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Netflix: pourquoi il faut absolument regarder la mythique sitcom "Seinfeld"

Michael Richards, Jason Alexander, Julia Louis-Dreyfus et Jerry Seinfeld, les héros de la série "Seinfeld"

Michael Richards, Jason Alexander, Julia Louis-Dreyfus et Jerry Seinfeld, les héros de la série "Seinfeld" - NBC

Considérée aux Etats-Unis comme la meilleure sitcom et l'une des séries les plus influentes de l'histoire, Seinfeld reste méconnue en France. Son arrivée sur Netflix est l'occasion de la découvrir.

Netflix met en ligne ce vendredi 1er octobre les 180 épisodes de la série Seinfeld (1989-1998). Considérée aux Etats-Unis comme la meilleure sitcom de tous les temps, et l'une des séries les plus influentes de l'histoire de la télévision, elle reste néanmoins méconnue en France. Diffusée à la fin des années 1990 sur Canal Jimmy, elle n'a jamais connu le destin de Friends ou de The Office.

Moins consensuelle et moins aimable que les sitcoms traditionnelles, Seinfeld reste la référence de toutes les séries comiques qui lui ont succédé. Son humour noir, souvent absurde mais jamais moqueur, a inspiré Friends, mais aussi Borat. Revoir Seinfeld aujourd'hui, c'est découvrir la matrice de toute la comédie américaine des trente dernières années.

La genèse

Tout commence au printemps 1988. Larry David et Jerry Seinfeld, deux comiques déjà bien installés dans la scène du stand-up américain, discutent dans un restaurant new yorkais d'un projet de série qui, ils l'ignorent encore, va révolutionner la télévision et la sitcom. La scène sera parodiée dans la série, dans une séquence mythique où Jerry et son meilleur ami George imaginent une sitcom qui... ne parlerait de rien.

En 1988, Jerry Seinfeld est à un moment charnière de sa carrière. Actif depuis le milieu des années 1970, il est devenu en quelques années un pilier du talk-show The Tonight Show où il se produit régulièrement. En une décennie, il a développé un humour d'observation raffiné et accessible, qui a en partie redéfini la comédie dans les années 1980, et qui va lui inspirer sa série.

Depuis ses débuts, son comique d’observation n’a jamais cessé de relever dans ses moindres détails les incohérences de la vie quotidienne: les tics des uns des autres, les défauts de langages, les inexactitudes de langage. Cet humour fondé sur les détails de la vie quotidienne fera le succès de sa série où il incarne son propre rôle, un comique de stand-up dont le quotidien se partage entre ses amis et ses amours.

Un casting parfait

On a rarement vu un quatuor aussi parfaitement assorti que les stars de Seinfeld. Si le jeu un peu monocorde de Jerry a souvent été décrié (et même moqué dans la série!), l'humoriste est entouré de trois comédiens aussi inventifs qu'inoubliables: Michael Richards est Kramer, le voisin pique-assiette, Jason Alexandre George, le meilleur ami névrosé, et Julia Louis-Dreyfus Elaine, l'ex de Seinfeld.

Ces personnages complètement névrosés, cyniques et cérébraux correspondaient parfaitement aux années 1990, une période persuadée de vivre "la fin de l'histoire" après la guerre froide. Ces personnages regardant avec distance les réalités de la société américaine plaisaient alors tout particulièrement aux CSP+.

Autour de ce infernal quatuor évolue une truculente galerie de personnages, dont certains sont devenus de véritables icones culturelles, comme le fameux "Soup Nazi", patron psychorigide d'un magasin de soupes. Chaque rôle est travaillé, hilarant, et possède son propre caractère. Certains tutoient le sublime, comme Jerry Stiller et Estelle Harris, impayables en parents castrateurs de George. Présents dans une vingtaine d'épisodes, ils volent systématiquement la vedette à leurs partenaires avec leurs envolées colériques.

Parmi les autres personnages de cet univers au bord de la folie figurent aussi le démoniaque postier Newman (Wayne Knight), le Lex Luthor de Seinfeld. La série est enfin réputée pour ses guest stars, qui apparaissent le plus souvent dans des rôles très brefs et surtout incongrus, comme Jon Voigt qui accepte de tourner une scène d'à peine trente secondes où il mord la main de George!

