BFMTV

17 nouveaux cas et des victimes de 4 à 80 ans: l'anesthésiste soupçonné d'empoisonnements mis en examen

Le procureur de Besançon a annoncé jeudi avoir engagé des poursuites pour "empoisonnement sur personne vulnérable" pour 17 nouveaux cas.

Après 48 heures de garde à vue, Frédéric Péchier, anesthésiste déjà mis en examen pour sept cas d'empoisonnements, a été présenté à un juge d'instruction ce jeudi et mis en examen à nouveau, pour 17 empoisonnements sur personnes vulnérables, a annoncé le parquet à BFMTV.

Lors d'une conférence de presse, le parquet de Besançon avait annoncé un peu plus tôt avoir engagé des poursuites contre l'anesthésiste pour "empoisonnement sur personne vulnérable" visant 17 nouveaux cas présumés, qui s'ajoutent aux sept empoisonnements pour lesquels il avait déjà été mis en examen en 2017. Au total, il est désormais suspecté d'avoir commis 24 empoisonnements, dont 9 mortels.

Cette dernière mise en examen a été qualifiée d'"emballement judiciaire par Jean-Yves Le Borgne, l'avocat de Frédéric Péchier face à la presse.

  • 17 cas suspects sur 66 événements indésirables graves

Au total, pas moins de "66 interventions chirurgicales à l'occasion desquelles sont intervenus des événements indésirables graves (EIG)" ont été passées au crible par les enquêteurs ces deux dernières années, a indiqué le procureur. Mais pour une majorité de ces EIG, il n'a pas été démontré "qu'ils avaient pour origine un acte malveillant". 

Selon le procureur, une partie de ces EIG ont pu être expliqués soit "par des raisons médicales liées à l'état de santé du patient", soit par l'incapacité des experts et enquêteurs à parvenir à des conclusions probantes "dans la plupart de ces cas".

"Au final, ce sont donc 17 dossiers, soit un quart de ces événements indésirables graves portés à la connaissance du parquet de Besançon, qui ont été retenus", a précisé le procureur. "Sept (des patients) n'ont pas survécu", a-t-il ajouté.
  • Des traces de potassium à dose létale

En s'appuyant sur les séquestres réalisés par la clinique dans le cadre des événements indésirables graves les plus inexpliqués, les enquêteurs ont mis en évidence la présence de potassium "en quantité massive à dose létale" et d'une "quantité toxique de lidocaïne" dans deux poches de solutés utilisées lors d'opérations.

L'exhumation de quatre corps en décembre 2018, accompagnée des résultats des quelques autopsies pratiquées, ont également permis de détecter à deux reprises la présence d'anesthésiques locaux qui n'étaient pas utilisés lors des opérations. 

"Les experts ont conclu pour certains des cas leur caractère hautement suspect, privilégiant la thèse de l'empoisonnement pour expliquer le décès", a ajouté le procureur.
  • Des chirurgies bénignes pour des patients de 4 à 80 ans

D'après les déclarations du procureur, les 17 événements indésirables graves, "qui s'échelonnent d'octobre 2008 à novembre 2016", ont concerné des opérations chirurgicales bénignes, "de type orthopédique, urologique ou vasculaire".

Les patients touchés étaient âgés de 4 ans - un enfant opéré des amygdales - à 80 ans. Dans la plupart des cas, les victimes "ont pu être réanimées (…) certaines après avoir passé plusieurs jours dans le coma", a déclaré Etienne Manteau.

  • Un mode opératoire "habile"
"Nous avons affaire à un professionnel de santé particulièrement habile, qui a agi lorsque personne ne se trouvait dans les salles d'anesthésies, qui a su varier dans le temps la nature des poisons administrés pour ne pas éveiller les soupçons", a affirmé le procureur de la République de Besançon.

Les investigations ont permis d'établir que les "poches de solutés d'hydratation ou les poches de paracétamol" étaient polluées "notamment par des anesthésiques locaux, peu couramment utilisés, ou du potassium", a affirmé le procureur. 

"Le poison s'écoule au goutte-à-goutte dans la veine du patient lors de l'anesthésie et conduit à un arrêt cardiaque lors de l'opération", a-t-il expliqué.

Dans l'hypothèse d'un accident cardiaque, "il va être recherché les causes organiques de l'arrêt cardiaque ou une éventuelle erreur humaine liée à un surdosage", a continué le magistrat, qui a rappelé: "Personne à la clinique Saint-Vincent entre 2008 et 2016 n'a imaginé une pollution volontaire des poches".

Un élément de plus qui a joué en faveur de l'anesthésiste. Puisque personne ne soupçonnait un empoisonnement, les analyses toxicologiques se concentraient uniquement sur les anesthésiques locaux utilisés lors de l'opération, tandis que les poches de solutés n'étaient "par principe pas conservées". 

  • Un faisceau d'éléments concordants

Le filet s'est resserré peu à peu autour de Frédéric Péchier. A la lumière de la première affaire, l'anesthésiste apparaît comme "le dénominateur commun" de l'ensemble des événements graves indésirables. Depuis qu'il n'exerce plus à la clinique Saint-Vincent, aucun EIG suspect n'a été identifié. Un lien établi également pour une période de six mois en 2009, quand l'anesthésiste était parti travailler à la Polyclinique de Franche-Comté. 

L'enquête a également permis d'identifier une multiplication des EIG lors des "périodes de conflit intense entre lui et ses collègues", a continué d'énumérer Etienne Manteaux, "son omniprésence dans la gestion des réanimations en cas d'arrêt cardiaque" et sa "proximité immédiate de la salle opératoire dans laquelle les EIG survenaient".

Dans un certain nombre de cas, Frédéric Péchier a aussi été "capable de diagnostics précoces" alors que la situation clinique ne permettait pas de suspecter un surdosage d'anesthésiques locaux ou de potassium.

Par ailleurs, entre 2008 et 2016, il a été le seul anesthésiste présent "à ne pas avoir été concerné par un EIG suspect" quand tous les autres ont eu "à subir un ou plusieurs EIG".

  • Une version modifiée en garde à vue

Sous le feu roulant des questions des enquêteurs depuis mardi, l'anesthésiste a d'abord dénoncé un complot. Il a expliqué les multiples événements indésirables graves comme la "résultante des limites professionnelles" de ses ex-collègues.

Néanmoins, au terme de sa garde à vue jeudi matin, Frédéric Péchier a admis que des empoisonnements "ont bien été commis à la clinique Saint-Vincent" tout en réaffirmant ne pas être l'auteur de ces empoisonnements. A cette occasion, il n'a pas communiqué "le nom d'une personne qu'il soupçonnerait d'avoir commis ces actes", a précisé le procureur de la République de Besançon.

Benjamin Rieth