BFMTV

32 suicides chez les policiers, 9 chez les gendarmes: comment lutter contre ce tragique phénomène?

Après l'agression de policiers à Viry-Châtillon, l'association Mobilisation des policiers en colère s'était créée.

Après l'agression de policiers à Viry-Châtillon, l'association Mobilisation des policiers en colère s'était créée. - Thomas Samson - AFP

Une marche blanche se déroulera samedi dans plusieurs villes de France afin de rendre hommage à Maggy Biskupski, policière et présidente de la Mobilisation des Policiers et Colère, qui s'est suicidée il y a deux semaines. Deux fonctionnaires se sont donnés la mort cette semaine, portant le chiffre à 32 depuis le début de l'année.

La menace d'un parasitage avec la mobilisation des "gilets jaunes" n'a pas freiné leur envie de rendre un dernier hommage à leur amie et collègue. Samedi, le mouvement des "policiers en colère" appelle à une marche blanche dans différentes villes de France pour rendre hommage à Maggy Biskupski, policière et présidente de l'association, qui s'est donnée la mort le 12 novembre dernier. A Paris, le rassemblement débutera à 14 heures place du Trocadéro. Le parcours initial dans la capitale va être raccourci afin que le cortège ne croise pas celui des "gilets jaunes".

La famille de la policière de Sartrouville sera présente ce samedi, tout comme de nombreux collègues. Cette journée sera l'occasion de rendre hommage à toute cette profession endeuillée. Depuis le début de l'année, 32 policiers se sont suicidés, dont deux cette semaine, à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône, et à Epernay, dans la Marne. Un triste constat auquel s'ajoutent celui des neuf gendarmes qui se sont donnés la mort depuis janvier. Le dernier étant un gendarme de la Garde républicaine qui s'est suicidé dans les jardins de Matignon.

Le "sur-suicide" des policiers

Ce triste décompte ne traduit pourtant pas une situation qui s'est dégradée, et ce même si plus de la moitié des suicides avec leur arme de service. En 1996, le nombre de suicides dans la police nationale avait connu un pic avec 70 cas. "L'année 2018 est une situation 'normale' au sens statistique du terme, mais il y a une situation de sur-suicide par rapport à la moyenne de la population", analyse Sébastian Roché, sociologue et directeur de recherche au CNRS. Un plan prévention a pourtant été présenté par le directeur général de la police nationale cet été.

Dans la police, le phénomène est pris en compte depuis 1995 et la vague d'attentats. Depuis la direction générale de la police nationale est dotée d'un service de soutien psychologique opérationnel (SSPO) composé, sous l'autorité d'une psychologue, de 89 psychologues cliniciens répartis sur l'ensemble du territoire. Côté gendarmerie, elle dispose d'un réseau composé de 39 postes de psychologues cliniciens répartis sur le territoire national et d'un maillage national de 34 psychologues cliniciens, dont un poste crée en juin dernier en Nouvelle-Calédonie. 

L'exemple de Montréal

Malgré tous ces dispositifs, le chiffre de suicides parmi les forces de l'ordre est supérieur à celui de la moyenne nationale. L'énumération des cas et la naissance de l'association Mobilisation des Policiers en Colère en 2016 à la suite de l'agression de policiers à Viry-Châtillon, a d'ailleurs permis une plus grande médiatisation du phénomène. "Il est désormais porté par les syndicats de policiers qui ont été dépassés par la protestation policière, pour ne plus être débordés, ils ont repris à leur compte cette question", poursuit Sébastian Roché.

Le quotidien du métier de policier ou gendarme, les risques de stress post-traumatique sur des interventions ou des affaires difficiles, le contact permanent avec les problèmes de la société peuvent être une explication du phénomène, tout comme la possibilité d'avoir accès à une arme, notamment depuis 2015 et la possibilité de la porter hors service, pour passer à l'acte. Les causes seraient donc propres au métier de policier ou gendarme mais la réponse serait elle politique.

Au Canada, la police de Montréal a vu son taux de suicide chuter de 80% en 20 ans. Une baisse spectaculaire qui serait dû à la mise en place d'un programme de consultation professionnel. "Ce plan n'a pas modifié la nature du métier mais il va empêcher que les agents se tuent", détaille le politologue. L'accent a en effet été mis sur la sensibilisation de tous les échelons de la hiérarchie policière, afin que chacun puisse accompagner un collègue. A cela s'ajoute la venue de psychologues sur le terrain pour acquérir une meilleure compréhension des problèmes rencontrés au quotidien.

Justine Chevalier