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10% des personnes radicalisées en France installées dans le Bas-Rhin

La ville de Strasbourg a déjà été visée.

La ville de Strasbourg a déjà été visée. - AFP

10% des personnes radicalisées en France sont installées dans le Bas-Rhin, selon plusieurs spécialistes. Alors que le marché de Noël de Strasbourg a été déjà la cible de menaces, l'an dernier, sept Strasbourgeois ont été condamnés à des peines allant de six à neuf mois de prison pour être partis combattre sur la zone irako-syrienne.

"Malgré la menace, il faut maintenir le marché de Noël car c’est un devoir républicain." Conscient de la pression, il y a à peine deux semaines, le maire de la ville, Roland Ries, avait inauguré le marche de Noël de Strasbourg qui a été visé mardi soir par une attaque. Un homme a tiré sur des passants, faisant au moins 3 morts, 8 blessés graves et 5 légers. Le suspect est fiché S pour radicalisation. 

Si la motivation terroriste reste encore à démontrer dans cette attaque, comme la fait savoir ce mercredi matin le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, la ville, et son marché de Noël, font partie des cibles visées depuis plusieurs années, et notamment depuis 2015. Chaque année, l'événement attire 2 millions de visiteurs. "On peut parler de carnage, les fêtes de Noël et particulièrement en Alsace, le marché de Strasbourg est celui qui a le plus d’importance dans le cœur des Alsaciens, où toute une communauté se retrouve, une sorte de fête de la paix", se désole Jean Rottner, le président de la région Grand-Est.

"Il n’a pas été visé pour rien par ce criminel, nous sommes tous Strasbourgeois et la France est alsacienne", poursuit-il.

"Filière strasbourgeoise"

La région est particulièrement touchée par le fléau de la radicalisation. 10% des personnes radicalisées en France se trouvent dans le Bas-Rhin, selon le maire de Strasbourg, alors que le ministère de l'Intérieur reste discret sur cette répartition géographique. L'Alsace a connu de nombreux départs de jeunes dans les rangs de l'Etat islamique. L'an dernier, sept Strasbourgeois ont été condamnés en appel à des peines allant de six à neuf ans de détention pour être partis combattre dans la zone irako-syrienne en 2013.

"Le Bas-Rhin est une zone connue pour accueillir une filière salafiste 'jihadiste'. L’individu qui a connu l’attentat à Paris en mai 2018 est connu pour ses liens avec la filière strasbourgeoise", rappelle Driss Aït-Youssef, spécialiste des questions de sécurité, précisant également la proximité avec l'Allemagne et "la cellule de Francfort" dont certains membres ont été récemment condamnés pour des projets d'attentat.

En début d'année, le complice présumé de Khamzat Azimov, qui a tué une personne et blessé 4 autres dans le quartier de l'Opéra à Paris en mai dernier a été arrêté à Strasbourg, avant de tenter de partir en Syrie. Une autre affaire de terrorisme est restée dans les mémoires. "Strasbourg fait partie de ces points connus", confirme Jérôme Poirot, ex-adjoint du coordinateur national du renseignement. En 2000, un projet d’attentat au marché de Noël et à la cathédrale de Strasbourg élaboré par a été déjoué de justesse.

Période d'instabilité

Le contexte de cette fin d'année en France pourrait également être un déclencheur. "La période est propice, à double titre, décrypte Eric Delbecque, spécialiste des questions de sécurité intérieure. Ce sont les fêtes, c‘est une période pendant laquelle les terroriste sont tentés d’agir. Il y a une période d’instabilité que l’on connait avec les gilets jaunes. Les forces de sécurité sont sous tension, fatiguées, le gouvernement a vécu une période d’instabilité. Evidemment pour accroître cette instabilité, les terroristes sont tentés d’agir."

Cette année, la sécurité autour de l'événement était encore bien renforcée avec 260 fonctionnaires de la police nationale, 50 de la police municipale et 160 agents de sécurité privée. Des check-points étaient toujours en place. 

Justine Chevalier