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A Paris, un jeune migrant se suicide en se jetant sous un train

Des migrants sans domicile à Lyon le 13 novembre 2017 après avoir été expulsés d'un camp

Des migrants sans domicile à Lyon le 13 novembre 2017 après avoir été expulsés d'un camp - Jeff Pachoud-AFP

Il venait tout juste d'avoir 18 ans. Un jeune Malien qui s'était vu refuser une place en CAP en raison de problèmes administratifs et qui avait été mis à la porte de son foyer pour mineurs s'est jeté sous un train.

Désespéré, mis à la porte de son foyer et affolé à l'idée d'être renvoyé au Mali, un jeune homme tout juste âgé de 18 ans s'est jeté fin décembre sous un train à Paris. Le quotidien régional Midi Libre retrace le parcours de Kantra, arrivé en France il y a deux ans après être passé par la Libye, l'Algérie et l'Italie.

"Kantra avait peur qu'il y ait des crocodiles"

Au printemps 2017, une famille nîmoise le prend sous son aile. Solène Bourgoin, membre de l'association Ados sans frontière, devient sa marraine. "Il avait trouvé sa place dans notre famille, nous avait accompagné en vacances cet été, était de toutes nos activités", témoigne-t-elle sur un blog de Mediapart.

Solène Bourgoin, son mari et leurs enfants accueillent le garçon le week-end et pendant les vacances. "Quand on l'a rencontré, la première mois, je me suis dit que ça n'allait pas être facile. Il était très introverti, il avait du mal à nous parler de son histoire", se souvient-elle sur Info migrants

Pourtant, le garçon et la famille se lient. "Mon fils était très intrigué par le parcours de Kantra, qui a quitté le Mali à peu près à son âge. Il disait qu'il voulait écrire son histoire", poursuit Solène Bourgoin. "On regardait souvent sur des cartes où se trouvait son village et par où il était passé durant son parcours." Ils passent les dernières vacances d'été ensemble dans l'Allier. 

"On rigolait beaucoup parce qu'on se baignait souvent dans des cours d'eau mais Kantra avait toujours un petit peu peur qu'il y ait des crocodiles."

"Kantra était effondré"

Hébergé dans un foyer pour mineurs à Nîmes, il décroche une place dans un CFA en octobre afin d'obtenir un CAP de cuisinier. Un restaurant accepte qu'il y effectue son apprentissage, mais des difficultés administratives l'en empêchent. Quatre jours après sa majorité, au mois de novembre, Kantra doit quitter son foyer et se retrouve à la rue.

La déception de trop. Le jeune homme se croit persécuté mais refuse d'être interné. "Le jour de ses 18 ans, le 14 novembre, on ne l'a plus reconnu", confie sa marraine. "Il délirait à moitié". Quelques jours plus tard, il perd son hébergement. Solène Bourgoin lui parle une dernière fois au téléphone: "Je lui ai dit qu'il fallait qu'il sonne à notre porte s'il était à la rue. Je n'ai plus eu de nouvelles après cela".

"Kantra était effondré. Il disait qu'il était 'maudit', que tout le monde était contre lui. Lui si gentil, attentif aux autres, volontaire, intelligent."

Il rejoint un oncle en région parisienne mais est toujours en proie à des délires paranoïaques. Le 21 décembre, il met fin à ses jours.

"Ces enfants sont les nôtres"

L'association Ados sans frontière accuse pour sa part les autorités publiques de se rendre "coupables de créer les conditions à l'origine de drames humains". "Tests osseux pour prouver l'âge, enquêtes zélées pour authentifier les certificats de naissance... Nous refusons les méthodes lâches des pouvoirs publics qui font tout pour empêcher d'insérer ces jeunes dans notre société."

"Il n'est pas possible qu'il y ait d'autres Kantra. Nous demandons à ce que tous les jeunes mineurs non-accompagnés disposent de l'accès à l'éducation et à l'insertion que la loi est censée permettre. Ces enfants sont les nôtres, c'est ça aussi la fraternité."

Selon la chaîne régionale Via Occitanie, un hommage sera rendu à Kantra mercredi devant la préfecture du Gard.

Céline Hussonnois-Alaya