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Comment Philippe Gildas a créé "l'infotainment" en France

Philippe Gildas sur le plateau de "Nulle Part Ailleurs"

Philippe Gildas sur le plateau de "Nulle Part Ailleurs" - Canal+

Le présentateur culte de Nulle Part Ailleurs, mort cette nuit à l'âge de 82 ans, a marqué l'histoire du PAF en étant le premier à mêler information et divertissement.

Le roi de l'infotainment. Homme de radio et de télévision, Philippe Gildas, mort dans la nuit de samedi à dimanche, a été l'un des premiers à mélanger journalisme et divertissement en France. Une double casquette qui, si elle est répandue au sein du PAF actuel, était révolutionnaire à son époque.

"Animateur, journaliste, les frontières sont un peu floues. Aujourd'hui, beaucoup de journalistes présentent des émissions entourés de gens. A l'époque, ça ne se faisait pas du tout, il a été l'un des premiers à ne pas avoir d'œillères et à accepter de ne pas avoir de chapelle", a expliqué Marc-Olivier Fogiel à l'antenne de BFMTV.

"C'était compliqué d'un coup pour un journaliste de devenir animateur. Mais lui avait cette richesse intellectuelle de se dire qu'on pouvait être l'un et l'autre, qu'il n'y avait pas forcément de hiérarchie, et que ses pairs ne le verraient pas forcément d'un mauvais oeil s'il franchissait les frontières du divertissement. Il a mélangé l'info et le programme, Philippe Gildas incarnait ça avec une crédibilité dingue", a-t-il ajouté.

Rigueur, bienveillance et empathie 

Philippe Leprêtre de son vrai nom, fils de notaire et aîné d'une fratrie de sept garçons, avait gardé de son enfance une mentalité de chef d'équipe qui a marqué toute sa vie professionnelle.

Entré au cours des années 60 à "Radio Luxembourg", l'ancêtre de RTL, il y crée la matinale, tranche d'informations qui doit accompagner l'auditeur de son réveil à son travail. En 1969, il suit à l'ORTF Pierre Desgraupes pour monter la rédaction de la première chaîne. Il y présente le journal télévisé, "grand-messe" dont il contribue à fixer les règles en tant que rédacteur en chef. Il passe ensuite par France Inter puis intègre Europe 1.

Mais le journaliste garde aussi un pied à la télévision: sur proposition de Pierre Bellemare, il devient animateur de jeux et présente La tête et les jambes puis La chasse au trésor sur Antenne 2. Il crée également le Top 50, première mesure des ventes de disques en France.

"C'est quelqu'un qui a réussi à faire une passerelle, très difficile à faire, entre ce qu'on appelle les programme et la rédaction. C'était à la fois un immense journaliste, et en plus, un immense animateur d'émission, de jeu, de talk-shows... On peut dire que très peu ont réussi à faire ce passage, et c'est une grande qualité de Philippe Gildas", a estimé Bruce Toussaint sur BFMTV . "Il était à la fois incroyablement rigoureux sur l'info, et en même temps, il avait cette empathie et cette bienveillance, toutes ces qualités nécessaires à un animateur. C'est pour ça qu'il était aussi populaire, parce qu'il avait ces deux facettes." 

Nulle part ailleurs, du jamais vu à la télévision

En 1985, Pierre Lescure, patron de Canal+, l'invite à le rejoindre dans l'aventure de la première chaîne privée de France qui vient de naître. Les deux hommes vont y concrétiser une idée qui trotte dans leur tête depuis 20 ans: faire un talk-show qui mélangerait journalisme et divertissement. La formule, qui a fait florès depuis, est inédite à la télévision française. 

Philippe Gildas teste d'abord le concept en milieu de journée avec Direct, avant de s'installer, deux ans plus tard, en face des JT de 20 heures. Pour inciter les téléspectateurs à s'abonner, la seule contrainte de l'émission diffusée en clair est de tenir la promesse de la chaîne cryptée en y montrant ce qu'on ne trouve... "Nulle part ailleurs".

Dans Nulle Part Ailleurs, Alain Decaux peut disserter sur les pétomanes pour introduire un sketch des Nuls, le professeur Cabrol, célèbre chirurgien du coeur, y partager sa passion de l'opéra avec le leader de la CGT Henri Krasucki. Outre Les Nuls, l'émission fait émerger Jérôme Bonaldi et ses gadgets, Philippe Vandel, Karl Zéro et bien sûr Antoine de Caunes, jusque là cantonné aux émissions musicales.

Philippe Gildas excelle dans son rôle de Monsieur Loyal. Les Guignols peuvent se moquer de son brushing et de son expression "Formidable!", José Garcia l'asperger d'eau et de mousse... jamais "Philou" ne perd son flegme, ni son sourire. Pendant 10 ans, Nulle Part Ailleurs dicte les modes et les nouvelles règles de l'humour à la télévision.

"Il était très joueur, pouvait pousser très très loin et redevenir crédible dans le plus sérieux la minute qui suivait. Il n'était pas humoriste, il était entouré d'humoristes", a rappelé Michel Denisot sur France Info. "Il jouait le jeu quand il le fallait, faire le clown, mais il avait cette capacité rare de pouvoir tout faire. Il pouvait se déguiser dans une émission et trois minutes après interviewer le Premier ministre en étant extrêmement crédible et pertinent".

C'est en 1997, qu'il cède son fauteuil de présentateur de Nulle Part Ailleurs à Guillaume Durand, et anime d'autres émissions pour Canal+.

Nawal Bonnefoy avec AFP