BFMTV

Assises de Melun: 5 ans avec sursis pour avoir étouffé sa fille handicapée

Salle d'audience de la cour d'assises de Melun, où était jugé Americo Carneiro. Il a été condamné à cinq ans de prison avec sursis.

Salle d'audience de la cour d'assises de Melun, où était jugé Americo Carneiro. Il a été condamné à cinq ans de prison avec sursis. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

La cour a assorti cette peine d'une mise à l'épreuve de trois ans et d'une obligation de soin.

Americo Carneiro, jugé pour avoir étouffé sa fille Johana, six ans, dont le lourd handicap lui était devenu insupportable, a été condamné vendredi à cinq ans de prison avec sursis par la cour d'assises de Seine-et-Marne, à Melun.

La cour d'assises de Melun a assorti cette peine d'une mise à l'épreuve de trois ans et d'une obligation de soin. Une peine en tous points conforme aux réquisitions de l'avocate générale, qui avait réclamé une peine "équilibrée" contre l'accusé, invitant la cour à prendre en compte "les circonstances douloureuses" de ce drame et la "personnalité" de l'accusé.

"Verdict d'apaisement"

"C'est un verdict d'apaisement, qui concilie à la fois les exigences de la loi et la reconnaissance de l'amour qu'il portait à sa fille", a réagi l'avocat de l'accusé, Me Hubert Delarue, saluant une décision empreinte "d'humanité".

"Le verdict est parfaitement adapté à a situation", a renchéri Me Sophie Ksentin, avocate de l'association La voix de l'enfant, partie civile dans le procès. "Il fallait reconnaître la culpabilité de l'accusé, tout en se montrant compréhensif à son égard", a-t-elle estimé.

Americo Carneiro, qui comparaissait libre, a accueilli avec émotion et retenue sa condamnation. "Pour lui, un acquittement n'aurait pas eu de sens. Il avait le sentiment qu'il avait des comptes à rendre", a souligné Me Delarue.

Le 3 janvier 2011, ce maçon d'origine portugaise avait étouffé dans son sommeil sa fille unique de six ans au domicile familial de Boulancourt (Seine-et-Marne). Il prévoyait ensuite de tuer son épouse puis de se donner la mort, mais n'en avait pas eu le courage.

Americo Carneiro encourait la réclusion à perpétuité. Les tribunaux prononcent généralement des peines plus cléments dans ce type de dossier. "Face à de tels drames, la justice est parfois désarmée", a souligné Me Delarue.

"Son geste n'est pas un acte d'amour"

Née prématurée, Johana était tétraplégique, épileptique et souffrait d'un fort retard mental. Portant des couches, ne pouvant pas rester assise, elle devait être assistée dans tous ses gestes quotidiens. A l'époque du drame, l'accusé devait la prendre en charge quasiment seul, son épouse étant maniaco-dépressive et régulièrement hospitalisée. "Elle suivait un traitement. Elle passait sa journée sur le canapé", a-t-il raconté.

"Americo Carneiro était dépressif", a reconnu dans son réquisitoire l'avocate générale, Morgane Baudin. Le quadragénaire s'était réfugié depuis plusieurs années dans l'alcool et ne prenait plus ses antidépresseurs. Décrit comme un père aimant et attentionné par l'ensemble des témoins, il se trouvait "au plus bas", "perdu", lorsqu'il a tué sa fille. D'après un expert psychiatre, son discernement était "en partie altéré".

Des circonstances qui "n'enlèvent rien" à la gravité des faits, pour le parquet. "M. Carneiro aimait sa fille, c'est certain. Mais son geste n'est pas un acte d'amour (...) Ce n'est pas parce qu'on est handicapé qu'on n'a pas le droit de vivre", a insisté l'avocate générale.

"Condamné à la souffrance perpétuelle"

Lors du procès, Americo Carneiro avait attribué son geste à sa volonté de "soulager" sa fille, et de "mettre fin à ses souffrances". Cette dernière était néanmoins décrite comme "souriante" et "gaie", "en progrès" au sein de la fondation où elle passait ses journées.

"Il était convaincu que son enfant était en grande souffrance et n'avait pas d'avenir. Pour lui, il s'agissait d'un acte d'amour", a appuyé à l'audience son avocat, Me Hubert Delarue, insistant sur la "relation fusionnelle" entre le père et sa fille.

Invité vendredi à prendre une dernière fois la parole, l'accusé avait dans un premier temps cherché ses mots, avant de fondre en larmes. "J'aimais ma fille par dessus tout", a-t-il confié. "Elle me manque beaucoup."

"Il est entré dans un long hiver, le 4 janvier 2011, dont il n'est toujours pas sorti", déclare Me Delarue. Aujourd'hui, "il se trouve condamné à la souffrance perpétuelle de l'absence".