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Pourquoi Friends emballe aussi les "millenials"?

Les six héros de "Friends"

Les six héros de "Friends" - Warner Bros - Photofest

Vingt-cinq ans après ses débuts, la série Friends continue de passionner le public. Et pas seulement les quadras nostalgiques des années 1990, mais aussi de très jeunes spectateurs biberonnés aux réseaux sociaux.

Toujours aussi populaire, Friends fête ses 25 ans ce dimanche. La série arrêtée depuis 15 ans fédère un public important et passionné. A la télévision, où la série est régulièrement diffusée, et sur Netflix, les aventures de Ross, Monica, Chandler, Rachel, Joey et Phoebe suscitent toujours l'intérêt des spectateurs.

L'engouement est palpable, notamment sur Netflix, où selon le cabinet Nielsen, Friends est la deuxième série la plus regardée sur la plate-forme, aux États-Unis, loin devant les productions maison pourtant taillées sur mesure pour un public contemporain. Et puis dans les allées des studios Warner à Burbank, les décors de la série et le fameux canapé orange installé au Central Perk et théâtre de tant de confidences et de bons mots, sont l'une des attractions les plus demandées, à en croire un guide cité par le site Vulture.

"Tu connais cette nouvelle série qui s’appelle Friends?"

Et le show créé par Marta Kauffman et David Crane en 1994 ne séduit pas que des quadras nostalgiques, mais attire aussi de jeunes téléspectateurs qui n'étaient pas nés au moment de sa première diffusion. Marta Kauffman en est d'ailleurs la première surprise. "Cela me dépasse", explique-t-elle à Vulture. "Non seulement les gens regardent encore, mais s’y identifient. J'ai une fille de 17 ans, et récemment quelqu'un à l'école lui a dit: 'Hey, tu connais cette nouvelle série qui s’appelle Friends?", s'amuse-t-elle.

Les théories abondent pour tenter d'expliquer ce phénomène sur lequel média, sociologues et showrunners se penchent depuis plusieurs années déjà.

"Après le 11-Septembre, la série est devenue encore plus populaire, se souvient ainsi Marta Kauffman. Et je pense que c'est en partie parce que c'est une série optimiste. Et avec ce qui se passe aujourd’hui politiquement, l’époque actuelle peut sembler plus sombre."

Intemporelle et feel good

"C'est une série qui fait du bien", abonde Sarah Sepulchre, chargée de cours et coordinatrice de Décoder les séries télévisées. "Dans Friends, il n'y a pas de violence, pas de cyberharcèlement, pas de problème sociaux non plus. C'est une série intemporelle", relève l'enseignante spécialiste des séries. 

Friends est donc une série rassurante, perçue comme une espèce de bulle, par une génération qui vit dans une époque ultra anxiogène. Nos six "friends" évoluent dans un monde où il n'est question ni de changement climatique, ni de Trump. Et dans une époque où, selon le site américain Vox, 22% des millenials (américains) disent ne pas avoir avoir d'amis, ces jeunes téléspectateurs peuvent trouver un certain réconfort dans les aventures de ces amis, colocataires, toujours là les uns pour les autres. "I'll be there for you", dit la chanson du générique.

Intemporelle et feel good, Friends est aussi, il faut le rappeler, diablement drôle et bien troussée. Ecriture virtuose, répliques qui fusent, personnages bien campés en font un show qui vieillit bien.

Pourtant, le quotidien des six héros est bien loin de celui des adolescents et jeunes adultes des années 2010, sans smartphone, sans Instagram et sans Tinder.

"Qu’ils n’aient pas de smartphone importe peu", estime cependant le sociologue spécialiste des séries Clément Combes. Pour lui, ce qui compte surtout, c'est "la dynamique de ce groupe d’amis, qui est comme une petite famille et traverse ensemble les épreuves et le début de la vie d’adulte".

Passage à l'âge adulte

Pour lui, cet aspect choral et cette dynamique font écho à ce que vivent les 18-25 ans, qui se retrouvent dans les situations que traversent Rachel, Monica, Phoebe, Ross, Chandler et Joey: l’entrée dans la vie professionnelle, le passage à l’âge adulte.

Pourtant, relève Sarah Sépulchre, c'est une série dont on peut aussi se sentir exclu. "Il n'y a pas de personnages non blanc, la série est parfois limite sur les orientations sexuelles, et grossophobe". De quoi choquer en effet certains jeunes spectateurs, selon The Independent, qui relevait en 2018 les passages jugés transphobes, homophobes et sexistes. Dépassé par certains aspects, la série n'était pas non plus totalement imperméables aux évolutions de la société, évoquant par exemple le mariage homosexuel.

https://twitter.com/Radegonde Magali Rangin Chef de service culture et people BFMTV