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Aéroport de Toulouse: perquisitionné dans le cadre de l'état d'urgence, il est licencié 5 mois plus tard

Un agent de sécurité de l'aéroport de Toulouse-Blagnac a été licencié pour un "simple oubli".

Un agent de sécurité de l'aéroport de Toulouse-Blagnac a été licencié pour un "simple oubli". - Capture Google Street View

Fin novembre, un agent de sécurité de l'aéroport de Toulouse-Blagnac avait été visé par une perquisition administrative menée dans le cadre de l'état d'urgence, sans suite judiciaire. Cinq mois plus tard, Taoufik Mhamdi a été remercié par son employeur pour avoir oublié, un soir, de laisser un outil sur son lieu de travail.

Onze jours après les attentats de novembre, 19 policiers dont treize fonctionnaires de la BAC, casqués et équipés de boucliers, pénétraient chez Taoufik Mhamdi à Toulouse. Cet agent de sécurité de l'aéroport de Toulouse Blagnac faisait l'objet d'une perquisition administrative menée dans le cadre de l'état d'urgence. Une intervention qui, au final, n'avait abouti sur aucune suite judiciaire.

L'affaire avait été abondement relayée dans la presse locale. Taoufik Mhamdi s'était notamment ému des méthodes musclées des forces de l'ordre, qui avaient "traumatisé" son épouse. "Elle doit prendre des médicaments et voir un psychologue", avait-il confié à La Dépêche du Midi.

"Je l'avais oublié dans ma poche"

Après cette expérience éprouvante, Taoufik Mhamdi avait repris normalement son activité professionnelle, qu'il exerce depuis quinze ans à l'aéroport de Toulouse-Blagnac. Jusqu'à ce jour du 8 avril, où l'agent de sécurité reçoit une lettre de convocation pour un entretien préalable au licenciement. En cause, un simple oubli de dépôt de matériel.

Deux jours plus tôt, en fin de journée, le père de famille toulousain était rentré chez lui sans avoir rendu son Paxtrack, un outil qui permet notamment d'assurer la "traçabilité" des passagers en scannant leur carte d'embarquement.

"Je l'avais oublié dans ma poche, j'ai cru que c'était mon portable", raconte Taoufik Mhamdi à La Dépêche du Midi, qui révèle l'information ce mardi. Le lendemain, d'ailleurs, il avait rapporté son Paxtrack sans s'inquiéter plus que ça. 

Licencié pour "cause réelle et sérieuse"

Quinze jours après l'entretien, qui s'est tenu le 15 avril, l'agent de sécurité a été licencié pour "cause réelle et sérieuse":

"En aucun cas vous n'étiez autorisé à sortir ce matériel de votre lieu de travail. Vous avez ainsi engendré non seulement une désorganisation des services de l'entreprise, mais également de notre client Aéroport de Toulouse-Blagnac", est-il écrit dans la notification de licenciement, consultée par le quotidien régional.

Taoufik Mhamdi a pris un avocat pour contester ce licenciement qu'il juge abusif.

"C'est un simple oubli! J'étais épuisé après une longue journée de travail, ce n'est pas normal de licencier quelqu'un pour un simple oubli!", s'insurge-t-il.

Les délégués du personnel "révoltés"

Dans une lettre de soutien, les délégués du personnel de l'entreprise de sécurité déplorent que "la direction [prétende] que l'absence de ce banal outil aurait eu des conséquences extrêmement néfastes dans la gestion du trafic. Ce qui est complètement exagéré, comme ont pu le constater tous ceux qui étaient en poste à ce moment". Et de dénoncer une pratique "révoltante":

"Le patron se permet de détruire la vie d'une famille pour une erreur dérisoire. (…) Pour le patron, un simple oubli est une cause de licenciement. C'est bien sûr le genre d'erreur que nous pouvons tous commettre un jour. Ne pas réagir aujourd'hui, c'est prendre le risque d'être licencié à notre tour demain", concluent les représentants du personnel. 

Un rassemblement de soutien à leur ex-collègue est prévu pour mercredi à l'aéroport de Toulouse-Blagnac.

Caroline Piquet