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A bout, des policiers prêts à manifester: "la police est dans un état d’épuisement avancé"

Particulièrement sollicités ces dernières semaines lors des mobilisations des gilets jaunes, les policiers font part de leur ras-le-bol. Une manifestation est prévue ce jeudi, malgré le devoir de réserve des agents. L'un d'eux témoigne du ras-le-bol des policiers sur BFM Paris.

Mobilisation des gilets jaunes, alerte attentat... ces dernières semaines, les policiers ont été particulièrement sollicités. Nicolas, policier en civil en Ile-de-France fait partie de ces agents. A bout, il a à chaque fois été rappelé sur ses jours de repos.

"C'est de la fatigue et les rappels encore et encore et encore. C'est des rappels à 1 heure du matin pour dire: 'il faut que tu sois au service à 5 heures. Des horaires interminables, 16 heures de vacation dont 14 heures sans pouvoir manger ou boire", explique-t-il. 

Cet agent de terrain dénonce également les équipements fournis qu'il qualifie d'obsolètes, inadaptés et insuffisants. A ses frais, il a dû dépenser 900 euros pour se protéger.

"Pour ce genre de manifestation-là, je m'équipe de rangers. Rangers achetées avec mes sous. Le casque de moto, acheté avec mes sous. La veste, achetée avec mes sous. Je suis obligé d'aller acheter du serum physiologique, parce qu'on n'a pas assez de décontaminant (contre les gaz lacrymogènes, ndrl", énumère ce policier. 

"On n'est plus reconnu"

Fatigué, Nicolas se dit prêt à manifester, malgré son droit de réserve et les sanctions administratives encourues. "Il y a un ras-le-bol général. Pour parler vulgairement, j'ouvre ma gueule. A un moment donné, il faut qu'il y ait des collègues qui se disent je vais le faire, parce qu'on n'est plus reconnu nulle part, par personne", déplore-t-il. 

Sur les réseaux sociaux, un appel à manifester cette semaine à Paris a été lancé par l'association Mobilisation des policiers en colère.

La police "va très mal"

Les syndicats tirent aussi la sonnette d'alarme. Le syndicat Unité SGP-Police appelle ainsi à un "acte 1 de la colère des forces de l'ordre".

"La police elle fait son travail, mais elle va très mal puisqu'elle est dans un état d'épuisement avancé", insiste sur BFM Paris Rocco Contento, secrétaire départemental SGP-Police.

Parmi les revendications, le paiement des heures supplémentaires des policiers (plus de 27 millions d'euros selon SGP-Police) mais aussi l'amélioration des cycles de travail.

"La majorité des cycles de travail, c'est un week-end de repos sur 6. Au bout d'un moment, le policier a besoin de se ressourcer auprès de sa famille, il ne peut pas le faire", poursuit Rocco Contento, rappelant que dans le cadre de la mobilisation des gilets jaunes, les policiers ont dû renoncer à leurs congés pour être sur le terrain. Son syndicat réclame l'ouverture d'une "loi de programmation pour la police nationale.

"Le ministre, il faut qu'il nous entende. Je peux vous dire que s'il ne nous entend pas, on va manifester notre colère à notre tour", prévient-t-il. 
Raphaël Maillochon avec Carole Blanchard