux sang mais rejettent les accusations de violences.

Ils sont rentrés dans le box des prévenus en toute fin de journée. Au terme du traditionnel défilé d'affaires, le tribunal correctionnel de Paris a ouvert le dossier de l'agression d'un boucher bio aspergé de faux sang par des militants antispécistes et victime de coups, qu'en toute fin de journée. Un dossier ouvert aussi vite que refermé car les deux prévenus ont demandé un délai pour préparer leur défense. Demande acceptée d'office par la présidente de la 23e chambre qui a renvoyé leur procès au 4 juin.

Loin de la virulence des militants visibles sur les vidéos de la scène de samedi, Pierre-Antoine et Ludivine, deux militants antispécistes jugés pour violences en réunion, affichaient un air perdu dans cette salle d'audience qu'ils découvraient. Ni l'un, ni l'autre n'avait jusqu'alors connu la garde à vue. Ni l'un, ni l'autre n'a été condamné. C'est peut-être ce qui a justifié de les laisser libres et de les placer sous contrôle judiciaire dans l'attente de leur procès. Collés l'un à l'autre sur le large banc du box des prévenus, chacun les épaules rentrées, la voix fluette, le couple s'est présenté succinctement. 

"Pacifiques"

Lui, les cheveux roux et arborant un t-shirt aux couleurs criardes, a 21 ans. Il habite chez ses parents et est étudiant en licence de mathématiques à la faculté parisienne de La Sorbonne. Il dit avoir déjà participé à des "réunions déclarées et non-violentes", la première fois c'était pour "la journée internationale pour la fin de la pêche". De son fils, sa mère n'a simplement dit aux enquêteurs ne pas comprendre et accepter certains de ses choix.

Elle, les cheveux multicolores sur les longueurs, l'air un peu rêveur, a 30 ans. Depuis deux ans, elle est sans emploi. En garde à vue, cette jeune femme, qui se dit sensible à de nombreuses causes, a évoqué une possible remise en question de certaines de ses attitudes, rapporte l'enquêteur de personnalité dans son rapport. 

"Ils ont eu une prise de conscience, a fait valoir leur avocate Me Eméline Samson. Ils regrettent d'avoir déversé du faux sang mais rejettent les faits de violences. Ils sont pacifiques."

"Je le vis très mal"

Steevens Kissouna est loin de partager cette version. Le boucher parisien de 33 ans, victime d'une attaque de militants antispécistes, garde encore des séquelles de la journée de samedi. Présent une bonne partie de la journée au tribunal, il en arpentait les couloirs en boitant, se tenant le buste, lui qui a une côte fêlée lors de son agression. Il n'a pas caché sa volonté de voir les deux prévenus ce mardi. "Je le vis très mal, mon fils de 6 ans le vit très mal. Heureusement, ma fille, plus jeune, ne comprend pas. Ma famille aux Antilles est inquiète", a expliqué l'artisan boucher avant l'audience.

Avant l'audience, Steevens Kissouna a passé une bonne partie de la matinée sur son stand du marché couvert Saint-Quentin dans le Xe arrondissement de Paris "pour ne pas être seul". Ce mercredi, il sera également sur son étale pour tenter de reprendre son activité. "C’est une perte d’exploitation, c’est une perte de marchandise mais c’est surtout un préjudice moral", confie-t-il au sujet de son agression. Ce qui le réconforte? Le soutien de ses collègues commerçants, qui lui ont prêté main forte lors de l'action des militants, mais aussi des pouvoirs publics et surtout de ses clients.

Justine Chevalier