BFMTV

Pourquoi "Rising Star" ne décolle pas

Le plateau et le "mur digital" de "Rising Star".

Le plateau et le "mur digital" de "Rising Star". - Capture d'écran - M6

Comment expliquer les audiences en berne du nouveau télé-crochet de M6, lancé en fanfare début octobre?

Rising Star, le télé-crochet de M6, lancé le 2 octobre dernier, peine à trouver son public. Jeudi 16 octobre, l'émission est passée sous la barre des 2 millions de téléspectateurs. Sans parler de catastrophe, on est loin des résultats attendus par la chaîne, qui a misé gros sur ce programme importé d'Israël. Pourquoi Rising Star ne décolle-t-il pas? Eléments de réponse.

> Le concept

Si la première émission, le 2 octobre dernier a réuni 3,8 millions de téléspectateurs, l'audience n'a depuis cessé de s'effriter. "Je suis convaincu que les audiences vont remonter, confiait pourtant au Monde Nicolas de Tavernost, le patron du groupe M6, le 10 octobre dernier. "Il faut parfois du temps à une émission pour s’installer. Elle s’améliore, mais il reste encore quelques ajustements à faire".

Des ajustements, la chaîne ne cesse d'en faire. Tenant compte des critiques nombreuses des internautes, M6 a modifié un peu le déroulé de l'émission, qui laisse désormais place à plus de surprises. Cathy Guetta particulièrement larmoyante lors de la première émission, est plus sobre, David Hallyday plus loquace...

Pour la sociologue des médias, Nathalie Nadaud-Albertini, auteur de 12 ans de téléréalité, au-delà des critiques morale publié par Ina Editions, le concept même de l'émission- un candidat qui chante face à un "mur virtuel" et non face à un public- peut "donner l'impression de quelque chose d'un peu désincarné, ou du moins dont on n'a pas l'habitude visuellement", ce qui peut "gêner" le public.

Le fameux mur, sur lequel s'affichent les visages de ceux qui votent, peut également servir de repoussoir. Pour ceux qui veulent voter mais ne souhaitent pas s'afficher à la télévision, d'une part (même s'il est possible de ne pas voir sa trombine apparaître à l'écran). Et, à l'inverse, pour ceux qui ont envie de cette brève notoriété et n'y accèdent pas, d'autre part. Beaucoup se plaignaient ainsi sur Twitter de ne pas se voir, alors qu'ils avaient voté.

"La nouveauté du concept" et "le mode de vote" expliquent peut-être la frilosité du public, estime Nathalie Nadaud-Albertini, qui conclut: "il faut laisser du temps au téléspectateur pour qu'il s'habitue". Et si le programme cartonne en Israël, c'est aussi parce que le pays connaît la plus grande concentration d'entreprises technologique au monde, et l'interactivité tout comme le "second écran" y sont déjà bien implantés.

> Des problèmes techniques

La première de Rising Star a été émaillée de problèmes techniques. Les téléspectateurs, vivement invités à voter sur l'appli mobile, ont rencontré des bugs et beaucoup s'en sont agacés sur Twitter. Par ailleurs, on ne peut voter que pendant la prestation du candidat, ce qui laisse assez peu de temps.

> Trop survendu

Pour Nathalie Nadaud-Albertini, "les gens ont l'impression d'une promesse qui n'a pas été tenue. Ils s'attendaient à un dispositif phénoménal et finalement, c'est pratiquement la même chose que la couleur du public sur la Nouvelle star (NDLR: un dispositif interactif adopté fin 2013 par le télé-crochet de D8), sauf que sur la Nouvelle Star c'est beaucoup plus simple". M6 a donc survendu son programme aux téléspectateurs, déçus de ne voir qu'un télécrochet de plus.

> Les mauvaises fées

Beaucoup de commentateurs ont prédit le plantage de l'émission, "cela joue aussi sur les téléspectateurs", analyse Nathalie Nadaud-Albertini. Et les médias n'épargnent guère l'émission. Il y a "surenchère, surjeu, de l'animation et du jury" s'énerve Enora Malagré, dans Touche pas à mon Poste sur D8. "Le jury est inutile mais omniprésent", estime Marie-Hélène Soenen dans Télérama, qui titre "M6 au pied du mur". Pour Le Monde "Rising Star s'effrite", "Faute de téléspectateurs, Rising Star pourrait s'arrêter", prédit encore Le Figaro.

> La concurrence

L'audience de Rising Star n'a pas résisté à Profilage, qui a entamé sa cinquième saison jeudi dernier sur TF1. Or la série française est un concurrent de taille. En 2013, jusqu'à 8,05 millions de téléspectateurs ont suivi la quatrième saison. 

Magali Rangin