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Affaire Preynat: le référé sur le recueil de témoignages de victimes renvoyé

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Deux victimes assignaient devant le tribunal de grande instance de Lyon l'association La Parole Libérée et l'éditeur parisien du livre Abusés, pour obtenir la suspension de sa sortie prévue le 10 janvier.

Le tribunal a renvoyé ce lundi au 6 janvier le référé de deux victimes de Bernard Preynat, l'ex-prêtre jugé prochainement pour agressions sexuelles à Lyon, qui s'opposent à la publication de leurs témoignages dans un recueil à paraître avant ce procès.

Ces deux victimes assignaient devant le tribunal de grande instance de Lyon l'association La Parole Libérée et l'éditeur parisien du livre Abusés, pour obtenir la suspension de sa sortie prévue le 10 janvier. Mais l'un des deux plaignants s'étant associé tardivement à la procédure, son conseil a demandé lundi un délai afin de pouvoir préparer son dossier qui sera joint au premier.

Leurs témoignages figurent dans le recueil parmi ceux d'une quinzaine de victimes de Bernard Preynat, désignées seulement par leur prénom. Auparavant, tous ces écrits avaient été publiés, à leur demande, sur le site internet de La Parole Libérée, association créée fin 2015 quand l'affaire Preynat avait éclaté.

En avril, la maison d'édition Temps Présent a demandé à François Devaux, un des cofondateurs de l'association, l'autorisation de publier ces témoignages dans un recueil. Ce dernier a accepté sans consulter les victimes, ce que les plaignants lui reprochent.

"C'est comme si on me volait des mots"

"C'est comme si on me volait des mots, qu'il m'a été très, très difficile d'écrire. Je ne l'accepte pas. [...] On ne m'a jamais demandé mon avis.[...] C'est un but totalement mercantile et mes mots ne sont pas là pour ça", juge l'un d'eux, auteur d'un email véhément envoyé récemment à François Devaux avec des journalistes en copie cachée.

Ce dernier reconnaît "une maladresse": il pensait que l'autorisation de publication sur le site vaudrait aussi pour le livre.

"Ce recueil est un beau projet que La Parole Libérée avait à coeur de soutenir", ajoute François Devaux en précisant que les droits d'auteur - environ 700 euros au total sur les 1000 exemplaires tirés, estimation de l'éditeur - seront reversés à l'association. "Pouvoir imaginer que j'ai une ambition mercantile avec ce projet, ça me met hors de moi", relève-t-il.

Pour Me Nadia Debbache, avocate de l'association, "la Parole Libérée n'est ni l'auteur, ni l'éditeur de ce livre. Nous demandons la mise hors de cause de la Parole Libérée". L'association "n'est même pas à l'origine de ce projet. François Devaux a signé la préface [...]; il n'est pas responsable sur le plan juridique", a ajouté Me Debbache devant la presse.

Une action en justice "contre la façon de faire" de l'association

L'affaire intervient dans un contexte de tensions au sein de l'association, en particulier entre le premier des deux plaignants, Pierre-Emmanuel Germain-Thill, et les responsables historiques de La Parole Libérée dont fait partie François Devaux.

Cette action, a souligné Pierre-Emmanuel Germain-Thill lundi, "ce n'est pas contre La Parole Libérée en elle-même mais contre la façon de faire. En l'occurrence, c'est François Devaux qui a validé par simple email au mois d'avril l'accord pour prendre nos témoignages sans nous demander l'autorisation".

Les deux plaignants se retrouveront sur le banc des parties civiles au procès de Bernard Preynat, du 13 au 17 janvier, devant le tribunal correctionnel de Lyon.

C.Bo. avec AFP