Une anti-sitcom

Seinfeld prend le contrepied des sitcoms traditionnelles grâce à une trame narrative en apparence inexistante et proche de la tranche de vie. Les personnages sont méchants, égoïstes et ils n'apprennent jamais de leurs erreurs. "No hugging, no learning" ("pas de câlin, pas de leçon") était ainsi la règle imposée par Larry David et Jerry Seinfeld à leurs scénaristes.

Le ton de la série, souvent très dur, était très différent de ce qui se faisait à l'époque à la télévision américaine - à tel point que la première saison, baptisée The Seinfeld Chronicles, a souffert de la comparaison avec les succès de l'époque (Cosby Show, Cheers, Roseanne) et a menacé d'être annulée.

Seinfeld a dû attendre sa troisième saison pour voir ses audiences décoller. Et c'est surtout le célèbre épisode The Contest (saison 4, épisode 11) qui lui a permis d'atteindre son statut quasi légendaire et de battre des records d'audience pendant encore cinq saisons (la série s'est arrêtée à son pic de popularité). Le pitch scandaleux de l'épisode - les quatre amis tentent de rester le plus longtemps sans se masturber - a assuré la renommée de la série.

Souvent présentée comme une série sur rien, Seinfeld parle bien entendu de tout - et aborde frontalement les sujets les plus tabous de la télévision américaine comme la pilule, le racisme ou encore l'immigration pour souligner l'égoïsme de ses personnages - et donc de la société américaine. La série frappe aussi très fort en abordant l'insensibilité de ses héros face aux discriminations qui touchent une partie de la société américaine. Un trait qui permet à la série de traverser les décennies sans vieillir.

Principalement tous écrits ou réécrits par Jerry Seinfeld et Larry David, les épisodes de la série sont aussi des merveilles d'écriture. Les deux humoristes parviennent à faire tenir en l'espace de 22 minutes des mini-comédies humaines où s'entremêlent le plus souvent quatre voire cinq histoires en apparence sans rapport. Trente ans après, les scénarios de Seinfeld restent des modèles d'écriture, en particulier ceux signés Larry Charles, réputés pour leur noirceur. La noirceur de l'humour de Seinfeld est tellement inhabituelle dans une sitcom qu'elle rend la majorité des épisodes imprévisibles.

Un phénomène de société aux Etats-Unis

Seinfeld a fasciné l’Amérique en inventant son propre langage. Le scénariste et producteur Peter Mehlman est une figure clef de cette réussite. Il a inventé plusieurs d'épisodes cultes comme The Shelly Car, The Hamptons ou encore The Sponge et des expressions comme "shrinkage", "double-dip" et "yada, yada, yada", désormais entrées dans le langage courant au Etats-Unis. Seinfeld a lui-même publié en 1993 SeinLanguage ouvrage écoulé à 2,5 millions d'exemplaires qui décrypte le lexique de la série.

Le 14 mai 1998, le dernier épisode de Seinfeld "casse" la télévision américaine. L’attente est telle que les autres chaînes arrêtent leur programme et basculent en rediffusion. Résultat: 76 millions de téléspectateurs assistent ce soir-là à cet ultime épisode, qui réalise la quatrième meilleure audience de tous les temps de l’histoire de la télévision américain derrière MASH et Cheers. Une anecdote pour mesurer la popularité de Seinfeld: mort lors la diffusion de cet ultime épisode, Frank Sinatra est conduit aux urgences en un temps record car les rues de L.A. étaient désertes!

Le succès de Seinfeld participe également à la renaissance de l’image de New York. Avant les années 1990, les sitcoms se déroulaient principalement à Philadelphie (Cosby Show), Boston (Cheers) ou dans l'Illinois (Roseanne). Friends ne serait enfin rien sans Seinfeld, à commencer par les retrouvailles des amis de Friends au Central Perk, qui sont directement inspirées des longues conversations du quatuor de Seinfeld dans leur diner. Quatuor dont la dynamique a d'ailleurs été reproduite quasiment à l'identique dans Friends.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV