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Viggo Mortensen: du "Seigneur des Anneaux" à "Falling", itinéraire d'un acteur singulier

Viggo Mortensen à la dernière cérémonie des Baftas.

Viggo Mortensen à la dernière cérémonie des Baftas. - Tolga Akmen - AFP

Le comédien signe sa première réalisation, un drame d'inspiration autobiographique sélectionné au festival de Cannes 2020, et en salles ce 19 mai. A cette occasion, il retrace sa foisonnante carrière.

Acteur, mais aussi photographe, peintre et poète, Viggo Mortensen ajoute une nouvelle corde à son arc: cinéaste. L'inoubliable Aragorn du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson vient de signer son premier film en tant que réalisateur, Falling, en salles le mercredi 19 mai.

Dans ce drame d'inspiration autobiographique, dont l'action se déroule sur plusieurs décennies, et qui figure parmi la sélection officielle du festival de Cannes 2020, Viggo Mortensen évoque les relations conflictuelles entre Willis (Lance Henriksen), un vieillard en train de perdre la tête, et John (Viggo Mortensen), son fils homosexuel.

"Je voulais raconter cette histoire en particulier, parce que je voulais explorer ce que je ressens pour mes parents depuis mon enfance et mon adolescence", confirme Viggo Mortensen, avant d'ajouter: "Je voulais explorer le manque de fiabilité des souvenirs. A mon avis, la mémoire est plus un sentiment qu’un fait ou une collection de faits. Je trouve qu’on essaye de contrôler le passé pour être à l’aise dans le présent: on monte nos souvenirs, constamment. Ils ne sont pas figés."

Le rêve d’une vie

Mettre sur pellicule ses souvenirs a été "un défi intéressant", raconte le primo-réalisateur. Le personnage de Willis, aux portes de la démence, est inspiré de personnes de sa famille. Viggo Mortensen s'est appuyé sur des souvenirs personnels pour représenter la maladie:

"J’ai vécu de très près le processus de la démence avec mes parents, mes grands-parents, mon beau-père, et d’autres personnes dans ma famille. J’ai vu qu’il n’y a pas de confusion, mais qu'ils sont à l’aise. Leur présent est différent, tout simplement. Ce sont ceux qui l'observent qui sont différents, qui ont de la confusion, qui ne sont pas à l’aise. Je voulais montrer ça avec le travail sur le son et sur l’image."

Viggo Mortensen rêve de passer à la réalisation depuis des années. "C’est vrai que j’écris, que j’ai écrit plusieurs scénarios. Falling n’est pas ma première tentative de trouver de l’argent pour réaliser un film. Falling, c’est la première fois que j'en trouve, tout simplement."

Travailler avec Al Pacino

Malgré le succès du Seigneur des Anneaux, Viggo Mortensen a toujours privilégié le hors-piste et a préféré fuir les superproductions. On a pu le voir dans des récits postapocalyptiques (La Route), des adaptations de best-seller (Sur la route) et expérimenter avec des cinéastes espagnols et argentins (Capitaine Alatriste, Jauja).

Après ses débuts en 1985 dans Witness avec Harrison Ford, il enchaîne pendant une quinzaine d'années les seconds rôles aux côtés d'immenses stars. Grâce à elles, il apprend son métier.

Sur L'Impasse (1993) de Brian de Palma, il partage l'écran avec un Al Pacino au sommet de son art, en train de livrer une des meilleures prestations de sa carrière. "Ça s’est bien passé avec Al Pacino. C’était fascinant de voir comment il construisait son personnage", se souvient-il. "Je trouve que j’ai bien préparé ce rôle. J’ai écouté beaucoup de musique. J’ai beaucoup pensé à l’époque du film, 1974, pour me glisser dans la peau de mon personnage."

Viggo Mortensen est souvent apparu dans des films brutaux et durs. Il s'est mis seulement récemment à la comédie. Après un premier essai avec Captain Fantastic (2016), il obtient un grand succès populaire avec le controversé Green Book, où il joue le débonnaire mafieux Tony Lip.

"Je n’avais jamais joué un rôle comique. J’ai appris pendant le tournage que ce n’était pas si différent [d'un rôle dramatique]", analyse-t-il. "C’est une question de timing, de musique, de rythme, de travail collectif avec ton partenaire et le réalisateur. J’ai beaucoup appris pendant le tournage. J’aime beaucoup ce personnage."

"Le Seigneur des Anneaux, l’université du cinéma"

La comédie dramatique de Peter Farrelly, critiquée pour son regard sur la communauté noire-américaine, a remporté trois Oscars dont celui du meilleur film, et Viggo Mortensen a obtenu une nomination, la troisième de sa carrière. Peter Farrelly, avec qui il prépare un nouveau film, est devenu un de ses maîtres à penser, tout comme David Cronenberg, devenu son complice et son mentor sur le tournage de A History of Violence (2005):

"J'ai beaucoup appris sur les films qu’on a faits ensuite ensemble. J'ai appris des choses que j’ai ensuite pu réutiliser quand j’ai dû réaliser Falling, comme bien préparer le tournage, trouver l’équipe, les acteurs, retrouver les endroits où on pense tourner l’histoire, résoudre tous les problèmes possibles avant de commencer le tournage. J'ai aussi appris l’importance d’écouter, d’être ouvert aux suggestions et aux questions de l’équipe et des comédiens. Sinon, on ne peut pas avancer, ce n’est pas un vrai travail collectif. C’est ce que j’aime dans le cinéma: le travail collectif."

Le travail collectif, c'est aussi ce qu'il retient du Seigneur des Anneaux, mémorable adaptation de J.R.R. Tolkien devenu un classique du cinéma grand spectacle. "C’était un grand travail collectif, cette trilogie, sourit-il. "J’ai vécu beaucoup de belles choses sur ce tournage. J’ai pu voir comment Peter Jackson et son équipe ont trouvé des solutions à des moments compliqués, à des obstacles. C’était génial. C’était comme aller à l’université du cinéma."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV